Procès du Burger King : Le « J’accuse » d’un commandant de terrain face au mutisme de la hiérarchie.

Au 4ème et dernier jour de procès des CRS dans l’affaire dite du Burger King1, deux visions de la police se sont percutées. D’un côté, le Commandant S., CRS, qui se présente dans sa tenue de cérémonie, assumant une culpabilité morale écrasante. De l’autre, le Commissaire R., affecté à la Préfecture de Police à l’époque des faits, silhouette d’une institution qui esquive et s’abrite derrière des procédures aussi floues que l’éclairage d’un restaurant pillé.
Ce jour d’audience, une image : celle d’un chef qui refuse de laisser ses hommes seuls dans la tempête judiciaire. À la barre, le Commandant S. a livré un témoignage contre un système qui broie les exécutants et préserve les décideurs. « Aujourd’hui, je ne suis pas à ma place en tant que témoin mais je devrais être prévenu aux côtés de mes collègues », lâche-t-il dans un silence de cathédrale. Pour lui, sa place sur le banc des accusés ne serait pas une infamie, mais une question de cohérence.
L’officier qui ne voulait pas « sacrifier » ses troupes
Tout au long de son audition, l’Officier S. a dépeint une journée d’apocalypse où le maintien de l’ordre a glissé vers une « guérilla » qu’il qualifie d’« émeutes généralisées de type insurrectionnel ». Un chaos où ses hommes, assoiffés, à bout de force et à cours de grenades lacrymogènes qui permettent de tenir les casseurs à distance, ont été attaqués, tabassés, et exposés par une hiérarchie parisienne sourde. Une unité de quelques dizaines d’hommes encerclée par 3 000 personnes violentes, dont beaucoup étaient parvenues, de rage, à arracher les panneaux métalliques du mobilier urbain.
Il raconte les appels à l’aide, les demandes de renforts, de relève, toutes ignorées par la Direction de l’ordre public et de la circulation (DOPC) et ce sentiment de trahison : « Ce sont les gardiens et gradés qui doivent rendre compte et jamais les donneurs d’ordre. » Sur l’intervention controversée du Burger King ? Il ne fuit pas. S’il reconnaît une « perte de discernement », il l’impute à l’absurdité des ordres reçus et à l’épuisement : « Je pense qu’on n’aurait pas dû nous demander d’intervenir. » L’officier va plus loin, qualifiant cet ultime engagement d’« inacceptable, insensé, dangereux pour les unités et les manifestants ».
Je suis trois rangs derrière les prévenus, dans le public. Et, observant mes neuf collègues, dont le Capitaine de Police P. poursuivis à leurs côtés, un homme réputé chez les CRS pour son intégrité, je ne vois que des soldats dignes, droits et ne peux refréner un sentiment d’injustice. On juge des héros qui se sont sacrifiés pour sauver une République qui se tire aujourd’hui une balle dans le pied, dans un procès qui laissera une cicatrice profonde dans la gestion de l’ordre public français…
Le Commissaire R., en costume de l’esquive institutionnelle
À l’opposé de la philosophie du Commandant, le témoignage du Commissaire R. a semblé incarner tous les travers que j’avais reprochés à la Préfecture de Police durant la crise des Gilets Jaunes : l’opacité et le déni de responsabilité. Là où G.S. assume, P.R. se dédouane. « Ce ne sont pas mes hommes, ce sont les hommes du Commandant S. ! », évacue-t-il pour justifier son ignorance des faits. Pourtant il était bien l’autorité civile, sur place ce jour-là. Celle qui a donné l’ordre d’évacuer le Burger King dont la porte était fracturée, des heures après avoir sommé les manifestants de quitter les lieux, et alors que tous les établissements alentours étaient pillés. Comment imaginer un instant que seul le fast-food ne contenait que des manifestants juste récalcitrants aux sommations ?
Poussé dans ses retranchements par les vidéos montrant sa présence au cœur du dispositif, le commissaire élude, réfute et s’enferme dans sa version contredite par les images. Au point que le Président lui rappelle qu’il dépose sous serment. Pour la salle d’audience, il symbolise une DOPC qui donne des instructions « irresponsables et fluctuantes » mais qui, une fois l’heure des comptes venue, s’abrite derrière le rideau administratif. Quand il affirme qu’il « n’y a jamais eu d’incompréhension avec la DOPC », il semble nier la réalité vécue par les unités sur le pavé, ces hommes « convaincus de mourir ».
« Je ne suis pas un spécialiste du maintien de l’ordre ! » Remous dans la salle. J’en suis convaincue et le maintiens : l’incipit du long récit de la gestion des émeutes des gilets jaunes à Paris cet hiver-là, trouve tout son nœud dans cette phrase.
Une fracture idéologique
Le procès a mis en lumière une vérité crue : le maintien de l’ordre, à ce stade de tension, ne répondait plus à aucun schéma ou manuel théorique. Ce jour où un engin lanceur d’eau des CRS a stoppé l’embrasement d’un immeuble d’habitation et empêché la mort de dizaines d’habitants, sous les cris de citoyens incendiaires ravis de voir un bâtiment parisien brûler. Pour le Commandant S., la stratégie globale a « annihilé les chances de prendre le dessus sur les agresseurs, et de reprendre l’Arc de Triomphe ». Sa conclusion résonne tel un avertissement pour l’avenir de la paix sociale : « Opposer policiers et Gilets Jaunes était une erreur fondamentale. »
Il nous révèle d’ailleurs, que durant des semaines, les policiers de la 43 avaient recouvert le dessus des tableaux de bord des camions de leur compagnie… de gilets jaunes.
Alors que le Président de l’audience était plus préoccupé par l’heure et son repos de la nuit à venir, que par le sort et l’avenir des policiers éprouvés par ce procès, l’Officier S. a rappelé que l’honneur se trouve dans la vérité. Un message lucide qui ébranle toute la chaîne de commandement de l’Intérieur.
Linda Kebbab
De 6 à 20 mois avec sursis ont été requis contre les policiers poursuivis, délibéré le 17 mars.

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