Détective Surprenant | Un polar prenant, de gros calibre

La captivante première saison de Détective Surprenant a remporté un vif succès autant en ligne que sur les ondes de TVA. La deuxième, dont les deux premiers épisodes sortent jeudi sur la plateforme illico+, se destine à une popularité encore plus grande parce que c’est franchement excellent.
Publié à
8 h 15
Voilà où Québecor investit le mieux son argent en fiction : dans ce polar québécois classique, efficace et haletant, qui plaira à toutes les générations, comme un épisode de Zénith.
Oui, il s’agit encore d’une histoire de police corrompue, de meurtres crapuleux et de secrets de famille douloureux. Mais c’est une formule gagnante qui s’articule autour d’un personnage fascinant, soit le sergent-détective André Surprenant, que campe le très doué Patrick Hivon avec toutes les nuances nécessaires.
Le seul défaut de cette minisérie ? Elle ne comporte que six épisodes d’une heure. C’est donc un plaisir télévisuel très court, qui dépouille cependant l’intrigue de tout remplissage inutile et de temps morts, bravo pour ça.
Et pas besoin d’avoir dévoré le premier volet, qui s’intitule Détective Surprenant : La fille aux yeux de pierre, pour embarquer dans le deuxième, intitulé Détective Surprenant : Le Baron de l’archipel. Les deux enquêtes y vivent de façon indépendante.
Adaptée du roman Les demoiselles de Havre-Aubert de Jean Lemieux, la deuxième saison de Détective Surprenant démarre à Montréal, plus précisément dans un commerce de prêts sur gage, rue Wellington, à Verdun. Derrière le comptoir, un Madelinot d’origine, Charlot Boudreau (Jason Cavalier), y a été exécuté par un tueur professionnel. Pourquoi au juste ?
C’est le baveux inspecteur-chef Sébastien Gingras (Patrice Godin), maintenant aux crimes majeurs de la SQ, qui hérite de l’enquête sur ce meurtre aux motifs nébuleux. Très vite, tous les indices pointent vers les Îles-de-la-Madeleine et l’arrogant Gingras se résout à appeler André Surprenant, jadis son ennemi, pour qu’ils collaborent dans la traque au maniaque. Surprenant embarque et le tour de manège commence.
Premier suspect dans la ligne de mire des flics : la mystérieuse et charmante Martine Boudreau (Brigitte Paquette), une dynamique femme aux activités professionnelles louches. Martine possède le commerce de prêts sur gage de Verdun où a été abattu son cousin Charlot et elle a fui à Havre-Aubert peu de temps après l’assassinat, tiens, tiens.
Martine est aussi l’ex-conjointe du riche Claude Goyette (Vincent Graton), celui que l’on surnomme le Baron aux Îles-de-la-Madeleine. Promoteur immobilier prospère, Claude Goyette finance un paquet de projets communautaires aux Îles et les Madelinots l’adorent. Mais comme c’est le cas dans tout bon polar, les plus innocents finissent souvent avec les menottes aux poignets.
Il y a beaucoup de personnages secondaires qui gravitent autour de l’ancien couple formé par Martine Boudreau et Claude Goyette, dont leurs deux grands enfants, interprétés par Antoine L’Écuyer et Alice Morel-Michaud. Sans oublier la nouvelle épouse du Baron, l’énigmatique Mercèdes (Evelyne Brochu), qui en sait davantage que ce qu’elle choisit de révéler aux limiers. Un beau personnage complexe et douteux.
PHOTO FOURNIE PAR TVA
Evelyne Brochu campe Mercèdes, la nouvelle conjointe du Baron, Claude Goyette.
Sans rien divulgâcher, un deuxième meurtre se produit sur La Grave, dans la nuit de la Mi-Carême, qui le relie directement au premier, perpétré à Montréal. Et c’est quoi, exactement, la Mi-Carême ? C’est un vrai carnaval célébré aux Îles-de-la-Madeleine, en mars, où les habitants se costument et enfilent des masques en cognant aux portes du village.
Dans cette atmosphère inquiétante d’Halloween, le tueur masqué se cache facilement dans la foule de fêtards déguisés, ce qui confère à Détective Surprenant un aspect glauque pas du tout désagréable. Le réalisateur Yannick Savard (Emprises, Nous) l’exploite avec doigté.
Sur le terrain, le charismatique André Surprenant compte toujours sur la sensibilité et la rigueur de sa partenaire Geneviève Savoie (Catherine Brunet), qui a été promue sergente-détective. Les agents Barsalou et Tremblay, joués par Mikhaïl Ahooja et Nicolas Fontaine, reprennent également du service, tout comme leur patronne, la lieutenante Anne Asselin (Marie-France Marcotte).
Pour complexifier joliment le portrait, une taupe au sein de la police divulguerait des infos à des petits trafiquants des Îles-de-la-Madeleine. Et une gang de petits bums locaux, menée par le flambeur Frank Bourgeois (Robert Naylor), attire de nombreux soupçons.
Maintenant, qui a fait quoi et pourquoi ? Les indices se multiplient à la cadence des mensonges, et des tatouages marins trahissent des amitiés sinistres. La scénariste Marie-Ève Bourassa a réussi à simplifier au maximum cette intrigue touffue sans la rendre simplette et sans nous noyer dans un océan de détails superflus. C’est très habile comme écriture. Il y a un brin de confusion avec les nombreux enfants de Mercèdes (Evelyne Brochu) ; c’est une des rares choses qui retrousse dans les textes.
Si vous prévoyez engouffrer Détective Surprenant en un week-end, il faudra patienter. Les quatre prochains épisodes s’ajouteront, tous les jeudis, au rythme d’un par semaine.
Oui, le personnage du flic taciturne qui boit du scotch, seul en écoutant des vieux vinyles, a été vu à maintes reprises. Mais le détective Surprenant de Patrick Hivon n’est pas une catastrophe ambulante : il est intègre, rigoureux et gentil, et le seul endroit où il échoue, c’est à la taverne du coin.


