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De retour en ondes après un cancer | Julie Drolet, la combative

À partir de ce lundi, Julie Drolet revient à la barre du Téléjournal midi. La cheffe d’antenne de Radio-Canada avait dû quitter l’antenne il y a un an et demi après avoir reçu un diagnostic de cancer du sein. La période qui a suivi fut éprouvante. Mais même au fond du baril, la journaliste a toujours nourri l’espoir de retourner au travail.


Publié à
5 h 00

« À un moment donné durant les traitements, j’étais tellement faible que je me promenais en fauteuil roulant. Mon médecin m’avait bien expliqué qu’il y avait un risque que je reste comme ça. Mais je voulais tellement revenir au travail que j’ai demandé à une amie réalisatrice si ça pouvait être envisageable d’aménager le plateau pour que je puisse animer en fauteuil roulant », raconte Julie Drolet.

La cheffe d’antenne est aujourd’hui bien droite sur ses jambes, mais elle revient de loin. À l’automne 2024, on lui annonce qu’elle souffre d’un cancer du sein triple négatif, une forme très agressive de la maladie. Un choc. Son père, réputé hémato-oncologue de Québec, est mort il y a une dizaine d’années d’un cancer qu’il s’était lui-même diagnostiqué. Triste coïncidence : deux semaines avant que Julie Drolet apprenne la nouvelle, sa petite sœur avait elle-même reçu un diagnostic de cancer du sein.

« Quand le médecin m’a dit que j’avais un triple négatif, j’ai tilté. Je savais très bien ce que ça impliquait, car ça faisait deux semaines que je lisais sur le cancer à cause de ma sœur. J’étais en état de choc. Plus de son, plus d’image. La seule chose que je me rappelle, c’est d’être en train de perdre connaissance », se souvient Julie Drolet, qui se sentait pourtant alors en pleine forme.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

La cheffe d’antenne Julie Drolet

La mammographie de routine qu’elle venait de passer n’avait pas révélé de traces de cancer. Mais un médecin, qui la suivait pour un autre problème de santé, a eu l’instinct d’investiguer davantage. « Sans ce monsieur-là, je ne sais pas si je serais encore ici pour en parler », estime-t-elle.

Pour se donner une chance de passer à travers, Julie Drolet s’est pliée à une batterie de traitements. Chimio, morphine, cortisone… Les mois qui suivront seront pénibles. L’été dernier, après avoir été opérée, Julie Drolet se croyait tirée d’affaire. Mais on décèle chez elle un deuxième cancer « en dormance ».

« Je suis tombée encore en état de choc. C’est comme si tout ce que j’avais fait avant n’avait servi à rien. Je n’en ai même pas parlé à mes proches tellement j’étais découragée », se rappelle Julie Drolet, qui a pu bénéficier d’un traitement expérimental par la suite.

Trump pour changer le mal de place

Dans son long combat, elle a été épaulée par son conjoint, l’analyste politique Michel C. Auger. À la maison, l’actualité a continué d’animer leurs discussions. Même dans l’épreuve, ces deux bourreaux de travail n’ont jamais décroché.

Durant les longues nuits d’insomnie, conséquence de la médication, Julie Drolet s’est mise à beaucoup lire sur la politique américaine. Abonnée à tous les grands journaux, elle a commencé à retranscrire en français les textes qu’elle trouvait intéressants sur sa page Facebook. Au départ, c’était pour passer le temps et pour répondre à sa frustration de ne pas être en ondes au moment où l’actualité était foisonnante. Rapidement, cette revue de presse est devenue très suivie.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Julie Drolet

Beaucoup de gens m’ont écrit pour me dire qu’ils avaient peur que tout ce qui se passe avec Donald Trump me cause du stress et me rende encore plus malade. Mais au contraire, ça a changé le mal de place. Pour moi, c’est tellement plus facile de suivre la politique américaine que de poser une loupe sur mes problèmes.

Julie Drolet

La retraite n’a jamais été une option pour Julie Drolet. Allant mieux depuis l’automne, elle se sent fin prête à reprendre son mandat. Dès lundi, on la retrouvera à la barre du Téléjournal midi, deux jours par semaine pour commencer. Très bientôt, ce sera à raison de quatre jours par semaine.

« Je le dis en toute humilité, mais je ne reviens pas juste pour le Téléjournal midi. C’est un immense privilège d’animer ce grand rendez-vous. Mais moi, je suis une fille qui est rock’n’roll. J’aime ça quand c’est sportif. J’adore les émissions spéciales et les entrevues quand ça brasse. »

Revient-elle parce qu’elle avait le sentiment que sa carrière est inachevée ? La question secoue un peu Julie Drolet, qui a souvent été appelée à remplacer dans différentes cases horaires sur ICI RDI. Elle prend un long moment pour réfléchir avant de répondre. « C’est vraiment par pur plaisir que je reviens. Je n’ai plus besoin d’être au sommet de la pyramide pour être heureuse. C’est ça que ça fait, la maladie. Ça apporte une certaine humilité. »

Conciliation travail-famille

L’ambition a longtemps été son moteur. De son propre aveu, son fils et sa fille en ont souffert. Ils étaient jeunes quand la journaliste était à la barre du Téléjournal à Québec. Mère de famille monoparentale, Julie Drolet pouvait passer de longues heures au travail. Et lorsqu’elle revenait à la maison, elle n’était pas toujours aussi présente que souhaité.

J’ai toujours dit que ma priorité, c’était ma famille. Mais je me mentais à moi-même. La vérité, c’est que mon travail passait avant tout. J’avais tellement l’habitude de faire des sacrifices que je ne me rendais même pas compte que j’en faisais subir aux autres avec mes décisions.

Julie Drolet

Les derniers mois ont été l’occasion pour elle de faire la paix avec certains de ses choix, de « régler certains dossiers » dans sa vie personnelle, comme elle se plaît à le dire. Le jour du grand départ venu, Julie Drolet ne veut pas avoir de regrets.

« Quand j’ai fait le point sur ce qui a compté dans ma vie, j’ai réalisé que ce sont d’abord les liens avec mes proches. Oui, mon travail va rester important. Je l’adore. Mais ce ne sera plus au détriment des miens. Je veux être plus cohérente avec mes valeurs. C’est certain que ce sera un apprentissage, par contre », admet celle qui est récemment devenue grand-mère.

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