Les médecins auront plus d’argent… mais aura-t-on plus de services?

Il est absolument désolant de constater que la négociation entre le gouvernement et les médecins spécialistes semble se jouer uniquement sur l’argent supplémentaire à leur verser, encore une fois. Ce n’est malheureusement pas une surprise, mais plus personne ne parle de ce qui devait être au cœur de la réforme : un plus grand accès aux services pour les Québécois.
En mai dernier, lorsque Christian Dubé a présenté sa loi initiale transformant la rémunération des médecins, tant pour les omnipraticiens que pour les spécialistes, il avait insisté sur le libellé choisi.
Elle visait à « instaurer la responsabilité collective et l’imputabilité des médecins quant à l’amélioration de l’accès aux services médicaux ».
L’imputabilité des médecins, c’était faire en sorte qu’ils deviennent responsables de la prise en charge de tous les Québécois, qu’ils se rendent accessibles pour davantage d’actes médicaux.
« Ça va permettre d’augmenter la disponibilité au bon moment […], quand les Québécois en ont besoin », assurait le ministre.
Il laissait tout de même place à la négociation, mais devant le mur, il a ensuite déposé une loi spéciale.
Cibles précises
Si les objectifs collectifs n’étaient pas atteints, il y aurait des pénalités financières.
Voici ce que prévoyait Dubé afin que les spécialistes offrent plus de services à ceux qui poireautent sur des listes d’attente :
- 97 % à 99 % des chirurgies sont effectuées dans un délai d’au plus 12 mois de la requête opératoire ;
- 95 % à 99 % des chirurgies oncologiques sont effectuées dans un délai d’au plus 56 jours de la requête opératoire ;
- 90 % des examens en imagerie médicale sont interprétés dans un délai de moins de cinq jours.
Pour les faire bouger, il liait 25 % de leur rémunération à l’atteinte de ces objectifs.
Position de faiblesse
Or, François Legault a depuis abdiqué face aux médecins omnipraticiens, non seulement en éliminant la notion de pénalités, mais en ajoutant des primes pour des cibles facultatives, et en leur versant 14,5 % de plus sur leur masse salariale.
Les médecins spécialistes ne font qu’attendre que ce soit à leur tour de passer à la caisse, en réclamant la même augmentation de revenus.
Le PM signale qu’ils gagnent déjà en moyenne 550 000 $, en citant une étude des HEC, que la Fédération des médecins spécialistes conteste.
François Legault a beau dire « ça suffit », il ressemble un peu à un « chien de chasse édenté », pour reprendre la désormais célèbre expression de l’ancien juge mandaté pour une enquête au PLQ, Jacques Fournier.
Il en est à ses derniers milles, et les spécialistes peuvent attendre que son successeur veuille se débarrasser de la patate chaude après le 12 avril.
Lorsque les journalistes ont demandé à la ministre de la Santé, Sonia Bélanger, quels services supplémentaires étaient désormais exigés en échange d’une hausse de rémunération, elle a tourné les talons sans rien dire.
Le représentant des spécialistes, Vincent Oliva, a soutenu que « cet argent-là va faire en sorte que les cabinets vont pouvoir continuer à fonctionner », en référence aux services rendus à l’extérieur des hôpitaux. Sans plus.
Les médecins toucheront plus d’argent, c’est sûr. Ce qui l’est beaucoup moins, c’est si les Québécois profitent en retour d’un plus grand accès aux services de soins.
Le 8 mai, Christian Dubé avait ainsi illustré toute la volonté de son chef :
« J’ai entendu le premier ministre me dire, au moment où j’ai déposé ce projet de loi là, on était face à face, lui et moi, au Salon rouge… il m’a dit : “Christian, j’attends ce moment-là depuis 23 ans.” »
Les choses ont changé depuis, et Dubé a été largué.
On le comprend d’avoir claqué la porte…



