Festival international de Jazz de Montréal | Klaus, le monstre à deux têtes

Derrière chaque décision, c’est Klaus. Derrière chaque bon coup, c’est Klaus aussi. On demande qui on peut voir sur la pochette de leur dernier album, les bras derrière le dos. « C’est Klaus ! Un être torturé ! », répond François Lafontaine en riant.
Dans les faits, derrière l’alter ego au nom du père Noël œuvre le duo formé de François Lafontaine (Karkwa, Marie-Pierre Arthur, Galaxie) et Joe Grass (Patrick Watson, The Barr Brothers, Elisapie), qui relançait le projet après un hiatus de sept ans.
Avant Klaus II, paru en novembre 2025, il y avait évidemment Klaus I (ou simplement Klaus) : 2018 était l’année où le projet s’était concrétisé, alors que Grass et Lafontaine étaient alors accompagnés par un troisième membre, Samuel Joly, à la batterie, qui a depuis quitté le navire.
« C’est sûr, le projet a changé », admet François Lafontaine, utilisant même le terme de « nouveau départ ». « Ça tire un peu moins partout dans les styles. Je trouve que les chansons sont plus ramassées, même s’il y en a qui trouvent que c’est un peu pété et expérimental. »
Effectivement, un spectre pop-rock unit les morceaux, mais avec certaines épices, il faut bien l’avouer ! Se bousculent rythmes funk (Smarties), lignes de guitare prog bien ficelées (The Pressure) et chant « bowie-esque » tout au long de l’album.
Avec une musique riche comme telle, on s’impatiente de leur poser la famosa question, la classique, l’indémodable : quelles ont été vos influences dans la conception de ce Klaus II ?
« On ne s’est jamais parlé d’influences. On a une idée, on avance. Des fois, on se dit : “Ah, ça fait un peu ça”, puis on répond : “Ben, on s’en crisse, on passe !” », lance François Lafontaine, avouant qu’ils se parlent entre eux davantage « en images » qu’en musique.
Joe Grass renchérit : « On parlait des sensations : le début de Wider Sky. On se disait : “Je veux être comme dans un tunnel !” Quand tu es en warp speed et que toutes les étoiles deviennent une ligne. Je veux sentir ça, un vent astral », décrit le musicien d’origine néo-brunswickoise. Ça nous rappelle Luke et sa bande dans le Faucon Millenium. « C’est ça, c’est Star Wars, l’influence depuis le début ! », appuie François Lafontaine.
Contre l’Empire galactique, l’Alliance est soudée : Klaus II peut compter sur des noms comme Robbie Kuster, pleinement intégré dans la création de l’album, mais aussi Marie-Pierre Arthur (la moitié de François Lafontaine), Fred Fortin, Antoine Corriveau, Lysandre Ménard ou encore Laurence-Anne.
Impressionnante armada de Jedis !
Rester au diapason
Joe Grass et François Lafontaine sont de vieux routiers : quadragénaires, ils font de la musique depuis plus de 20 ans et ont collaboré avec une pléiade de musiciens d’ici, anglophones comme francophones. Se reposer sur les succès des temps passés et tomber sur le pilote automatique ? Hors de question, surtout à cette époque où plus de 100 000 chansons sont publiées chaque jour. Faire du surplace, c’est plus dangereux que jamais.
« Je n’avais rien ce matin, et j’ai écrit, nous confie Joe Grass. Il y a tellement de projets que je veux faire dans la vie. Quand il y a un moment down, il y a toujours quelque chose pour étudier, pour écouter, pour triper », poursuit-il.
« C’est drôle, parce que j’entends souvent que les musiciens, c’est tous des pelleteux de nuages et du monde un peu paresseux. Mais moi, dans toute ma gang, c’est du monde qui travaille en simonaque, ajoute François Lafontaine. Il y a une autre génération de musiciens qui pousse en dessous, et il faut que tu collabores avec du monde qui est plus vieux que toi, du monde qui est plus jeune que toi aussi. »
Tu ne peux pas être le centre de l’affaire. Il faut que toi, tu te greffes à tout ce qui se passe le plus possible. Puis c’est là que tu évolues. Et que tu peux peut-être gagner ta vie !
François Lafontaine
Des mots tout sauf vides de sens : François Lafontaine et Joe Grass sont parmi les musiciens les plus respectés et influents de la scène montréalaise, et ce, depuis les années 2000. Il faut du courage, de la volonté pour relancer un projet de presque zéro, se reconstruire une base d’admirateurs qui, dans l’intervalle, a vécu la COVID et autres angoisses engendrées par le président aux teintes du Lorax.
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Sur scène
Klaus donnera deux performances au Festival international de Jazz de Montréal (FIJM) ce samedi : d’abord à 20 h, puis à 23 h. On leur demande de citer de bonnes raisons de se déplacer pour les voir en spectacle, outre le fait que ce sera gratuit.
« Pour voir la nouvelle moustache de Joe, qui est absolument exceptionnelle », lance François Lafontaine. « Parce qu’Angine de Poitrine joue après », ajoute Joe Grass. Une réponse nous satisfait enfin : Klaus ne donne jamais le même concert deux fois, car les musiciens qui les accompagnent varient d’une soirée à l’autre.
« Ils vont amener une nouvelle énergie, puis nous autres, ça va nous faire jouer un peu différemment. On aime ça, la façon dont on feel le room. Des fois, on va blower le room, jouer vraiment plus loud, plus punk. Ou si c’est vraiment un room avec une écoute raffinée, on joue un peu plus quiet », nous répond-il, avec son délicieux accent du Nouveau-Brunswick.
Plus punk ou plus « quiet » au Festival de jazz ? À voir pour vérifier !
Klaus se produira à deux reprises ce samedi au FIJM, mais aussi au Sherblues de Sherbrooke et au Festif! de Baie-Saint-Paul au mois de juillet. Son album Klaus II est offert sur l’étiquette Simone Records depuis le 28 novembre dernier.
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