« Juice » aura-t-il assez de jus face au Canada ?

(Milan) La dynamique était particulière à l’entraînement des Finlandais. Mis à part Mikael Granlund et Sebastian Aho, qui n’a pu répondre qu’à trois questions avant que la relationniste lui tire la manche, tous se contentaient de réponses brèves en mêlée de presse, du moins en anglais.
Publié à
13 h 13
Ça inclut Artturi Lehkonen, qui fait pratiquement exprès pour se montrer inintéressant. Après 2 min 15 s de ce qui ressemblait à une séance de torture, il a été excusé.
Même Juuse Saros, généralement loquace, s’est transformé en homme de peu de mots. « J’essaie de me préparer pour un match normal, mais tu dois quand même garder en tête qu’ils peuvent faire n’importe quoi », a dit le gardien, avant de reformuler la réponse trois ou quatre fois.
Il y avait plus d’yeux qu’à l’habitude sur les Finlandais en ce jeudi matin à l’aréna d’entraînement de Santagiulia. Ainsi va la vie d’une équipe demi-finaliste du tournoi olympique, et à 24 heures d’affronter le Canada. Ici, la douzaine de journalistes qui échangent avec les joueurs en finnois, cette langue à la consonance si unique. Là, la dizaine de nord-américains, plusieurs pour une première fois à un entraînement de la Finlande, qui n’a affronté que des pays européens jusqu’ici.
PHOTO PETR DAVID JOSEK, AGENCE FRANCE-PRESSE
Artturi Lehkonen a marqué le but de la victoire en prolongation contre les Suisses en quart de finale.
Entre eux, le type qui œuvre pour TASS, l’agence de « nouvelles » russe, une espèce d’électron libre, toujours prêt à dégainer une question sur le retour de la Russie aux JO, pour mettre les joueurs bien à leur aise.
Comprendre qu’il y avait du monde à la messe, même si on était loin de la cohue d’un entraînement du Canada.
Le facteur Saros
Il semble évident qu’une victoire de la Finlande passera par une grande performance de Saros.
Le gardien qui travaille de jour pour les Predators de Nashville affrontera l’attaque la plus dangereuse de ce tournoi, peut-être carrément de l’histoire des JO. Les joueurs dits générationnels que sont Connor McDavid, Nathan MacKinnon et Cale Makar sont tous dans la force de l’âge. Macklin Celebrini, 19 ans, joue comme s’il y était.
Cette attaque cadre en moyenne 40,5 rondelles par match sur le filet adverse depuis le début du tournoi. Et contrairement à la Finlande, qui a gonflé ses statistiques avec 62 tirs contre les pauvres Français, les Canadiens ont envoyé du volume à tous leurs adversaires ; jamais n’ont-ils tiré moins que 36 fois en un match.
PHOTO DAVID W CERNY, REUTERS
Juuse Saros aura fort à faire devant le but finlandais face au Canada.
Cette fois, les Canadiens devront battre Saros, le gardien le plus occupé de la LNH cette saison. Il a reçu 1241 tirs, soit 111 de plus que son plus proche rival Karel Vejmelka.
Ses statistiques des dernières années ne lui font pas une belle jambe, avec le déclin rapide des Predators. Mais de 2019 à 2024, il s’est classé parmi l’élite de la LNH, avec une efficacité de ,916, la 7e du circuit derrière des ténors tels Igor Shesterkin, Ilya Sorokin et Connor Hellebuyck.
Et dans cette quinzaine olympique, malgré un quart de finale couci-couça contre la Suisse, il a bloqué 93,8 % des rondelles, le troisième pourcentage d’efficacité du tournoi.
« À mes yeux, il est un des meilleurs, sinon le meilleur gardien au monde, a lancé Mikael Granlund, son ancien coéquipier à Nashville. Il peut voler des matchs. J’ai joué avec lui quatre ans. C’est un pilier. On aura besoin de lui. »
« On a toute la confiance en Juice. Il fait partie de l’élite », d’ajouter Erik Haula, un autre ancien Predator.
Saros sera en territoire connu, lui qui compte justement MacKinnon et Makar parmi ses rivaux de la Division centrale depuis des années. Il montre d’ailleurs une certaine aisance contre MacKinnon, qui a marqué seulement 5 buts sur 66 tirs contre lui. Idem pour Makar (3 buts sur 42 tirs).
Ça se complique toutefois contre McDavid, qui marque sur 18,8 % des tirs (9 en 48) qu’il a pris contre Saros.
PHOTO DAVID W CERNY, REUTERS
Juuse Saros se dresse devant Sandro Schmid, de la Suisse.
L’homme masqué-démasqué le temps des entrevues, rassurez-vous-était toutefois bien peu disposé à parler de ses vieilles confrontations. « Ce sont toujours des matchs excitants. Il faut être prêt à tout, car ces gars peuvent faire des trucs inattendus », a-t-il répété.
Parcours commun
Les Finlandais ont survécu à une frousse en quart de finale mercredi.
Ils perdaient 2-0 face à des Suisses qui étaient négligés pour ce duel, et il a fallu un but de Miro Heiskanen à 72 secondes de la sirène finale pour pousser le match en prolongation, là où Lehkonen a tranché. Un autre but qui confirme la réputation de l’ancien du CH de joueur qui s’élève lorsque l’enjeu le commande. Il partage d’ailleurs la tête du classement des compteurs de son club avec Mikko Rantanen (cinq points chacun).
« On a vécu cette expérience en groupe, on sait qu’on peut surmonter de l’adversité. J’espère que notre remontée va nous donner un élan », a résumé Aho.
Face à eux, une équipe canadienne qui a vécu une frousse similaire face à des Tchèques tout aussi négligés que l’étaient les Suisses. Les deux clubs sont passés à quelques instants de boucler leurs valises. Un des deux devra s’y résoudre vendredi.




