Accord Canada-Chine | Une entente avantageuse, estiment des experts

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5 h 00
Est-ce une bonne entente pour le Canada ?
En vertu de l’entente entre les deux pays, la Chine réduira ses droits de douane sur les graines de canola de 76 % à 15 %, et abandonnera ceux sur le homard, le crabe et les pois, et ce, dès le 1er mars.
En contrepartie, le Canada réduira sa surtaxe de 100 % à 6,1 % pour 49 000 véhicules électriques dont le prix sera inférieur à 35 000 $. Il s’agit d’une bonne entente pour les Canadiens, estime Yan Cimon, directeur du Centre interuniversitaire de recherche sur les réseaux d’entreprise, la logistique et le transport (CIRRELT).
« Il se vend plus de 240 000 véhicules zéro émission annuellement au Canada. En ajouter 49 000 ne vient pas détruire le marché, loin de là », explique-t-il.
« C’est peut-être une bonne chose d’élargir un marché avec des voitures électriques qui sont moins chères, ne serait-ce que pour baisser nos gaz à effet de serre au Canada », ajoute Catherine Beaudry, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en gestion et en économie de l’innovation.
La Chine produit-elle des véhicules de qualité ?
Certains véhicules circulant déjà au Canada sont issus de la Chine, rappelle M. Cimon, dont ceux de marque Polestar, et certains modèles Tesla. On ne sait toujours pas quels modèles la Chine compte vendre au pays, et si ceux-ci répondent aux normes.
Si les modèles chinois éprouvaient des problèmes de sécurité, ou encore d’assemblage, ce n’est plus le cas aujourd’hui.
« Les voitures chinoises, ce ne sont plus celles qu’on regardait avec un sourire en coin, avec sympathie, il y a cinq ou dix ans », commente-t-il. « Les Chinois sont reconnus, par exemple, pour mettre beaucoup de technologie dans leurs véhicules, même ceux d’entrée de gamme. »
Quel impact aura l’arrivée de la Chine sur les prix des véhicules ?
L’accessibilité est « au cœur de la stratégie » de plusieurs constructeurs chinois, selon M. Cimon. Comme consommateur, il faut se réjouir de l’offre élargie parmi les véhicules zéro émission, qui pourrait être synonyme d’une baisse des prix, croit-il.
« Tout dépend des modèles qu’enverront les fabricants au Canada », détaille-t-il. « Xiaomi propose par exemple des modèles d’entrée de gamme qui sont tout à fait concurrentiels avec ceux qu’on a sur nos routes. Certains modèles pourraient même mettre des fabricants américains hors de course. »
Faut-il craindre pour la protection des données des Canadiens, avec l’arrivée des modèles chinois ?
C’est un risque, admet M. Cimon. D’où l’importance de réfléchir à « un cadre de sécurité » qui régirait la manière dont les données électroniques sont générées et stockées, pense-t-il.
« Si vos trajets sont logés, on sait ce que vous faites, et il est possible de corréler cela avec des données commercialement disponibles sur vos habitudes d’achat. Ça peut aller très loin », prévient-il.
Des véhicules pourraient-ils être assemblés au Canada ?
Le premier ministre Mark Carney espère soutirer à la Chine des engagements financiers allant jusqu’à la construction d’une nouvelle usine au pays. Il s’agirait là d’un pas en avant important, selon Mme Beaudry.
« Si on construit des usines chez nous, il y aura de plus en plus de gens formés à la fabrication de véhicules électriques, capables de démarrer ensuite leurs entreprises », estime-t-elle.
« Quand on a construit le métro de Montréal, on a exigé que les wagons soient fabriqués chez nous, ce qui a donné lieu à la création de Bombardier Transport », rappelle-t-elle.
Assembler les véhicules au Canada limiterait aussi les frais environnementaux liés au transport, rappelle-t-elle, puisque des minéraux critiques utilisés pour produire des batteries sont extraits au Canada.
Le Canada a-t-il la capacité électrique d’accueillir des milliers de véhicules électriques supplémentaires ?
La production électrique du pays est suffisante, confirme le titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie de HEC Montréal, Pierre-Olivier Pineau. Là où le bât blesse, c’est sur le plan des consommations de pointe, qui pourraient devenir trop importantes.
« Si on ajoutait un million de véhicules électriques au Québec et que tout le monde voulait se brancher un vendredi soir quand il fait -5 °C dehors, ça ne fonctionnerait pas », prévient-il.
Pour pallier ce problème, il suggère l’instauration de tarifs liés à certaines périodes de recharge. « Par exemple, on pourrait offrir des recharges quatre fois moins chères durant la nuit. Il y aurait des incitatifs réels. En ce moment, les gens un peu paresseux qui reviennent du travail se disent : pourquoi j’attendrais pour brancher mon véhicule ? », indique-t-il.




