La médaille insupportable

MILAN | On va se boucher le nez et l’accepter. Les États-Unis, c’est « le plus meilleur pays du monde » au hockey, pour citer Elvis Gratton. Dans les faits, nous sommes détrônés. Mais soyons sérieux, la meilleure équipe n’a pas gagné cette finale.
« Parfois, le destin joue contre toi », a lancé l’entraîneur du Canada, Jon Cooper, après le match. C’est exactement ça.
Le Canada a bombardé le gardien Connor Hellebuyck de 42 tirs. Il a flanché une seule fois, faisant taire ainsi tous ses détracteurs, comme moi, qui le trouvent mauvais quand ça compte.
« Il n’y a pas grand-chose qu’on pouvait faire de plus », a raconté Sidney Crosby, qui a dû se résigner à rater le match en raison d’une blessure.
Le Canada a été en contrôle de presque tout le match. Mais une force obscure et vicieuse venait toujours empêcher la rondelle d’entrer dans le filet.
- Nathan MacKinnon, qui a un des meilleurs tirs au monde, était incapable de lancer dans une cage béante.
- Macklin Celebrini déjouait cinq joueurs avant d’arriver devant Hellebuyck et était incapable de prendre un bon lancer.
- Devon Toews n’avait qu’à pousser la rondelle dans le filet et il l’a envoyée sur le seul millimètre du bâton qui était au sol.
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- Connor McDavid est arrivé en échappée et c’était comme si la force obscure était venue provoquer un AVC au moment où il faisait sa dernière feinte pour tenter de battre le gardien gigantesque.
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- Cale Makar et Devon Toews qui se transforment en joueurs pee-wee pendant deux secondes le temps que Matt Boldy les traverse pour marquer.
« Il y a plusieurs jeux où 95 % du temps, c’est un but. Mais là, ça ne rentrait pas […] Je ne pensais pas qu’on pouvait mieux jouer que contre la Finlande, a relaté Jon Cooper. Mais là, c’est impeccable. Je ne peux pas être plus fier […] Ils [son équipe] ont été exceptionnels. »
Le fameux trois contre trois
Le match s’est terminé 2 à 1, en prolongation, à 3 contre 3. Cette formule a été critiquée à maintes reprises ici à Milan, notamment à propos de la finale féminine.
« Le hockey, ce n’est pas du hockey quand tu enlèves quatre joueurs de la glace. Ce sont des impératifs pour la télévision qui ont amené ça pour terminer des matchs plus rapidement [le 3 contre 3]. Ça devient du hockey axé beaucoup sur les habiletés. Les Américains en ont beaucoup, nous aussi. Ils ont fait un jeu de plus que nous » a-t-il commenté, tout en ne voulant pas commencer à remettre tout ça en question. « Ce sont les règles et on les connaissait. »
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Le nouveau golden goal appartient à Jack Hughes : un tir précis après une minute et 41 secondes de prolongation. 50 secondes plus tôt, on croyait que Jordan Binnington avait réalisé le plus gros arrêt de sa vie devant le frère de Jack, Quinn, à l’aide d’un puissant tir sur réception. C’était davantage brouillon du côté canadien en prolongation. Cale Makar a pris un risque de trop et Nathan MacKinnon, qui ne semblait pas à 100 %, n’a pas été capable de réparer la première gaffe. MacKinnon a aussi perdu la rondelle qui a mené au premier but des Américains.
Du reste, les États-Unis n’ont pas été très dangereux.
Au-delà de mon chauvinisme et de ma frustration de nous voir perdre l’or, il faut reconnaître que c’était un match sensationnel. J’étais essoufflé juste à le regarder sur place.
Foule très nerveuse
L’ambiance n’était pas aussi folle que prévu. Car la foule était majoritairement canadienne et les Américains ont marqué dès la sixième minute. On a rapidement compris que la foule était aussi majoritairement anxieuse et ainsi, pas mal moins bruyante.
Avant ça, c’était parti fort quand Tom Wilson a complètement détruit Dylan Larkin derrière le filet. J’étais assis quasiment sur le toit de l’aréna et mon siège a quasiment vibré.
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Le match aurait pu prendre une autre tournure quand le Canada a obtenu un 5 contre 3 en deuxième période. Mais Hellebuyck n’a même pas eu à se signaler alors que les Canadiens n’étaient pas capables de trouver les bonnes lignes de passe et n’ont pas eu beaucoup de chances. Je m’ennuyais de Sidney Crosby.
Vous savez, quand plein de spectateurs qui ne comprennent pas comment fonctionne un avantage numérique se mettent à crier : « Shoot ! ». Là, j’avais le goût d’être un de ces spectateurs.
Ça prenait un but au pic et à la pelle, m’a dit mon voisin. Bref, c’est facile à dire pour moi, en train de regarder ça en mangeant des gnocchis qu’on vendait à l’aréna.
Le sang
Si le trois contre trois, c’est un peu épais pour trancher sur une médaille d’or, je trouve aussi que c’était ridicule quand les deux équipes jouaient à « Je saigne toi non plus » pour délimiter si c’était deux ou quatre minutes de punition à l’adversaire. Imaginez que Bo Horvat se morde très fort la langue quand il a reçu le bâton élevé de Jack Hughes avec trois minutes à faire. Ç’aurait été un quatre minutes et non deux. Le Canada a un avantage numérique à 40 %. Autrement dit, il y a de très bonnes chances que l’or ne soit pas dans les mêmes cous.
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Bref, chez les femmes et là chez les hommes. Coup sur coup. On se remettait de la première claque et la deuxième est arrivée. Le Canada n’est plus au sommet. Ça ne va pas mieux chez les juniors. Ça fait 32 ans que les Canadiens n’ont pas vu la coupe Stanley.
Donald Trump est content. Il a « facetimé » l’équipe après, satisfait que son pays devienne la puissance mondiale du hockey.
Herb Brooks, l’entraîneur mythique de la formation des États-Unis à Lake Placid lors du miracle sur glace, a dit ceci en 1980 avant le match contre l’Union soviétique : « On jouerait contre eux 10 fois, ils en gagneraient sûrement 9, mais pas ce soir ». Pour cette finale en Italie, je pense exactement la même chose. On se reprendra à Nice dans quatre ans.




