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Prix à la pompe | Ça pourrait faire mal… et vite

L’impact à la pompe du conflit avec l’Iran est immédiat et pourrait être brutal. Le prix du baril de Brent de la mer du Nord, référence internationale de l’or noir, a momentanément franchi le seuil des 80 $ US le baril, lundi, et la perspective d’un baril à 100 $ US apparaît soudainement bien réelle. À la pompe, les automobilistes pourraient être surpris par la rapidité et l’ampleur de la hausse des prix de l’essence et du diesel.


Mis à jour hier à
23 h 30

Une réaction immédiate

Les marchés nord-américains réagissent très rapidement à la hausse du prix du brut sur le New York Mercantile Exchange (NYMEX), la Bourse spécialisée dans l’énergie et les métaux, explique Carol Montreuil, porte-parole de l’Association canadienne des carburants.

Lundi, au premier jour d’activité du NYMEX depuis le début des hostilités, le prix du West Texas Intermediate (WTI), le prix de référence en Amérique du Nord, a augmenté de 8 %, à 71,76 $ US. Il s’agit d’une augmentation de 4 $ US par rapport à la fermeture du marché vendredi.

Règle générale, chaque hausse de 1 $ US du prix du brut se traduit par une augmentation de 1 cent à la pompe. « C’est une estimation qui tient généralement la route, dit Carol Montreuil, mais qui ne prend pas en compte la spéculation, qui peut être plus ou moins forte en cas de conflit. »

Les prix à la pompe augmentent presque immédiatement parce que le marché de détail fonctionne avec le système comptable Last In, First Out (LIFO).

Il n’y a pas de jeu d’inventaire, autant à la hausse qu’à la baisse, dit le porte-parole de l’industrie. Le dernier litre qui entre est celui qui sort le premier.

Carol Montreuil, porte-parole de l’Association canadienne des carburants

Les automobilistes sont nombreux à croire que le prix de l’essence augmente plus vite qu’il descend lorsque le prix du brut fluctue, mais le porte-parole de l’industrie souligne qu’aucune des nombreuses études réalisées sur le sujet n’a pu le prouver.

À Montréal, le prix moyen du litre d’essence était en hausse de 2 % lundi, à 1,55 $, par rapport à la moyenne de la semaine dernière, selon les chiffres de la Régie de l’énergie.

Bonne nouvelle pour l’Alberta

La hausse du prix de l’essence fera rager beaucoup d’automobilistes en Amérique du Nord, mais ceux de l’Alberta y verront un bon côté et l’économie canadienne en profitera. Chaque augmentation de 1 $ US du prix du WTI génère des revenus annuels supplémentaires de 680 millions pour le gouvernement albertain.

La province tire 18 % de tous ses revenus du secteur pétrolier. Cette remontée du prix du brut arrive à point pour l’Alberta, qui vient de publier un budget fortement déficitaire pour 2026-2027, en raison de la faiblesse des prix du pétrole.

Avant le conflit avec l’Iran, la province avait prévu un prix moyen de 60,50 $ US pour le WTI et avait repoussé l’objectif d’éliminer son déficit à 2029. Si le prix du brut devait se maintenir au niveau actuel pendant assez longtemps, le déficit albertain de 9,2 milliards pourrait fondre rapidement.

La province estime avoir besoin d’un prix de 74 à 77 $ US pour équilibrer ses finances.

Un scénario probable

L’Amérique du Nord n’échappera pas à la hausse des prix à la pompe, mais son approvisionnement en pétrole n’est pas menacé. Tout le pétrole consommé au Québec, par exemple, est produit au Canada et aux États-Unis.

Ce n’est pas le cas de la Chine, de l’Inde, du Japon ou de la Corée du Sud, dont l’approvisionnement en pétrole brut passe presque entièrement par le détroit d’Ormuz. En Europe, le prix du gaz naturel liquéfié qui vient du Qatar via le détroit d’Ormuz est en forte augmentation.

Les activités de ce passage stratégique sont paralysées et les assureurs maritimes ont augmenté les primes des navires qui continuent de s’y aventurer ou bien ont cessé leur couverture.

Vingt millions de barils de brut par jour, soit 20 % de la consommation mondiale, transitaient par le détroit d’Ormuz. Plus de 80 % de ce pétrole est destiné aux marchés asiatiques.

L’Arabie saoudite dispose d’un autre moyen de transport, par pipeline, pour approvisionner ces marchés, mais sa capacité est limitée. Le monde ne manque pas de pétrole, l’offre dépasse même la demande, mais la capacité de transporter ce pétrole vers les marchés vient d’être grandement limitée.

« Tout se jouera dans la durée », estime Yvan Cliche, spécialiste de l’énergie au Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CERIUM), qui rappelle que la Chine a fait des provisions de pétrole avant le conflit et que les pays membres de l’Agence internationale de l’énergie ont l’obligation de maintenir des réserves de pétrole pour trois mois.

L’administration américaine n’a pas intérêt à faire durer le conflit à l’approche des élections de mi-mandat, parce que toute augmentation des prix à la pompe nuit au président Trump. « Le prix de l’essence est étroitement lié à la popularité des présidents », rappelle-t-il.

Le prix moyen du gallon d’essence a franchi le cap des 3 $ US lundi au sud de la frontière, son niveau le plus élevé depuis novembre, selon Reuters.

Un scénario catastrophe

Ce qui se passe actuellement au Moyen-Orient est inédit et potentiellement catastrophique, selon la plupart des experts en énergie.

« Tout le monde a intérêt à ce que ça ne dure pas trop longtemps », souligne Yvan Cliche. Mais tout reste possible, y compris le pire.

L’administration américaine, qui parlait d’une guerre de quatre à cinq semaines, au terme de laquelle une entente pourrait être conclue avec l’Iran, évoque maintenant un conflit plus long et la possibilité d’envoyer des troupes.

« Le scénario du Venezuela pourrait ne pas être le même en Iran », précise-t-il. Le gouvernement iranien, dont la survie est menacée, pourrait décider d’un blocus total du détroit d’Ormuz, ce qui n’est jamais arrivé, pour infliger le maximum de dommages à l’économie mondiale avant de se rendre.

Des prix élevés du pétrole pendant une période prolongée ont le potentiel de faire flamber l’inflation et de ralentir la croissance économique mondiale, rappelle Yvan Cliche.

« Quand le pétrole coûte plus cher, tout coûte plus cher, que ça voyage sur terre, par la mer ou dans les airs. »

Ce scénario catastrophe, dont la probabilité augmente, est « capable de provoquer le plus grand bouleversement pétrolier de l’histoire », a écrit lundi le vice-président de S&P Global et spécialiste de l’énergie Daniel Yergin dans une analyse des répercussions du conflit.

En savoir plus

  • 400 000 $ US
    Coût pour assurer la traversée du détroit d’Ormuz d’un superpétrolier, une augmentation de 60 % depuis le début des hostilités

    Source : Oilprice.com

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