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Les journalistes canadiens en Chine ont dû s’équiper d’appareils «jetables» pour éviter l’espionnage en Chine

OTTAWA | Téléphones jetables, ordinateurs temporaires et courriels cryptés: malgré l’amitié retrouvée entre le Canada et la Chine, les journalistes envoyés à Pékin ont eu recours à des pratiques exceptionnelles pour éviter d’être espionnés pendant la visite officielle des derniers jours.

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En prévision du départ, le Bureau du conseil a tenu un breffage de sécurité pour les journalistes les invitant à travailler avec des appareils «jetables».

«Le conseil des responsables du Bureau était le suivant: partez du principe que toute communication sur un réseau public sera interceptée», explique le chef du bureau parlementaire de Global News, David Akin, dans un courriel au Journal.

Des appareils vierges

Ce dernier en est à sa quatrième visite officielle en Chine. C’est la première fois qu’une telle mesure est demandée aux membres de la presse, dit-il.

Pour le bien de la cause, son entreprise lui a donc fourni un téléphone et un ordinateur «jetables» à cause des risques perçus à l’intégrité des bases de données et des comptes, explique le journaliste.

«Je n’ai enregistré aucun de mes contacts sur ces deux appareils (qui sont pour ainsi dire “vierges”) et je ne me connecte à aucun compte de réseau social, service web ou autre service pendant que je suis ici», explique David Akin dans un courriel rédigé à partir d’un nouveau compte, créé pour l’occasion sur la plateforme cryptée Proton Mail. Car même les connexions à son courriel habituel pourraient causer des ennuis.

Dans une vidéo sur ses réseaux sociaux, il explique que les journalistes ont laissé leurs vrais téléphones et ordinateurs fermés et les ont rangés à bord de l’avion du gouvernement pour la durée du séjour.

Une manière de faire de longue date

Selon l’expert Michael Kovrig, l’un des «deux Michael» détenus en Chine, «ça fait 10 ans qu’ils auraient dû procéder ainsi».

Car c’est une habitude de longue date pour les fonctionnaires fédéraux en visite en Chine, ajoute en entrevue l’ex-diplomate Charles Burton.

«La politique officielle est qu’ils reçoivent des téléphones et ordinateurs jetables qui sont détruits à leur retour au Canada», explique-t-il, car la Chine a atteint un niveau de sophistication incomparable pour la surveillance numérique.


Les Canadiens Michael Spavor et Michael Kovrig ovationnés à la Chambre des communes le 24 mars 2023.


Photo AFP

Partenaires en affaires, adversaires stratégiques

Ces mesures de précaution ont été prises malgré le fait que l’objectif du voyage était de rétablir les ponts avec la Chine après des années de froid, une visée qui a été atteinte, selon les déclarations du premier ministre Mark Carney et les dirigeants chinois.

Cela signifie qu’il n’y a pas de réelle «confiance» entre les deux partenaires, mais plutôt «une coopération prudente dans les domaines où le gouvernement de Mark Carney voit des possibilités de promouvoir les intérêts économiques canadiens», selon M. Kovrig.

Le Canada et la Chine sont à la fois des «adversaires stratégiques, des rivaux systémiques et idéologiques et des partenaires économiques», illustre M. Kovrig, conseiller à l’International Crisis Group.

La visite de trois jours a permis aux deux pays de signer une série d’ententes qui prévoient notamment l’arrivée au Canada de 49 000 véhicules électriques chinois à un tarif préférentiel en échange d’une levée partielle ou totale des droits de douane chinois sur des produits agricoles canadiens comme le canola.

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