LHJMQ : Marc-André Fleury « a mis le Cap-Breton sur la mappe »

MONTRÉAL – En apprenant récemment qu’il serait intronisé au Temple de la renommée de la LHJMQ en 2026, Marc-André Fleury a d’abord réagi comme le Marc-André Fleury qu’on connaît et aime tant.
En plaisantant, sourire en coin.
« Je n’ai rien cassé au Cap-Breton », a-t-il répondu aux dirigeants de la ligue l’informant de l’honneur qui lui serait bientôt réservé.
Sur le plan statistique, l’ancien gardien des Screaming Eagles n’a en effet pas réécrit le livre des records du circuit.
Fiche : 63-50-17
Moyenne : 3,19
Taux d’efficacité : ,908
Jeux blancs : 4
Or, devenir un immortel de la LHJMQ, ce n’est pas qu’une affaire de chiffres, comme le rappelait mardi notre collègue Stéphane Leroux, membre du comité de sélection.
La cuvée 2026 du temple de la renommée dans la LHJMQ maintenant connue! Au 5 à 7, Stéphane Leroux revient sur les futurs élus au temple de la renommée de la LHJMQ.
La distinction vise aussi à souligner la contribution d’un ancien au rayonnement de la ligue par ses accomplissements tout au long de sa carrière. À cet égard, le jeune retraité de la LNH n’a pas eu son pareil.
« Ses chiffres ne représentent pas à quel point il était bon », relativise Pascal Vincent, l’unique entraîneur-chef ayant dirigé Fleury dans la LHJMQ entre 2000 et 2004.
« On n’avait pas nécessairement de grandes équipes à ce moment-là et ça me fait penser à Patrick Roy, qui avait une moyenne au-dessus de 5 (5,35, NDLR.) alors qu’il n’avait pas un gros club devant lui à Granby. Sans que ce soit pareil, il y a des similitudes avec Marc-André. On commençait à bâtir la culture au Cap-Breton.
« Il a été le premier joueur des Screaming Eagles, sinon le seul, qui a vraiment eu un impact au niveau international. »
Fleury, le bagarreur
Seizième sélection au repêchage 2000 de la LHJMQ, Fleury est débarqué au Cap-Breton à 15 ans seulement, après avoir complété la saison précédente au niveau bantam AA chez les Grands-Ducs du Richelieu.
« Pour être franc, je ne savais pas c’était où le Cap-Breton », confiait-il mardi en entrevue au 5 à 7 à RDS, peu après l’annonce de son intronisation.
« Je connaissais une couple de joueurs de la LHJMQ, mais je ne suivais pas la ligue en détail. La Nouvelle-Écosse, j’avais une idée c’était où, mais je ne réalisais pas à quel point c’était loin. »
À l’automne 2000, le gardien pensait se familiariser avec le coin, le temps de participer au camp d’entraînement et de rentrer au Québec pour une saison complète dans les rangs Midget AAA.
« J’essayais de faire mon possible, de montrer ce que je pouvais faire et de profiter de mon temps là-bas. Je ne pensais pas trop à faire l’équipe. »
« C’était un choix de première ronde, mais on était supposé le retourner dans le Midget cette année-là. Finalement, on n’a pas eu le choix de le garder. Il nous a forcés. »
— Pascal Vincent
Non seulement, Fleury a alors contraint l’équipe à échanger son gardien réserviste avant le début de la campagne, il s’est de plus rapidement élevé au plus fort de la lutte pour les fonctions de no 1.
La saison durant, Fleury et le vétéran de 18 ans Daniel Boisclair se sont ainsi échangé le demi-cercle des Screaming Eagles, la recrue s’imposant finalement comme le partant pour le début des séries. Il avait fait ses preuves.
« Il est vite devenu mon numéro 1 », relate Vincent, qui a ainsi échangé Boisclair aux Tigres de Victoriaville dès la saison suivante, permettant à Fleury de jouer un total de 55 matchs, sa charge de travail la plus élevée en un calendrier régulier dans la LHJMQ.
« Son éthique de travail à 16 ans était à un niveau que je n’avais jamais vu », s’émerveille encore aujourd’hui l’actuel entraîneur-chef du Rocket de Laval.
« C’était un compétiteur féroce. »
Peut-être même trop, parfois.
« Quand ça ne marchait pas pour lui, il voulait se battre, révèle Vincent. Il a fallu que je l’arrête. »
En l’espace d’un mois et demi à l’automne 2001, Fleury a en effet jeté mitaine et bloqueur pour inviter son vis-à-vis à échanger quelques coups au centre de la patinoire.
« Il a fallu que je me chicane avec lui parce qu’il s’était blessé à une main durant une bataille », raconte Vincent, tout en saluant l’énergie contagieuse de son ancien protégé.
Heureusement, la blessure a été sans grande conséquence, si bien que Fleury a ensuite aidé les siens à faire une percée jusqu’au troisième tour éliminatoire.
Les pads jaunes
De retour au Cap-Breton quelques mois plus tard pour sa première année d’admissibilité au repêchage de la LNH, Fleury n’a pas raté sa chance de se démarquer auprès des éclaireurs.
Son club junior a certes connu de modestes résultats, mais après avoir gagné la première de ses deux médailles d’argent au Mondial junior, Fleury est devenu le premier choix au total du repêchage de 2003 par les Penguins de Pittsburgh.
Quelques mois plus tard, il faisait le saut directement dans la LNH, jouant 21 matchs avec les Penguins avant d’être prêté à Équipe Canada junior pour le tournoi de 2003 puis cédé aux Screaming Eagles.
« Lorsqu’il est arrivé chez Team Canada puis à Pittsburgh avec ses pads jaunes, le monde savait qu’il arrivait du Cap-Breton », témoigne Vincent de la précieuse visibilité offerte par son joueur étoile aux Screaming Eagles.
« Ce qu’a fait Marc-André, c’est de mettre le Cap-Breton sur la mappe », ajoute Vincent, qui a œuvré chez les Screaming Eagles pendant neuf saisons dans les fonctions d’entraîneur-chef et de directeur général.
« Lorsque je suis arrivé, on m’a dit que c’était compliqué de repêcher des joueurs du Québec et de les amener au Cap-Breton. Ce que Marc-André nous a permis de prouver, c’est que c’était possible de venir du Québec et d’avoir du succès au Cap-Breton. »
Si ça, ce n’est pas avoir tout cassé, c’est quoi?
« Avec l’impact qu’il a eu, je ne suis pas d’accord avec lui », tranche Vincent. « Il a été extraordinaire pour nous. »




