News CA

Franco Nuovo, 1953-2026 | Ciao Franco !

Est-ce que Franco va bien ? On dirait qu’il en perd des bouts. Qu’est-ce qui lui arrive ? Il n’a pas l’air d’être présent.


Publié hier à
23 h 42

Je ne sais pas combien de fois j’ai entendu ces commentaires au cours des derniers mois. Moi aussi, je les ai formulés. Auditeur assidu de Dessine-moi un matin, j’avais bien remarqué que le populaire animateur avait du plomb dans l’aile.


Lisez notre article « L’animateur Franco Nuovo n’est plus »

Ses présentations laissaient à désirer. Ses entrevues semblaient improvisées. Je me disais : coudon, est-ce qu’il a lu le dossier de recherche ou il est en train de le découvrir ?

Avant le temps des Fêtes, il a été écarté de La bande des 4, chez Pénélope McQuade, après un segment éprouvant. Il a commenté le documentaire sur l’affaire du juge Delisle et il a multiplié les inexactitudes. J’ai commencé à sérieusement m’inquiéter. De plus, il s’est fait remplacer le dimanche matin.

Je lui ai écrit. Il m’a répondu que tout allait bien, qu’il avait une grippe et qu’il prenait du mieux. « Et toi, j’espère que ça va bien », me disait-il.

Il est revenu à l’antenne, mais ce n’était plus le même homme.

PHOTO JOSIE DESMARAIS, LA PRESSE

Franco Nuovo animait l’émission Dessine-moi un dimanche sur les ondes d’ICI Première depuis 2011.

J’ai su qu’il était malheureux d’avoir été cantonné le dimanche matin par une direction qui souhaitait donner un coup de jeune au week-end. Ironiquement, aux derniers sondages Numeris, il continuait de cartonner. J’espère que ça l’a rendu heureux.

Franco était un homme charmant. J’ai eu l’occasion de prendre quelques verres de vin (un scotch dans son cas) avec lui. Pas une once de malice en lui.

Certains garderont le souvenir de l’animateur brouillon des dernières années. Il ne faudrait pas. Il a été un pionnier du journalisme culturel au Québec, particulièrement du cinéma.

Il m’a raconté ses débuts dans les années 1970 dans des « journaux à potins » comme Téléradiomonde. Il était alors messager pour Kébec Spec, la boîte de Guy Latraverse. Ça lui a permis de rencontrer plein de gens, dont Thérèse David, une attachée de presse bien en vue. Il lui a dit qu’il voulait écrire. C’est ainsi qu’il a commencé à faire équipe avec Edward Rémy et Michel Girouard.

Pour lui, la nature de la porte d’entrée n’était pas importante. Ce qui comptait, c’était de la pousser.

Un jour, il a croisé Nathalie Petrowski au Théâtre Outremont. Les deux journalistes se connaissaient depuis l’âge de 11 ans alors qu’ils fréquentaient le même collège. La bouillante chroniqueuse lui a dit qu’elle quittait Le Journal de Montréal pour se joindre au Devoir. Tout en menant ses études en sociologie, Franco est devenu collaborateur pour le tabloïd. C’est là que tout a commencé pour lui.

Cette génération de critiques et de journalistes qui nous quitte peu à peu m’attriste. Ces gens ont créé un métier qui n’existait pas chez nous il y a 60 ans.

Ils ont transformé le rôle de potineurs et d’échotiers en celui de critiques sérieux, avec tout ce que cela implique : insultes du public, injures des artistes, boudage des imprésarios. Mais ils l’ont fait parce qu’ils croyaient que la culture québécoise méritait cela.

Au début de sa carrière, Franco Nuovo a reçu un conseil de son ami et mentor Pierre Bourgault : « Si t’es pas capable de prendre la chaleur, sors de la cuisine ! » Le vieux sage lui a aussi dit : « Dis-toi que tu seras aimé par la moitié des gens et détesté par l’autre moitié. »

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

Franco Nuovo et la réalisatrice Marie-Claude Beaucage lors du lancement de la série radio C’était Bourgault, en 2013

C’est habité par cela qu’il a mené une carrière de plus de 40 ans. Il a souhaité la faire dans le même sillon. « Je me suis rendu compte que certains collègues avaient des ambitions verticales, c’est-à-dire qu’ils voulaient devenir patrons. Moi, j’avais des ambitions horizontales. Je voulais rayonner », m’a-t-il raconté lors d’une entrevue, en 2022, au moment où il a succédé pour de bon à Joël Le Bigot.

Franco m’a un jour confié, après des années de critiques et de reportages, que ce qu’il préférait par-dessus tout, c’était les entrevues. Depuis quelques années, il trouvait qu’il y avait trop d’opinions et de chroniques.

En effet, dans ses dernières émissions, la seule chose qui semblait l’animer, c’était les grands entretiens. Au sujet de la culture québécoise, rien ne lui échappait.

Pas mal pour un fils d’immigrés qui, jusqu’à l’âge de 3 ans, ne parlait que l’italien. Ses parents, Maria et Salvatore, étaient de modestes travailleurs. « Le vrai métier de mon père était ébéniste. Et comme le seul emploi qu’on lui proposait était au Labrador, il était allé travailler là-bas pendant un an. Il l’a fait pour avoir ses papiers. Tu imagines un Sicilien au Labrador ? »

PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, ARCHIVES LA PRESSE

Franco Nuovo partageant un café avec notre chroniqueur, en 2022

Dans la famille de Franco, on a fait le choix de s’exprimer uniquement en français à la maison. Sauf lors du repas du midi le dimanche. Là, ça se passait en italien. « Je voulais tellement être comme les Québécois que je disais aux autres que je m’appelais François Duval », m’a-t-il raconté.

Un jour, le père de Franco est allé dans la cuisine et a dit à sa femme : « Ce l’abbiamo fatta », ce qui veut dire « Nous avons réussi à passer au travers ». La même journée, il a été victime d’un grave accident de travail qui l’a plongé dans un coma. Ce fut une terrible blessure pour le fils.

Avec le départ de Franco Nuovo (en pleins Jeux olympiques italiens !), la radio de Radio-Canada perd son dernier « vieux dinosaure ». Après la triste et brutale fin de René Homier-Roy, une autre source précieuse de connaissances et de perspective s’en va.

Je suis pas mal certain que Franco aimerait nous dire, comme Salvatore : « Sono riuscito a passare », ce qui veut dire : « J’ai réussi à passer au travers. »

Ciao Franco ! Merci pour tout ce que tu as fait. On va s’en souvenir !

Related Articles

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Back to top button