Iran: un conflit à l’effet limité sur l’économie (mais peut-être pas sur Trump)

Ce week-end, donc, les Américains ont justifié leur attaque par la nécessité de mettre la République islamique hors d’état de nuire. Cela consiste à faire disparaître ce qui reste de sa capacité nucléaire, à anéantir son programme de développement de missiles balistiques et à détruire sa marine. Gros programme.
Par la même occasion, les assaillants veulent favoriser les conditions d’un changement de régime, régime honni par la majeure partie de sa population et hostile aux États-Unis.
On attend du peuple iranien, sans moyens, qu’il finisse la job, car aucune opération aérienne d’envergure n’a jamais ébranlé un système politique.
Pour que la population ait une chance de renverser le régime, il faudrait qu’une partie de l’armée iranienne se range de son côté. Les militaires, rompus au pouvoir en place, n’ont pas hésité à tirer sur leurs concitoyens qui ont osé défier la théocratie, il y a quelques semaines à peine. Le bilan se compte par milliers de morts, de quoi faire hésiter.
Encore hier matin, on affirmait du côté américain que quatre à six semaines suffiraient à l’atteinte des principaux objectifs de l’opération baptisée «Fureur épique».
Hier après-midi, les plans semblaient avoir changé.
Donald Trump n’écarte plus l’idée d’y envoyer des troupes terrestres, prétextant «une menace intolérable», des missiles et des armes nucléaires. La guerre pourrait donc s’étirer, et coûter plus cher en vies humaines.
Ça commence à ressembler au scénario irakien, une perspective pourtant vigoureusement écartée par le secrétaire à la Défense Pete Hegseth quelques heures plus tôt.
On ignore maintenant comment ça va finir, et ça peut durer longtemps.
Ou pas.
Le régime des Mollahs, toujours en place malgré la mort de ses dirigeants, n’a pas à sa disposition beaucoup d’options. Et leurs alliés, s’il y en a, sont plutôt discrets.
Quand l’Iran aura épuisé ses missiles et ses drones, il ne lui restera plus qu’à perturber au maximum les chaînes d’approvisionnement en pétrole, ce à quoi il s’attelle déjà. Le pays n’a pas les capacités de provoquer des pénuries, du moins pas longtemps, même s’il pourrait faire grimper le cours de l’or noir.
Israël menace à son tour d’envoyer des troupes au Liban pour mater le Hezbollah, qui, comme à son habitude, a picossé l’État hébreu en soutien à l’Iran, comme il le fait à chaque occasion.
Le conflit risque de s’intensifier, l’Iran fera tout pour qu’il déborde, mais pour l’instant, il semble contenu dans la région.
Et l’effet sur l’économie, alors?
C’est là que j’en suis. Je voudrais bien tenter quelques prédictions, mais les affaires militaires et la chose géopolitique ne sont pas mon domaine ni les prédictions de manière générale, du reste.
Par contre, il y aura des morts.
Aux premières heures d’un conflit armé qui risque de multiplier le nombre de victimes, je trouve toujours un brin disgracieux ce réflexe qui nous mène à nous inquiéter du prix de l’essence et de l’impact sur notre portefeuille d’actions.
Mais là, ça fait trois jours. Et une des premières choses qu’on apprend à l’école de journalisme concerne la hiérarchisation des nouvelles, une évaluation dans laquelle le facteur «proximité» pèse lourd. Quand le théâtre des événements se situe à des milliers de kilomètres, on doit chercher un angle local.
Et il n’y a rien de plus local que ce qui touche directement le portefeuille du monde. Ici, le cours du pétrole, donc éventuellement le prix du carburant, le coût des voyages, du transport des marchandises, l’inflation générale et son impact diffus sur l’ensemble de l’économie.
Jusqu’à maintenant, plus de peur que mal, on dirait. Le prix du baril de pétrole est passé au-dessus des 78 $US au cours de la journée hier après un bond de 7 %, mouvement quasi anodin considérant les fluctuations des cinq dernières années. Pour mettre la chose en perspective, il avait atteint les 120 $US après l’invasion de l’Ukraine.
Pour ressentir quelque chose à la pompe, ce peut être assez rapide. Et sur les prix à la consommation de manière plus générale, le baril de pétrole devra grimper davantage, et se maintenir assez longtemps à des niveaux élevés.
Après avoir été balayé par un vent de nervosité à l’ouverture des marchés nord-américains, on se serait attendu à une séance plutôt pénible à la Bourse, en particulier à New York, où l’humeur est morose depuis quelque temps. Ils sont rapidement ressaisis hier au cours de l’avant-midi, pour terminer dans le vert. Effet nul au jour «un».
La Bourse de Toronto a poursuivi sa progression, comme si de rien n’était. Depuis le début de l’année, l’indice S&P/TSX a augmenté de 7 %, et il a grimpé de 37 % au cours des 12 derniers mois.
Si jamais le conflit au Moyen-Orient devait s’étirer et relancer l’inflation, il n’y a pas de remède miracle pour en contrer les effets, sinon de se contenir dans ses élans de dépense.
Quant à l’effet de l’actualité internationale sur la Bourse, le mieux qu’on puisse faire, c’est toujours de l’ignorer. Les guerres suscitent la peur, et la peur est la pire des conseillères en matière d’investissement boursier.
En fait, le conflit amorcé par les États-Unis pourrait être bénéfique pour l’économie, à plus long terme.
Une minorité d’Américains sont favorables à ce genre de campagne. Donald Trump s’est en partie fait élire sur la base de sa politique «America first», chère au mouvement MAGA, qui sous-entendait une approche internationale non-interventionniste.
Ce nouveau conflit met une autre fois le président en parfaite contraction avec son discours passé.
Et ce, à sept mois des élections de mi-mandat, qui augurent mal pour les républicains. Sans la Chambre de son côté, Donald Trump sera moins nuisible, autant pour l’économie que notre santé mentale.
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