Vouvoiement obligatoire à l’école: des profs de maternelle ne respecteront pas la règle

Des enseignantes de maternelle qui s’opposent à l’imposition du vouvoiement à l’école pour leurs élèves de 4 et 5 ans n’ont pas l’intention de faire respecter cette directive qui entrera officiellement en vigueur au début 2026.
La ministre de l’Éducation, Sonia LeBel, affirme de son côté qu’il est «possible de faire preuve de discernement».
«Aucune enseignante n’est en accord avec l’utilisation du vouvoiement à la maternelle. Les gens au préscolaire n’y voient aucune utilité et ça peut même être nuisible», affirme sans détour Maryse Rondeau, présidente de l’Association d’éducation préscolaire du Québec.
Plusieurs enseignantes ont indiqué qu’il n’était pas question qu’elles imposent le vouvoiement dans leur classe au retour des Fêtes.
«Chez nous, ça a toujours été Mme Marjolaine, sans le vouvoiement… et ça le restera!» a lancé une enseignante du préscolaire qui a demandé l’anonymat en raison des contraintes imposées par son code d’éthique, tout comme les autres profs qui ont collaboré à ce reportage.
Une règle «nuisible» pour les petits
L’ancien ministre de l’Éducation Bernard Drainville a fait adopter un règlement qui oblige tous les élèves, de la maternelle à la cinquième secondaire, à vouvoyer le personnel scolaire à partir du 1er janvier 2026 dans toutes les écoles québécoises.
Des directions d’école avaient réclamé que les petits de maternelle et de première année en soient exemptés, sans succès.
Des enseignantes du préscolaire le déplorent et rappellent qu’à 4 ou 5 ans, leurs élèves ont encore de la difficulté à maîtriser les pronoms.
«C’est mêlant pour les enfants. Le vous du groupe, le vous de politesse et des enseignantes qui s’adressent à leur groupe en utilisant le tu, il y a de quoi perdre son latin!», explique une enseignante de la région de Montréal.
Cette règle pourrait aussi pénaliser des élèves allophones ou ayant des problèmes de langage. «J’ai des élèves qui ne sont pas capables de faire des phrases complètes ou qui parlent à la troisième personne, donc c’est complètement illogique d’exiger cela d’eux», affirme une autre enseignante du Bas-Saint-Laurent.
D’autres craignent que l’imposition du vouvoiement nuise au développement de la relation affective avec leurs élèves, qui est «primordiale» en maternelle.
Pas de «police du vouvoiement»
Plusieurs profs se réjouissent toutefois de constater que leur direction ne fait pas du vouvoiement une priorité.
Certaines ont même indiqué à leur personnel qu’elles ne joueront pas à la «police du vouvoiement», surtout pas en maternelle, rapportent des enseignantes.
Le son de cloche est le même du côté de l’Association québécoise du personnel de direction des écoles.
«J’ai l’impression qu’il y a une bonne marge de manœuvre qui va être laissée de ce côté-là. Il y a tellement d’autres enjeux actuellement, je ne vois pas pourquoi on mettrait de l’énergie là-dessus», affirme André Bernier, président de l’Association québécoise du personnel de direction des écoles.
Un appel au «discernement»
Sans aller jusqu’à désavouer cette mesure mise en place à partir de la maternelle par son prédécesseur, la ministre de l’Éducation, Sonia LeBel, appelle le milieu scolaire à faire preuve de jugement.
Ce règlement, dont l’application relève des directions d’école, vise à favoriser le respect à l’école, souligne la ministre.
«Il est possible de faire preuve de discernement quand on applique un règlement» tant que «l’esprit du règlement et sa finalité» sont respectés, a-t-elle indiqué au Journal, sans donner davantage de précisions.
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