Carney n’aura pas volé sa majorité

Un an après son accession au pouvoir, Mark Carney s’apprête à réussir un habile tour de force.
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5 h 00
Déjà, il avait réalisé un exploit en remportant un quatrième mandat pour les libéraux qu’on donnait pour morts. Il pourrait maintenant marquer l’histoire en se construisant une majorité, presque 11 mois après les élections.
Le gouvernement Carney est à deux sièges de la majorité, une quatrième députée ayant traversé la Chambre des communes pour se joindre à son équipe. Et les élections complémentaires qui se dérouleront dans trois circonscriptions le 13 avril pourraient fort bien gonfler les rangs libéraux à 172 députés, le seuil de la majorité.
Cette situation inusitée provoque des grincements de dents.
Les transfuges suscitent toujours un malaise, peu importe le parti qu’ils abandonnent pour se joindre au gouvernement. On les qualifie d’opportunistes. On leur reproche de trahir les électeurs. On préférerait qu’ils siègent comme indépendants ou qu’ils se fassent réélire sous leur nouvelle bannière.
Mais les partis politiques font preuve d’une indignation à sens unique, satisfaits quand un transfuge se joint à leurs troupes, outrés quand un des leurs passe dans l’autre camp.
Cette semaine, Pierre Poilievre dénonçait les « ententes en coulisses » de Mark Carney. Mais en 2011, le chef conservateur avait lui-même voté contre le projet de loi C-306 du Nouveau Parti démocratique (NPD) visant à bannir les transfuges, comme le rappelait le Mordu de politique Dimitri Soudas.
À l’époque, pratiquement tous les députés des autres partis – libéraux, conservateurs, verts, bloquistes – s’étaient opposés à ce projet de loi. Résultat : rien n’empêche le gouvernement de tendre la main à ses adversaires pour continuer à gouverner.
L’ancien premier ministre Justin Trudeau avait réussi à garder le volant en faisant monter Jagmeet Singh sur le siège passager. Cette entente globale avec le NPD avait été coûteuse, forçant la mise en place de mesures néodémocrates (assurance dentaire, assurance médicaments en partie) en plus des engagements libéraux.
Pour Mark Carney, pas de compromis. On l’a vu dans son premier budget. Plus près de la majorité, il a adopté une approche à la pièce en recrutant des députés l’un après l’autre, chez les conservateurs comme chez les néodémocrates.
Cette stratégie est-elle antidémocratique ?
Ce n’est pas comme si le gouvernement était à bout de souffle et qu’il usait de ruses pour s’accrocher au pouvoir. La majorité que Mark Carney pourrait bientôt se construire reflète la volonté de l’ensemble de la population.
Le gouvernement libéral est plus populaire qu’aux dernières élections. Élu avec 44 % des voix en avril, il récolte désormais 49 % des intentions de vote et est en avance de 14 points sur les conservateurs, selon un récent sondage Léger1.
C’est tout un exploit pour un parti qui est au pouvoir depuis une décennie.
Mais le plus impressionnant, c’est que Mark Carney obtient des appuis solides dans toutes les provinces, y compris au Québec et en Alberta.
Cette rare unité canadienne mérite d’être saluée. Ce n’est pas seulement le signe que les Canadiens se serrent les coudes face aux attaques de Donald Trump. C’est aussi un témoignage d’appréciation de l’approche pragmatique de Mark Carney.
Si un scrutin avait lieu aujourd’hui, les libéraux obtiendraient une confortable majorité. Selon les projections de Qc125, ils auraient autour de 200 sièges, bien plus que les 172 nécessaires pour contrôler 50 % + 1 de la Chambre.
Voudrait-on qu’ils déclenchent des élections printanières pour s’assurer une majorité ? Les électeurs n’ont aucune envie de retourner aux urnes plus tôt que prévu, en 2029. Et ça se comprend.
Les dernières élections fédérales ont coûté 570 millions. On peut se passer d’une nouvelle facture. On préfère que le gouvernement se concentre sur la situation mondiale très explosive et sur le délicat renouvellement de l’accord de libre-échange avec le Mexique et les États-Unis.
Comme le Parti libéral pourrait devenir majoritaire à l’issue d’élections partielles, sa victoire aura un lustre plus démocratique, même si elle repose en partie sur des transfuges.
Et ces fameux transfuges prouvent au moins que nos élus sont capables de franchir les tranchées politiques pour travailler ensemble, ce qui est une excellente nouvelle.
Aux États-Unis, la polarisation est devenue si prononcée que la majorité des Américains (53 %) considèrent que leurs concitoyens sont fondamentalement de mauvaises personnes, qu’ils ont une morale et une éthique défaillantes.
C’est le pire score parmi 25 pays sondés par le centre de recherche Pew2. Devinez dans quel pays les répondants jugent le mieux leurs concitoyens ? Non, ce n’est pas dans un pays scandinave, mais plutôt… au Canada !
Cette cohésion est un précieux atout qu’il faut cultiver, dans la vie de tous les jours comme en politique.
Alors si Mark Carney réussit à rallier ses adversaires et les électeurs, il n’aura pas volé sa majorité. Mais le premier ministre devra rester sur ses gardes. S’il fait preuve de trop d’arrogance, il pourrait redevenir minoritaire d’ici la fin de son mandat.
Le départ d’un député est si vite arrivé.
1. Consultez les résultats du plus récent sondage Léger
2. Consultez l’étude du PEW Research Center (en anglais)


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