Affaire Epstein: Jack Lang pressé de démissionner de l’Institut du monde arabe à Paris

Cerné d’appels à la démission, l’ex-ministre français Jack Lang devra s’expliquer dimanche sur ses liens avec le financier américain et criminel sexuel Jeffrey Epstein auprès du ministère des Affaires étrangères, principal financeur de l’emblématique Institut du monde arabe (IMA), qu’il préside depuis 2013.
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«Il est convoqué par le ministère et sera reçu dimanche», a déclaré vendredi le chef de la diplomatie française Jean-Noël Barrot à l’AFP depuis Erbil, au Kurdistan irakien, où il est en déplacement.
Sollicité par l’AFP, Jack Lang, qui a jusqu’à présent exclu de quitter son poste, n’avait pas répondu dans l’immédiat.
Les appels à sa démission se sont multipliés depuis que les liens entre le médiatique ancien ministre socialiste de la Culture, aujourd’hui âgé de 86 ans, avec Jeffrey Epstein ont été mis au jour avec la publication de millions de documents le 30 janvier par la justice américaine.
L’exécutif français a estimé jeudi soir qu’il devrait «penser à l’institution» de l’IMA.
Le ministère des Affaires étrangères, dont la subvention annuelle de 12,3 millions d’euros représente la moitié du budget de l’IMA, avait annoncé sa convocation dans la foulée, sans préciser de date.
«Naïveté»
Mercredi, Jack Lang avait formellement exclu de démissionner, invoquant sa «naïveté» face aux révélations sur ses liens passés avec Jeffrey Epstein, mort en prison en 2019.
Après avoir déclaré lundi «assumer pleinement (ses) liens» passés avec le financier américain, Jack Lang a assuré mercredi qu’il ignorait tout du passé criminel de cet homme quand il l’a rencontré il y a «une quinzaine d’années» par l’entremise du réalisateur Woody Allen.
Aucune charge ne pèse contre Jack Lang et sa présence dans ces trois millions de documents n’implique de sa part aucun acte répréhensible.
Mais la mention de son nom à 673 reprises et ses liens d’intérêt avec le financier américain l’ont éclaboussé, ainsi que sa fille Caroline.
Cette dernière a démissionné lundi de la tête d’un syndicat de producteurs de cinéma après des révélations sur une société «offshore» qu’elle a fondée en 2016 avec l’homme d’affaires américain.
«C’était un ami, ce n’était pas un intime. Il n’était pas du tout dans mon cercle proche d’amis», a-t-elle assuré jeudi soir sur BFMTV. «Comment on pouvait imaginer des horreurs pareilles?» «je ne pouvais pas savoir. Et mon père non plus», a-t-elle ajouté.
«Protéger l’institution»
Dans les rangs politiques, les appels au départ de Jack Lang continuent de se multiplier, y compris dans son propre camp.
Doit-il démissionner? «Ça me paraît manifeste. Il aurait dû avoir l’idée tout seul», a déclaré vendredi Marine Tondelier, la cheffe des Écologistes, sur Franceinfo, appelant à «ne plus prendre à la légère» les sujets de violences contre les enfants.
«Ce qui d’ores et déjà heurte, c’est la façon dont il évoque aujourd’hui l’affaire», a aussi déclaré jeudi le patron du parti socialiste Olivier Faure, l’appelant à «réfléchir à sa démission pour protéger l’institution qu’il préside».
La complexité de la situation tient également à la nature hybride de l’Institut du monde arabe, fondation de droit privé créée en 1980 que Jack Lang dirige depuis 2013. Il a depuis été reconduit, pour un total de quatre mandats.
L’ancien ministre a été proposé à ce poste par les autorités françaises, mais c’est le conseil d’administration de l’IMA, composé à parité d’ambassadeurs de pays arabes et de personnalités choisies par le ministère des Affaires étrangères, qui l’a formellement désigné et reconduit à sa tête.




