Rassemblement national du PLQ | « Intégrité », mot d’ordre de Charles Milliard

(Trois-Rivières) Le nouveau chef libéral, Charles Milliard, fait de l’« intégrité » l’un des « mots d’ordre » sous sa gouverne, désireux de tourner la page sur la crise qui a emporté son prédécesseur, Pablo Rodriguez.
Mis à jour hier à
17 h 22
Quelque 600 militants ont célébré son couronnement lors du « Rassemblement national » organisé par le Parti libéral du Québec (PLQ), dimanche à Trois-Rivières. Les anciens premiers ministres Philippe Couillard et Daniel Johnson ont prononcé un discours ; Jean Charest l’a fait par vidéo. Tous ont sonné l’heure du ralliement et salué l’arrivée d’un chef d’une « nouvelle génération ».
PHOTO GRAHAM HUGHES, LA PRESSE CANADIENNE
L’ancien premier ministre libéral Philippe Couillard est venu saluer le nouveau chef du parti, dimanche.
« Le renouveau du Parti libéral du Québec commence maintenant ! », a lancé Charles Milliard, déterminé à « talonner » ses adversaires politiques et à « gagner l’élection de 2026 ».
Mais « n’allons pas trop vite et prenons un pas de recul pour se parler franchement », a-t-il tenu à dire à ses militants.
Comme vous le savez, nous avons traversé une période difficile. Mais aujourd’hui, on regarde en avant. Désormais, sous mon leadership : intégrité, transparence et imputabilité seront les mots d’ordre.
Charles Milliard, nouveau chef du Parti libéral du Québec
Un parti qui aspire au pouvoir se doit d’être « irréprochable », a-t-il insisté. « Parce que la confiance, ça ne se demande pas : ça se mérite. »
Lors d’une mêlée de presse, le chef a affirmé qu’il n’était pas « un acteur dans l’histoire », faisant allusion aux allégations sur la campagne à la direction de Pablo Rodriguez, mais qu’il veut être « un acteur de la réaction ».
Quelle réaction ? Il n’a pas été clair sur la manière de garantir l’intégrité du parti. « Je vais m’en assurer par mon style, par les valeurs que j’incarne. À chaque fois que je suis arrivé dans une organisation, j’ai donné mon style, j’ai donné mes directives. »
Il n’a pas décidé s’il allait réintégrer la députée Marwah Rizqy au sein du caucus libéral. Ce sera l’un des sujets de discussion avec ses députés lors d’une réunion du caucus, où il y a beaucoup de résistance à revoir Mme Rizqy autour de la table.
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Marwah Rizqy, le 3 février dernier
L’Unité permanente anticorruption (UPAC) et le Directeur général des élections font toujours enquête sur la campagne à la direction de Pablo Rodriguez. « Bien sûr, ça m’inquiète, a reconnu Charles Milliard. Je vais être aux aguets de ce qui se passe. Mais écoutez, je n’ai pas toutes les informations. »
Dans son discours, M. Milliard a dit avoir l’ambition de « réunifier les Québécois » pour « que tous se sentent ici chez soi ». Il faut, selon lui, mettre « fin aux divisions qui nous ralentissent et qui, bien franchement, nous font honte ».
Déplorant « l’improvisation » du gouvernement caquiste en immigration, il a plaidé « pour une clause grand-père » dès maintenant pour les orphelins du Programme de l’expérience québécoise (PEQ). Ce droit acquis devrait être accordé à « tous les gens qui devaient pouvoir appliquer là-dessus », a-t-il dit, évoquant « quelques dizaines de milliers de personnes ». « Malheureusement, je n’ai pas le chiffre parce qu’on ne nous le donne pas. »
S’il est porté au pouvoir, il demandera au ministère de l’Immigration « d’ouvrir ses livres » pour connaître le « réel potentiel d’accueil » de chaque région.
100 000 mises en chantier
Dans son discours d’une trentaine de minutes, Charles Milliard a présenté les grandes lignes de son programme politique à travers « cinq priorités claires » : l’économie, les services publics, l’accès au logement, les régions et la culture.
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Le nouveau chef du PLQ, Charles Milliard
Pour répondre à la crise du logement, M. Milliard veut atteindre « 100 000 mises en chantier par année », aussi bien des maisons et des condos que du logement social ou abordable. Il a fait un clin d’œil à une célèbre promesse de l’un de ses prédécesseurs comme chef, une source d’inspiration pour lui. « Hier, Robert Bourassa promettait 100 000 emplois. Demain, nous construirons 100 000 logements », a-t-il affirmé.
Selon l’Institut de la statistique du Québec, les mises en chantier se sont chiffrées à 59 864 unités en 2025, en hausse de près de 23 % par rapport à l’année précédente.
Le nouveau chef libéral se définit à la fois comme « un nationaliste, un régionaliste et un fédéraliste ».
Notre nationalisme, c’est un Québec qui s’affirme, qui protège notre langue, qui fait la promotion de notre culture. Notre nationalisme n’entre pas en contradiction avec la protection des droits et libertés de chaque Québécois.
Charles Milliard, nouveau chef du Parti libéral du Québec
Il a plaidé pour un « fédéralisme asymétrique ». « Sur le fond, on va avoir des demandes » à faire au gouvernement canadien, a-t-il dit aux journalistes. « Ma première demande, c’est de respecter c’est quoi, l’esprit de la fédération canadienne. Ça veut dire que chaque palier de gouvernement, qu’il soit municipal, fédéral, provincial, a ses responsabilités. Moi, j’adore Ottawa, mais il y a des dossiers qui sont de juridiction provinciale. Et que ce soit un premier ministre du Québec ou de l’Ontario qui dise en santé ou en éducation, c’est notre terrain de jeu, c’est quelque chose qu’il faut dire fort. Et être dans une fédération, ce n’est pas toujours être d’accord, c’est vouloir bâtir une tension utile pour faire grandir le Québec. »
Des flèches
Dans son allocution, M. Milliard a multiplié les attaques contre le gouvernement. « Depuis 2018, le Québec a perdu son élan. Et soyons sérieux : un nouveau premier ministre caquiste n’y changera rien », a-t-il soutenu.
Sans les nommer, il a décoché des flèches vers Christine Fréchette et Bernard Drainville, les candidats pour succéder à François Legault. Ce sont d’anciens péquistes, a-t-il tenu à rappeler avec cette formule : « La CAQ, vous le savez, aura un ou une nouvelle chef bientôt, mais peu importe qui gagnera cette course, une chose est certaine, au débat des chefs, je serai assurément encerclé de souverainistes ».
M. Milliard a accusé le chef péquiste, Paul St-Pierre Plamondon, de « faire de la politique de la nostalgie et de la division ».
« En cette période d’incertitude sur la planète, la dernière, mais vraiment la dernière chose dont on a besoin, c’est d’un autre référendum, a-t-il affirmé. Et dire non à [son] projet, ce n’est pas une négation, dire non est une affirmation. Avec l’incertitude économique, les tensions commerciales, l’instabilité géopolitique, le Québec a besoin de stabilité et de prévisibilité. »
Charles Milliard a nommé son organisatrice en chef pour les élections générales : Josée Lévesque, une militante de longue date qui a joué le même rôle sous Philippe Couillard et qui a déjà travaillé dans les cabinets libéraux.
D’autres promesses de Milliard
- En santé, Charles Milliard s’engage à « augmenter sensiblement l’offre de soins à domicile », à faire de la santé mentale « une priorité nationale » et à créer « une plateforme de télémédecine publique accessible sept jours sur sept ».
- En éducation, il promet de tenir des États généraux sur l’éducation « pour revoir le système au complet : du préscolaire à l’université, en passant par la formation professionnelle et le cégep ».
- Sur le front économique, il souhaite « réduire le fardeau fiscal des PME » et faire du Québec un « chef de file en matière d’innovation verte et de mobilité durable ». Il veut « remettre de l’ordre dans les finances publiques », plongées dans le rouge.
- S’il est porté au pouvoir, il entend être « le premier ministre de la décentralisation du Québec ». Le gouvernement doit donner au monde municipal et aux régions « les leviers pour agir sur ce qu’ils connaissent mieux que quiconque, comme l’itinérance, l’intégration, les infrastructures, la qualité de vie dans nos communautés ».
Lisez le dossier « Charles Milliard, nouveau chef du PLQ : sortir de la tempête »



