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Accord Canada-Chine | Désamorcer le syndrome chinois

Plusieurs s’en offusquent, mais l’entente intervenue vendredi entre le premier ministre Mark Carney et le gouvernement chinois visant à réduire les tensions commerciales entre les deux pays était nécessaire et souhaitable. Il était temps de désamorcer le syndrome chinois et de normaliser nos relations économiques avec le géant asiatique.


Publié le
17 janvier

L’imposition en août 2024 de droits de douane de 100 % sur les exportations de véhicules chinois par le gouvernement de Justin Trudeau avait valu une riposte immédiate de la Chine qui a instauré des droits de 75 % sur les importations de graines de canola et de 100 % sur l’huile de canola canadien.

Le Canada voulait ainsi protéger le marché nord-américain de l’automobile et éviter le dumping de produits chinois tout en faisant plaisir au gouvernement américain qui avait imposé lui aussi des droits de 100 % sur les véhicules électriques chinois.

Bon, c’était de bonne guerre, mais c’était un pas de plus dans l’escalade des tensions entre le Canada et la Chine depuis l’arrestation, en 2018, à Vancouver de la directrice financière du géant chinois Huawei et de celle des deux Michael en Chine.

Aujourd’hui, le Canada ne peut plus se permettre d’être en conflit en même temps avec ses deux principaux partenaires commerciaux. La relation extrêmement tendue et imprévisible avec les États-Unis de Donald Trump commande de façon urgente depuis un an maintenant une plus grande diversification de nos marchés d’exportation.

En valeur, le Canada importe trois fois plus de produits qu’il n’en exporte en Chine, mais celle-ci importe quand même pour 30 milliards de biens canadiens.

Le Québec a lui aussi la Chine comme deuxième partenaire commercial en importance. Au 2e trimestre de 2025, la Chine représentait 8,3 % des échanges commerciaux totaux du Québec, derrière les États-Unis, toujours bon premier même si la valeur des échanges ne représentait plus que 44,7 % du commerce international total du Québec.

Qu’on le veuille ou non, la Chine s’est imposée au cours des 30 dernières années sur la scène économique mondiale pour devenir la deuxième puissance en importance et pourrait très bien détrôner les États-Unis au premier rang au cours des prochaines années.

À partir de la fin des années 1990, en profitant de l’ouverture généralisée des marchés, la Chine est progressivement devenue la manufacture à bas prix du monde, là où des entreprises nord-américaines ou européennes pouvaient délocaliser la fabrication de biens à faible coût pour se concentrer sur la production de valeur ajoutée.

Au point où la Chine a réussi durant la décennie 2000-2010 à marginaliser complètement l’industrie du textile et de la chaussure au Québec et a progressivement délaissé les produits d’entrée de gamme pour s’attaquer à des marchés plus nichés.

Une puissance attractive

L’économie chinoise, qui carbure depuis le début des années 2000 à des taux de croissance annuels supérieurs à 5 %, a forcé quantité d’entreprises à s’intéresser à ce marché en forte expansion.

Le Canada avec Jean Chrétien, le Québec avec Jean Charest ou Philippe Couillard y ont mené des missions économiques avec des dizaines de chefs d’entreprise, fascinés par cette force économique en déploiement.

Des liens commerciaux importants se sont tissés malgré le fait que la Chine est toujours accusée de ne pas respecter les droits de la personne, notamment avec sa minorité ouïghoure ou avec toute forme d’opposants à son régime centralisateur. Une situation déplorable qu’il faut évidemment continuer de décrier.

Mais à l’heure où le Canada ne peut plus compter sur un partenaire commercial fiable et prévisible, il était temps de démontrer aux États-Unis qu’on est pleinement capables de développer des partenariats qui vont être profitables pour nous. On fait du commerce avec ceux qui veulent en faire avec nous.

La réduction des droits de douane sur le canola en grains canadien et leur abolition sur les importations de fruits de mer et de petits pois canadiens en retour de l’ouverture à l’importation limitée de véhicules électriques chinois d’entrée de marché, marquent un premier jalon important dans le rétablissement de nos relations commerciales avec la Chine.

Les producteurs de porc québécois auraient préféré que des allègements s’observent aussi sur les droits de 25 % qui ont été imposés en mars dernier sur les produits du porc canadien qui ont déjà été interdits sur le marché chinois dans le passé.

La Chine a déjà représenté 30 % des exportations totales d’Olymel, le principal transformateur de porcs au Canada, mais aujourd’hui, le marché chinois ne représente plus que 13 % des exportations du groupe québécois.

L’imposition de droits de 25 %, en mars, ajoutés aux droits de douane déjà existants de 12 %, va coûter 30 millions en profits pour une année entière. « On espère encore que ces droits seront abolis d’ici le 1er mars prochain », m’a confié vendredi Yanick Gervais, le PDG d’Olymel.

On le dit depuis un an maintenant, le Canada et le Québec doivent absolument diversifier leurs marchés et s’affranchir de leur trop forte et même absolue dépendance à leur voisin américain. Si cette servitude leur a longtemps été profitable, elle n’est plus aujourd’hui une option ; la Chine, elle, en est une.

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