Le Canadien | Où ça, un partage à trois gardiens ?

L’un des enjeux qui passionnent le plus l’écosystème montréalais du hockey est sans conteste celui des gardiens de but. Et en l’absence d’un Carey Price au sommet de son art, il est de bon ton de se demander sur une base régulière : qui, diable, est le numéro un du Canadien ?
Publié hier à
17 h 50
Au début de la dernière semaine, le directeur général Kent Hughes a été interrogé sur le statut de Samuel Montembeault.
« Je n’aime pas donner des chiffres ou des étiquettes, a répondu Hughes. Je pense que le gardien qui joue le mieux jouera le plus. » C’est de cette manière, a-t-il rappelé, que Montembeault avait damé le pion à Jake Allen en 2023-2024.
La réponse laconique du DG n’était pas nécessaire pour comprendre que le gardien québécois ne porte plus le badge du numéro un, en tout cas plus pour l’instant. Dans le cas contraire, le vétéran n’aurait pas amorcé seulement quatre matchs depuis le 1er décembre.
PHOTO CHARLES WILLIAM PELLETIER, ARCHIVES LA PRESSE
Samuel Montembeault
Revenons donc à cette question fondamentale : qui est actuellement le numéro un du club ? Pour l’heure, il est difficile de ne pas répondre : Jacob Fowler.
Depuis son rappel du Rocket de Laval le 9 décembre, le jeune homme a amorcé 9 des 16 rencontres du CH, contre 4 pour Dobeš et 3 pour Montembeault. Cela comprend trois départs contre des rivaux de division (Boston, Detroit, Tampa Bay). On ne peut pas dire qu’on l’épargne.
Fowler s’est aussi vu confier le premier départ après la pause de Noël et le premier au retour du long voyage des Fêtes, deux situations universellement reconnues comme corsées.
Samedi soir, après la défaite de 4-0 de son équipe face aux Red Wings de Detroit, l’entraîneur-chef Martin St-Louis a encore eu de bons mots pour Fowler, dont il a de nouveau vanté la personnalité calme et posée. Quiconque voit l’Américain travailler devant son filet fait le même constat : malgré son âge et son expérience de moins de 10 matchs dans la LNH, il ne semble pas du tout intimidé.
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Jacob Fowler
Peut-être bien que sa présence à Montréal tire à sa fin, et qu’avec le retour de Montembeault vers le succès, on laissera Fowler aller poursuivre sa saison à Laval au cours des prochains jours. Mais peut-être aussi que l’on conclura que c’est lui qui, jusqu’à nouvel ordre, donne les meilleures chances à son club de gagner. Ce qui signifierait vraisemblablement que le ménage à trois se poursuivra.
L’autre question
Justement, une autre question s’invite dans la conversation : il est où, le ménage à trois ?
Ce à quoi on a assisté, depuis l’arrivée de Fowler dans l’environnement du Canadien, c’est plutôt à deux ménages à deux.
Du 10 au 26 décembre, Montembeault n’a pas joué du tout, et il a même été cédé au Rocket de Laval pour y retrouver ses repères. Dans l’intervalle, Fowler a obtenu cinq départs, et Dobeš, trois.
Depuis le 27 décembre, date du retour de Montembeault avec le grand club, Dobeš a obtenu à peine un départ en huit matchs (contre quatre pour Fowler et trois pour Montembeault).
La seule apparition du Tchèque a eu lieu le 1er janvier contre les Hurricanes de la Caroline. Un match décousu dont Dobeš est sorti victorieux malgré cinq buts accordés.
Il n’est plus fréquent, dans la LNH, de voir des gardiens moisir longtemps au bout du banc. Dans cette optique, St-Louis avait déclaré, après Noël, que Montembeault devait voir de l’action rapidement. L’utilisation de Dobeš semble échapper à cette analyse.
En effet, s’il affronte les Canucks de Vancouver ce lundi soir à Montréal, dix jours entiers se seront écoulés entre ses deux derniers départs. Et neuf jours de repos avaient précédé son match en Caroline. En résumé : il aura joué trois fois en 23 jours… s’il joue ce lundi.
Les chiffres donnent raison aux entraîneurs de diminuer sa charge de travail. Pour la deuxième saison de suite, Dobeš a connu une séquence irrésistible suivie d’un ralentissement aussi subit que manifeste.
Contrairement à l’an dernier, le gardien a continué de gagner des matchs. Mais son style non orthodoxe teinte ses performances négativement dès que la rondelle commence à entrer dans le filet.
Son taux d’efficacité, par ailleurs, est tombé sous les ,900 à la mi-novembre, puis sous les ,895. Le voilà aujourd’hui sous les ,890. Même si les gardiens arrêtent globalement moins de tirs qu’auparavant partout dans la LNH, ce n’est pas suffisant.
Envoyer Dobeš dans les mineures serait une formalité pour l’organisation, puisque le gardien n’a pas à passer par le ballottage. Si l’on persiste à le garder « en haut », on peut présumer qu’on lui fait encore confiance. Mais si on ne le fait jamais jouer, on conclut plutôt le contraire.
En somme, même si Hughes a décrit le régime à trois gardiens comme « pas idéal » à court comme à long terme, plus personne ne se surprendra s’il se poursuit jusqu’à la pause olympique, et même après. Car même si le rappel de Fowler a d’abord été décrit comme une façon de mesurer son développement (du moins dans la version officielle du club), sa présence prolongée à Montréal s’inscrit désormais dans une optique de performance.
Le gardien qui joue le mieux jouera le plus, a dit le DG. L’identité de ce gardien-là est de moins en moins mystérieuse.




