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Un changement majeur dans la tarification d’Hydro

Les économistes réclament ce changement majeur depuis des années. Ils demandent qu’Hydro-Québec facture à ses clients le juste prix de l’énergie, pas un prix déprécié qui incite au gaspillage.


Publié à
6 h 30

Jeudi, la société d’État a fait un premier pas historique en ce sens. Elle a annoncé qu’elle comptait réclamer 13 cents le kilowattheure aux centres de données, soit environ le double de ce qu’ils paient actuellement. Le tarif sera demandé aux nouveaux centres de données qui veulent s’implanter ici. Quant à ceux déjà en activité, la hausse vers 13 cents sera progressive sur cinq ans.

Jusqu’à maintenant, Québec n’avait pas voulu alimenter ces centres en raison de leurs faibles retombées économiques (création d’emplois, etc.). L’enjeu est toutefois devenu stratégique avec le boom de l’intelligence artificielle et ses grands besoins en données et en énergie.

Bref, le changement est majeur, bien qu’il ne touche qu’un seul type de clientèle, ou plus précisément deux, si l’on ajoute la sous-catégorie des centres de minage pour la cryptomonnaie. Hydro compte leur facturer encore davantage, soit 19,5 cents le kilowattheure, étant donné ses très faibles retombées1.

Tout le dossier a été déposé à la Régie de l’énergie, qui doit l’approuver pour qu’il puisse entrer en vigueur.

Pourquoi est-ce majeur comme changement ? Parce que depuis toujours, Hydro facture à ses clients des tarifs basés sur le coût moyen de production de l’électricité, qui incorpore le coût de production des vieilles centrales, bien plus bas parce qu’elles ont été construites il y a plusieurs années et amorties.

Le hic, avec cette méthode de coût moyen, c’est que lorsque de nouveaux clients réclament de l’énergie, Hydro-Québec doit construire de nouvelles installations (barrage ou éoliennes), dont le coût est bien plus élevé.

Facturer à ces nouveaux clients le coût moyen historique, comme actuellement, implique de refiler la facture des nouvelles installations à l’ensemble des autres clients, notamment résidentiels.

Le nouveau tarif de 13 cents le kilowattheure aux centres de données est l’équivalent du coût marginal de production de l’énergie chez Hydro, soit le coût des plus récentes installations. Pas de transfert de facture aux autres clients, donc.

Actuellement, les neuf entreprises exploitant des centres de données au Québec consomment 190 mégawatts (MW) de puissance, selon Hydro-Québec. Parmi elles se trouvent Microsoft, Vantage, OVH, mais aussi Qscale, fondée par l’entrepreneur Martin Bouchard.

Ce dernier n’a pas voulu commenter la nouvelle, bien que son organisation se soit montrée critique du moratoire de Québec envers les centres de données. Il faut dire qu’Hydro-Québec a fait le tour de l’industrie avant d’aller de l’avant, s’assurant d’avoir le son de cloche des principaux intervenants sur les grands principes de sa nouvelle politique.

Le gouvernement continuera d’approuver ou non les projets qui exigent plus de 5 MW, mais il prévoit d’attribuer 1000 MW de puissance d’ici 2035 pour ces centres de données, cinq fois plus qu’actuellement. Ces 1000 MW sont l’équivalent de l’énergie requise pour 360 000 résidences au Québec.

Boom de la demande

Certains pourraient craindre, à juste titre, que cette facturation au coût marginal selon un usage spécifique n’ouvre la porte à une multiplication des tarifs, ce qui risque de mener à des choix politiques, plutôt qu’économiques, entraînant des distorsions.

Sauf qu’en ciblant ainsi les centres de données, Hydro-Québec imitera les principaux autres États nord-américains avec qui elle est en concurrence.

Selon un rapport de la firme Dunsky, commandé par Hydro-Québec, la montée de l’intelligence artificielle est telle qu’elle multipliera par quatre la demande énergétique pour les centres de données d’ici 2030.

Cette demande fait pression à la hausse sur les prix de l’électricité, avec ses effets sur les tarifs résidentiels, soulevant une opposition majeure de citoyens aux États-Unis.

Ces dernières années, une soixantaine de nouveaux tarifs sont ainsi entrés en vigueur en Amérique du Nord pour tenir compte du phénomène, dont une vingtaine ciblant spécifiquement les centres de données, selon le rapport, déposé à la Régie de l’énergie.

« À une unanimité presque parfaite, les juridictions étudiées ont développé ces tarifs avant tout afin de minimiser l’impact tarifaire pour les clients réguliers. Les tarifs ont généralement été conçus de façon à ce que les coûts et risques induits par la production, le transport et la distribution de l’électricité supplémentaire soient assumés par les utilisateurs concernés, notamment en reflétant autant que possible, les coûts marginaux de production », est-il écrit dans le rapport.

Quels sont ces tarifs ? Et Hydro sera-t-elle concurrentielle avec ses 13 cents le kilowattheure ? Plutôt oui, conclut le rapport.

Dunsky a fait une comparaison avec 13 autres États, dont 8 sont limitrophes du Québec, plus susceptibles d’être en concurrence. Or sur ces 8 États, 4 ont des tarifs nettement plus élevés pour les centres de données (plus de 20 cents) et 3 moins élevés, dont l’Ontario (environ 12 cents) et le Maine (environ 8 cents).

Dunsky fait valoir que si le tarif est un élément important, d’autres entrent en ligne de compte, comme la fiabilité du réseau, un climat froid, une offre clés en main et la faible intensité carbone (réclamée par Microsoft et Google, notamment).

La nouvelle politique tarifaire d’Hydro procurerait entre 750 millions et 1 milliard de dollars de revenus à Hydro-Québec d’ici 2030, soit le double de ce qu’elle aurait obtenu avec les tarifs habituels.

Qui peut être contre, si l’impact n’est pas refilé aux autres clients et qu’une telle politique est en phase avec les besoins locaux de centres de données canadiens sécurisés, notamment pour la défense ?

1. Dans le cas des centres de minage existants, la montée progressive à 19,5 cents se fera sur trois ans, selon ce que m’indique d’Hydro-Québec.

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