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La Chambre des représentants vote en faveur de la fin des droits de douane contre le Canada

(Washington) Donald Trump a qualifié le Canada de « pire partenaire commercial au monde » après le vote de la Chambre des représentants américaine contre ses droits de douane sur le voisin du nord des États-Unis. Ce vote, largement symbolique, témoigne d’un certain fléchissement du soutien républicain à la politique commerciale ambitieuse du président.


Mis à jour hier à
20 h 39

Kelly Geraldine Malone

La Presse Canadienne

« Le Canada profite des États-Unis sur le plan commercial depuis des années. C’est l’un des pires partenaires commerciaux au monde, surtout en ce qui concerne notre frontière nord », a déclaré M. Trump après l’annonce des résultats, mercredi soir.  

« Les droits de douane, c’est une victoire facile pour nous. Les républicains doivent faire en sorte que ça continue ! » a-t-il ajouté.

Six républicains se sont joints aux démocrates pour une initiative bipartite contre la prétendue « urgence liée au fentanyl » à la frontière canado-américaine, invoquée par le président Trump l’an dernier pour justifier l’imposition de droits de douane sur l’ensemble des produits canadiens.  

La motion a été adoptée, mais elle n’a pas recueilli la majorité des deux tiers requise pour être à l’abri d’un veto. La résolution sera ensuite soumise au Sénat et les deux chambres devront approuver les mesures de réduction des droits de douane avant qu’elle ne soit envoyée à M. Trump pour signature, ou, plus probablement, pour veto.

Le Canada est également durement touché par des droits de douane sectoriels distincts imposés par l’administration américaine à des industries comme l’acier, l’aluminium, l’automobile et le bois d’œuvre, en vertu d’un autre pouvoir présidentiel.

Le soutien bipartisan dont bénéficient les États-Unis témoigne de l’incertitude des républicains face à la politique commerciale erratique de M. Trump à l’égard du Canada.  

L’élu démocrate Gregory Meeks, auteur du projet de loi, juge que le Canada ne représente pas une menace.

PHOTO IDA MARIE ODGAARD, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Gregory Meeks

Le Canada est notre ami et notre allié. Les Canadiens ont combattu aux côtés des Américains.

Gregory Meeks, représentant démocrate

M. Trump a déclaré l’état d’urgence l’année dernière afin de pouvoir utiliser la loi sur les pouvoirs d’urgence économique internationale, également appelée IEEPA, pour imposer au Canada des droits de douane de 35 %. Ces droits ne s’appliquent pas aux marchandises conformes à l’Accord Canada–États-Unis – Mexique (ACEUM).  

M. Meeks a indiqué que les données du gouvernement américain montrent qu’une quantité infime de fentanyl est saisie à la frontière nord par rapport à la frontière avec le Mexique.

En réponse aux préoccupations exprimées par M. Trump au sujet du fentanyl, Ottawa a renforcé les mesures de sécurité à la frontière, déployant davantage de personnel sur le terrain et de drones dans les airs. Les forces de police canadiennes ont largement médiatisé leurs saisies de drogue.

PHOTO JOSE LUIS MAGANA, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Le représentant républicain Brian Mast

Lors des débats à la Chambre des représentants mercredi matin, Brian Mast, un républicain de la Floride, a souligné ces saisies de drogue au Canada et la nomination par Ottawa d’un « tsar du fentanyl » comme preuves que le problème est réel. Il a également déclaré que le Canada n’en avait pas fait assez pour lutter contre la drogue.

« Les démocrates ne reconnaissent pas qu’il y a une crise qui tue des milliers d’Américains », a-t-il affirmé.  

Le Sénat a voté à plusieurs reprises pour annuler ces droits de douane, mais une règle de procédure a permis à la Chambre des représentants d’éviter tout vote sur le programme tarifaire du président Trump. Cela a pris fin mardi, lorsque trois républicains se sont joints aux démocrates contre la prolongation de la règle de procédure.

Les législateurs doivent voter sur la motion mercredi soir, même s’il s’agit d’un geste largement symbolique. Même si elle est adoptée et se retrouve sur le bureau de Trump, il est peu probable que la majorité des deux tiers soit obtenue pour éviter un veto du président.

Bien que la Constitution américaine réserve au Congrès le pouvoir en matière de fiscalité et de droits de douane, ceux imposés au Canada n’ont jusqu’à présent rencontré que peu de résistance publique de la part des législateurs républicains, malgré les inquiétudes exprimées en privé par les partisans traditionnels du libre-échange au sein du parti.

L’IEEPA est devenu l’outil préféré de M. Trump pour imposer ou menacer d’imposer des droits de douane, mais son avenir est incertain.

La Cour suprême des États-Unis examine toujours si le président peut continuer à utiliser l’IEEPA. La Cour suprême des États-Unis, dirigée par des conservateurs, s’est montrée sceptique lors d’une audience sur le sujet en novembre.

« C’est tout simplement irresponsable »

Plus tôt mercredi, le représentant Adrian Smith, un républicain du Nebraska, a déclaré que le vote devrait être reporté jusqu’à ce que la plus haute juridiction américaine se prononce sur l’IEEPA.  

Il a indiqué que le Canada était un ami, mais que l’utilisation des droits de douane par M. Trump avait poussé Ottawa à avoir des discussions difficiles sur les irritants commerciaux. Il a cité l’exemple de la taxe sur les services numériques, que le premier ministre Mark Carney a suspendue l’année dernière pour apaiser le président.

L’utilisation incohérente des droits de douane par M. Trump et ses déclarations selon lesquelles le Canada devrait devenir un État américain nuisent aux entreprises américaines, ont dit plusieurs démocrates à la Chambre.  

Beaucoup ont également souligné le message publié lundi par le président sur les réseaux sociaux, dans lequel il menaçait de bloquer l’ouverture du pont international Gordie-Howe reliant l’Ontario au Michigan.

Des représentants du Nevada ont déploré une baisse du tourisme, tandis que d’autres, de l’Oregon, ont dit que le boycottage canadien de l’alcool ravageait l’industrie vinicole.

La représentante Linda Sanchez, une démocrate de la Californie, a déclaré que les affirmations selon lesquelles le Canada représente une menace en matière de fentanyl ne sont pas étayées par des faits. Elle a rappelé que l’ACEUM a été négocié pendant le premier mandat de M. Trump et a été ratifié par le Congrès.

« Les gouvernements responsables respectent la loi sur les accords commerciaux et ne négocient pas avec des caprices étranges sur les réseaux sociaux. C’est tout simplement irresponsable et, franchement, bizarre », a-t-elle affirmé.  

Réactions au vote

L’Association internationale des machinistes et des travailleurs de l’aérospatiale, qui représente environ 600 000 travailleurs dans les deux pays, a indiqué que « les droits de douane causent déjà de graves perturbations dans les secteurs aérospatial et manufacturier américains et canadiens, qui sont profondément intégrés ».

« Les droits de douane aveugles contre les alliés sont néfastes tant pour les travailleurs américains que canadiens », ont mentionné mercredi le président international Brian Bryant et le vice-président territorial canadien David Chartrand.

« Nos industries sont liées. Toute attaque contre notre partenariat ne peut que conduire à des pertes d’emplois, à une hausse des prix et à une instabilité économique dans toute l’Amérique du Nord », ont-ils ajouté.

PHOTO PATRICK DOYLE, ARCHIVES REUTERS

Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford

Le vote de mercredi a également été salué par le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, qui a publié sur les médias sociaux qu’il s’agissait d’une « victoire importante, mais qu’il restait encore beaucoup à faire ».

« Mettons fin aux droits de douane et construisons ensemble un avenir plus prospère et plus sûr », a souligné M. Ford.  

Avec des informations de l’Associated Press

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