Conflit au Moyen-Orient | L’Iran promet de continuer de frapper de manière « intense »

(Téhéran) L’Iran a lancé samedi des vagues d’attaques de missiles et de drones contre ses voisins du Golfe abritant des forces américaines, jurant de ne pas capituler malgré les menaces de Donald Trump et de continuer à riposter aux coups portés depuis une semaine par Israël et les États-Unis.
Publié à
7 h 35
Mis à jour à
14 h 08
Des détonations ont retenti dans l’après-midi à Doha au Qatar, mais aussi à Manama à Bahreïn, ont constaté des journalistes de l’AFP.
Le chef du pouvoir judiciaire iranien, Gholamhossein Mohseni Ejeï, a affirmé que l’Iran poursuivrait ses attaques contre des sites dans des pays voisins utilisés dans « l’agression », invoquant des « preuves » que certains États de la région s’étaient « mis à la disposition de l’ennemi ».
La guerre qui a embrasé toute la région est entrée dans sa deuxième semaine, faisant s’envoler les cours du pétrole avec la paralysie de nombreux flux d’hydrocarbures en provenance du Golfe.
Au début de l’attaque lancée le 28 février, le président américain avait appelé le peuple iranien à renverser la République islamique, instaurée en 1979. Mais si Washington souhaite la chute du pouvoir actuel, l’objectif déclaré est de détruire les capacités balistiques de l’Iran et de l’empêcher de se doter de la bombe atomique – intention que Téhéran dément.
Des milliers de cibles ont été frappées dans l’opération israélo-américaine, des sites stratégiques endommagés et le guide suprême Ali Khamenei, au pouvoir depuis 1989, tué.
Samedi, les raids israéliens menés depuis avant l’aube ont été parmi les importants depuis le début du conflit, visant notamment une académie militaire, un centre de commandement souterrain et un site de stockage de missiles.
Des photos de l’AFP montrent des flammes rougeoyantes et de la fumée s’élever de l’aéroport international Mehrabad de Téhéran, l’un des deux desservant la capitale, où l’armée israélienne assuré avoir frappé 16 avions de l’unité d’élite des Gardiens de la Révolution. Ispahan, au centre du pays, a également été ciblé, selon Israël.
Dans les rues de Téhéran, des habitants joints par téléphone décrivent à l’AFP des checkpoints installés pour empêcher les pillages et assurer le contrôle. Selon un habitant de 40 ans qui a requis l’anonymat, les magasins sont ouverts et des marchandises « disponibles », même si « tout est devenu un peu plus cher ».
Les bombardements se sont enchaînés ces derniers jours sans relâche, l’armée israélienne annonçant avoir frappé « 400 cibles » à travers l’Iran vendredi. Le commandement militaire américain pour le Moyen-Orient a, lui, dit avoir frappé plus de « 3000 » cibles depuis le déclenchement de l’opération.
PHOTO MAJID ASGARIPOUR, WANA FOURNIE PAR REUTERS
Des gens assistent aux funérailles de Zainab Sahebi, une enfant de deux ans tuée lors d’une frappe dans le conflit israélo-américain avec l’Iran, le 7 mars 2026 à Téhéran.
Les autorités iraniennes ont recensé jusque là environ un millier de personnes tuées depuis le début de la guerre, dont 30 % sont des enfants, selon elles, des affirmations que l’AFP ne peut pas vérifier.
« Dans leurs tombes »
Le président Massoud Pezeshkian – membre du triumvirat assurant la transition après la mort de Ali Kahmenei – a affirmé que l’Iran ne se rendrait pas, dans un discours diffusé samedi à la télévision d’État, en réponse à l’exigence de Donald Trump d’une « capitulation inconditionnelle ».
PHOTO WANA, ARCHIVES REUTERS
Le président iranien Massoud Pezeshkian
« Les ennemis [Israël et les États-Unis] peuvent emporter dans leurs tombes leur souhait de voir le peuple iranien se rendre », a-t-il lancé.
Avant que le chef du pouvoir judiciaire – également membre du triumvirat de transition – ne réaffirme que l’Iran poursuivrait ses attaques dans des pays voisins, se prévalant de l’accord en ce sens de tous les « piliers du système », le président avait affirmé que les États concernés ne seraient plus attaqués, sauf si des frappes étaient tirées depuis leurs territoires.
Les pays du Golfe ont déclaré que leur territoire n’avait pas été utilisé pour mener des attaques contre l’Iran, après avoir, avant la guerre, répété qu’ils n’autoriseraient pas un tel usage.
Samedi encore, ces riches monarchies qui abritent des infrastructures vitales pour la production d’hydrocarbures mondiale mais aussi des bases américaines, continuent de vivre au rythme des alertes.
L’aéroport de Dubaï, le plus fréquenté au monde pour le trafic international, a dû momentanément suspendre ses opérations dans la matinée. Et en fin d’après-midi, les Émirats ont fait état de nouvelles attaques « de drones et de missiles venant d’Iran ».
IMAGE FOURNIE PAR AGENCE FRANCE-PRESSE
Cette capture d’écran extraite d’images publiées sur les réseaux sociaux le 7 mars 2026 montre de la fumée s’élevant de l’aéroport international de Dubaï.
Des attaques ont également visé le Koweït, où la compagnie pétrolière nationale a annoncé samedi avoir baissé sa production de pétrole de manière « préventive », mais aussi l’Arabie saoudite.
Riyad a annoncé avoir détruit trois missiles balistiques se dirigeant vers la base aérienne du prince Sultan, qui abrite des militaires américains, ainsi que 17 drones sur le gisement de pétrole de Shaybah (Sud-Est).
Les forces iraniennes ont dit avoir ciblé deux pétroliers, le Prima, qui tentait de traverser le détroit d’Ormuz –passage névralgique pour le transport maritime mondial du pétrole et gaz fermé par Téhéran – et un autre battant pavillon des îles Marshall dans le Golfe.
Près de 300 morts au Liban
La guerre a des retombées jusqu’à Chypre où une base aérienne britannique a été frappée lundi par un drone de fabrication iranienne.
Les forces armées américaines ont par ailleurs commencé à utiliser des bases britanniques pour des « opérations défensives » dans le conflit, a annoncé Londres samedi. Des bombardiers B-1 de l’US Air Force ont notamment atterri sur la base RAF de Fairford, dans le sud-ouest de l’Angleterre, a constaté l’AFP.
Une attaque de drones iraniens contre l’Azerbaïdjan, allié d’Israël, soulève par ailleurs la crainte d’une extension du conflit au Caucase.
Le conflit s’étend aussi au Kurdistan irakien, où sont basées des factions kurdes iraniennes en exil. Les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de la République islamique, disent y avoir visé des « groupes séparatistes ».
Au Liban, aspiré dans le conflit quand le Hezbollah a attaqué Israël lundi pour « venger » la mort de l’ayatollah Khamenei, un « désastre humanitaire » se profile, a averti le premier ministre, Nawaf Salam, avec le déplacement massif d’habitants de zones pilonnées par l’armée israélienne, dont la banlieue sud de Beyrouth, bastion du mouvement pro-iranien.
L’armée israélienne a appelé samedi soir les derniers habitants restés dans la banlieue sud de Beyrouth à évacuer « immédiatement » la zone, en prévision de nouvelles frappes contre le Hezbollah.
« Alerte urgente aux habitants de la banlieue sud de Beyrouth, en particulier à ceux qui n’ont pas encore évacué la zone. Nous le répétons : sauvez votre vie et évacuez vos maisons immédiatement », a déclaré un porte-parole en langue arabe de l’armée, le colonel Avichay Adraee, dans un communiqué.
Beyrouth a recensé près de 300 personnes tuées dans ces frappes israéliennes depuis lundi, et environ 300 000 personnes ont dû fuir, selon le Conseil norvégien pour les réfugiés.
L’armée israélienne a aussi bombardé samedi la périphérie de la cité antique de Tyr, dans le sud du Liban, selon un média d’État libanais et un photographe de l’AFP, après avoir averti qu’elle allait « bientôt frapper » des infrastructures militaires du mouvement islamiste Hezbollah.
PHOTO KAWNAT HAJU, AGENCE FRANCE-PRESSE
L’armée israélienne a aussi bombardé samedi la périphérie de la cité antique de Tyr.
Une opération des forces spéciales israéliennes pour tenter, en vain, de retrouver les restes d’un aviateur israélien capturé au Liban en 1986 a fait 41 morts dans un bastion du Hezbollah pro-iranien dans l’est du pays.
Immeubles effondrés, toits arrachés, munitions éparpillées au sol : l’immense cratère qui perfore le centre de Nabi Chit, village ciblé par un commando israélien héliporté durant la nuit, témoigne de la violence des combats et bombardements.
PHOTO MOHAMMAD YASSINE, REUTERS
Des gens inspectent les dégâts causés par une opération menée par l’armée israélienne, qui a largué des troupes pendant la nuit, dans la ville de Nabi Chit, au Liban, le 7 mars 2026.
« C’était digne d’un film », raconte à l’AFP un habitant de 55 ans, Mohammed Moussa, lors d’une visite organisée pour la presse par le mouvement chiite libanais : « Ils ont commencé à bombarder et ont mené environ 20 frappes » avant l’arrivée des soldats israéliens.
« On sentait que quelque chose clochait […] on a compris par la suite qu’une opération commando était en cours quand nous avons entendu les hélicoptères », ajoute-t-il.
Alors que dans le quartier Haret Hreik de Beyrouth, mais aussi dans la vallée de la Bekaa, des gravats encore fumants témoignent des récentes frappes israéliennes, Israël a sommé de nouveau le Liban de « désarmer » le Hezbollah, sous peine de « mesures plus sévères ».




