Conflit au Moyen-Orient | Pourquoi les bombes ravivent-elles la peur de l’inflation ?

L’inflation. Tout le brouhaha sur les marchés financiers ces derniers jours, dans le contexte des bombardements en Iran, s’explique essentiellement par ce seul mot, l’inflation.
Publié à
6 h 30
La chute des marchés boursiers, la hausse des taux d’intérêt, l’augmentation de la valeur du dollar américain, tout cela est animé par la crainte que l’intervention américano-israélienne fasse augmenter les prix, ce qui nuirait à la reprise économique.
Les marchés sont d’autant plus sensibles que les autorités monétaires ont mené une lutte douloureuse contre l’inflation depuis deux ans pour la ramener sous les 3 %, après la flambée des prix de la période pandémique.
Pourquoi les bombes ravivent-elles les craintes inflationnistes ? D’abord, parce qu’elles ont pour effet de raréfier l’offre de pétrole, puisque 20 % de l’or noir mondial transite par le détroit d’Ormuz, ce passage étroit en eaux iraniennes sous forte tension avec le conflit.
Or qui dit un pétrole plus rare dit hausse des prix de l’essence, une composante importante de l’inflation des ménages. Le prix du baril de pétrole WTI a d’ailleurs grimpé de 8,17 $ US depuis vendredi, soit 12,2 %, à 75,19 $ US (prix vers 16 h mardi).
Le pétrole est aussi un élément important de plusieurs produits pétrochimiques, comme le plastique, qui subirait une hausse de prix.
Autre effet : le pétrole est la principale source d’énergie utilisée pour le transport de marchandises, qui se refléterait par une hausse du prix des biens transportés.
Enfin, la guerre affectera, une fois de plus, la fluidité des chaînes d’approvisionnement des biens, avec ses effets sur les prix.
« Le choc énergétique est similaire à celui de 2022, lors de l’entrée en guerre en Ukraine », m’explique Étienne Bergeron, économiste chez iA Gestion mondiale d’actifs.
Évidemment, l’impact dépendra de la durée des attaques. Plus l’intervention est longue, plus ses effets seraient importants.
Entre-temps, les marchés financiers resteront probablement volatils, sensibles aux moindres éléments qui pourraient influencer les paramètres économiques.
Par exemple, mardi en après-midi, les marchés boursiers ont partiellement repris une partie de la baisse du matin quand les Américains ont annoncé leur désir de mettre en place des mesures pour protéger les pétroliers qui transiteront via le détroit d’Ormuz, me fait remarquer Étienne Bergeron.
En réaction à ces risques sur l’inflation s’accompagne la crainte que les banques centrales soient moins promptes à baisser leur taux d’intérêt directeur – comme la tendance récente – ou pire, à le remonter.
Avant la guerre, les marchés prévoyaient une baisse du taux directeur aux États-Unis de 0,58 point de pourcentage d’ici la fin de 2026. Mardi en après-midi, on en était plutôt à 0,46 point, m’indique Dominique Lapointe, stratège macroéconomique chez Manuvie1.
Dit autrement, comme la banque centrale hausse ou baisse ses taux par tranche de 0,25 point de pourcentage, habituellement, il était mardi moins probable que le taux directeur baisse de l’équivalent de deux tranches de 0,25 point d’ici la fin de 2026.
En Europe, où la guerre a plus d’impact, les marchés mesurent l’effet en haussant le taux directeur éventuel de 0,16 point d’ici la fin de 2026, et au Royaume-Uni, de 0,25 point.
Au Canada, l’impact est une majoration hypothétique de 0,10 point plutôt qu’un taux directeur stable. Les marchés ne s’attendent donc pas à une hausse de taux de la Banque du Canada d’ici la fin de 2026, typiquement de 0,25 point, mais la probabilité augmente.
L’impact sur l’économie canadienne est mitigé, faut-il dire. L’Alberta et la Saskatchewan – productrices de pétrole – profiteraient d’une hausse permanente des prix de l’or noir, mais le Québec et l’Ontario en souffriraient.
Quels sont les effets concrets des bombes sur la Bourse, les taux obligataires et les devises ?
Mardi, l’indice S&P/TSX de la Bourse canadienne avait perdu 2,4 % par rapport à la veille et l’indice américain S&P 500, 1,2 %. La Bourse européenne (Stoxx 50) était plus affectée, avec un recul de 3,6 %.
Sur les marchés obligataires, le rendement des obligations a repris une tendance à la hausse avec la guerre, sur les marchés tant canadiens qu’américains. Depuis vendredi, les taux sont en hausse de quelque 12 points de base (0,12 %), à court terme (obligations de 2 ans) comme à plus long terme (10 ans), au Canada comme aux États-Unis.
Le dollar américain a retrouvé la faveur des investisseurs comme valeur refuge. Depuis vendredi, il a bondi de 1,8 % par rapport à l’euro et de 3,4 % par rapport au won coréen, par exemple. L’Asie est davantage approvisionnée en pétrole iranien et l’effet sur la devise coréenne en est un reflet.
L’économiste Angelo Katsoras, de la Banque Nationale, note que la guerre accentuera le réflexe protectionniste des grands pays.
« Quelle qu’en soit l’issue, ce conflit fait ressortir le fait que l’économie mondiale entre dans une phase de moindre confiance, dans laquelle les grands pays redoubleront d’efforts pour produire les biens essentiels chez eux ou dans des pays alliés », écrit-il dans une note parue mardi.
Espérons que le conflit sera de courte durée…
1. L’économiste s’en remet aux contrats à terme (futures) sur les taux d’intérêt de décembre 2026 pour tirer de telles conclusions.



