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LHJMQ: pourquoi nos meilleurs espoirs filent vers les États-Unis?

Récemment, Zaac Charbonneau, avec les Lumberjacks de Muskegon, et le Trifluvien Liam Fournier, avec les Rough Riders de Cedar Rapids, ont annoncé s’être engagés à rejoindre les rangs de la USHL. Il semble également y avoir d’autres candidats à une sélection dans le top-5 de 2026 qui envisagent cette avenue, dont le Trifluvien Thomas Boisvert, qui l’a confirmé dans un entretien avec Le Nouvelliste.

Jadis, il n’était pas rare de voir certains talents d’ici opter pour la USHL afin de préserver leur admissibilité pour les collèges américains, puisque les anciens de la Ligue canadienne de hockey (LCH) n’y étaient pas admis.

Cette restriction ayant été levée il y a un peu plus d’un an, il était permis de croire que la LHJMQ allait ainsi récupérer les plus beaux espoirs de son territoire en attendant de les voir graduer dans la NCAA à 18, 19 ou 20 ans.

Ça s’est avéré, mais en partie seulement. L’an dernier, c’était le prometteur James Scantelburry qui avait choisi le Steel de Chicago, une décision qui avait suscité beaucoup de réactions. Le défenseur Jean-Samuel Daigneault a aussi pris la direction de Muskegon. La tendance semble à la hausse en 2026 et elle pourrait l’être tout autant en 2027 selon certaines projections précoces.

Alors, qu’est-ce qui justifie cette volonté de s’exiler dans la USHL plutôt que d’opter pour la LHJMQ?

Certains seraient tentés de pointer les sommes offertes, mais ce n’est qu’une toute petite partie d’un ensemble de facteurs qui mènent à cette décision.

De prime abord, il apparaît essentiel d’affirmer ceci: personne n’a osé sortir à visage découvert dans le milieu pour expliquer cette tendance.

Les intervenants consultés qui ont accepté de commenter ont choisi de le faire à condition de voir leur anonymat être préservé par respect pour les joueurs qu’ils représentent ou encore pour protéger les relations.

Il est également pertinent de mentionner que la LHJMQ, qui n’a pas souhaité commenter ce dossier, fait des efforts pour comprendre le phénomène et tenter de s’améliorer afin d’éviter que la tendance ne prenne trop d’ampleur. L’approche du commissaire Mario Cecchini semble la bonne, puisqu’il cherche à s’ajuster.

La ligue parle tous les jours depuis environ un mois à des agents d’un peu partout, dont des Américains. Elle n’apparaît toutefois pas très inquiète à ce sujet pour le moment, puisque la grande majorité des meilleurs joueurs d’ici choisissent encore la LHJMQ et que ce n’est qu’une petite poignée des meilleurs talents qui ont la chance de quitter.

Les équipes de la USHL savent se vendre

L’un des enjeux clés qui ressortent des discussions effectuées à ce sujet, c’est la différence marquée entre la manière dont les concessions de la USHL font leur approche envers les hockeyeurs d’élite et celle dont les organisations de la LHJMQ travaillent.

Dans la USHL, les équipes commencent à discuter avec les meilleurs espoirs dès l’automne qui précède le repêchage de l’année qui suit. Elles peuvent ainsi bâtir des liens avec les espoirs, leur famille et leurs représentants afin de les convaincre que ce qu’elles proposent est le meilleur encadrement possible.

Elles peuvent également accorder ce qui est communément appelé un «tender», ce qui peut être traduit par la signature d’une lettre d’engagement. Quand une équipe offre un tender à l’espoir voulu, elle perd alors son choix de première ronde à l’encan suivant.

Donc, par exemple, Muskegon a sacrifié sa sélection de premier tour pour mettre la main sur Zaac Charbonneau dès le mois de janvier 2026. C’est la même chose avec les RoughRiders de Cedar Rapids concernant le Trifluvien Liam Fournier.

Pour s’assurer de convaincre l’espoir de premier plan visé de les adopter, les clubs de la USHL ne lésinent pas sur les efforts. Ils les invitent à venir visiter les installations en cours de saison, à rencontrer la famille de pension et à voir un match de leur potentielle future formation.

Les dirigeants entreprennent ensuite de vendre leur salade aux talentueux hockeyeurs en leur disant qu’ils seraient employés de telle ou telle façon dans leur équipe dès leur arrivée dans la USHL.

Il est à noter que la LHJMQ fait preuve d’ouverture à l’idée que ses équipes commencent à parler plus tôt avec les meilleurs espoirs de la cuvée à venir afin de se donner une chance de développer des liens plus rapidement et ainsi mieux compétitionner avec les clubs de la USHL.

De plus, les dirigeants du circuit Cecchini effectuent annuellement des rencontres avec plusieurs des meilleurs espoirs de chaque cuvée pour leur expliquer la vision de la ligue.

Le problème, c’est que les organisations de la LHJMQ semblent réticentes à changer leur approche. Elles préfèrent amorcer leurs contacts au printemps, après les séries du M18 AAA, tout en soumettant leurs questionnaires respectifs à partir de là. Elles demandent ensuite aux jeunes espoirs de se vendre à eux plutôt que l’inverse.

Certains intervenants ont d’ailleurs indiqué que, avec la nouvelle génération de hockeyeurs, l’approche avec une communication à deux voies apparaît plus appropriée que celle où c’est uniquement au joueur de vanter ses aptitudes.

D’autres croient également que les dix meilleurs espoirs de la cuvée devraient avoir une bonne idée des possibilités qui s’offrent à eux dans la LHJMQ. Ça permettrait ainsi une prise de décision plus éclairée et éviterait aussi de forcer une décision à partir du moment où ils sont sélectionnés dans la LHJMQ, soit au début de juin.

Sommairement, les joueurs élites de cette génération veulent du concret le plus rapidement possible et, dans le moment, la USHL semble plus propice à offrir cet élément de par son fonctionnement et l’approche de ses équipes.

Accepter que la NCAA est inévitable

Dans la USHL, la NCAA a toujours fait partie de l’équation. Les organisations savent que leurs plus beaux talents, elles ne les auront pas pour leurs années de 18 ou 19 ans. De ce fait, dans leur approche, elles s’engagent à faire en sorte que leurs joueurs seront prêts académiquement à temps pour faire leur arrivée dans les rangs collégiaux.

Dans la LHJMQ, le fait de composer avec la NCAA qui vient s’approprier certains des plus beaux talents de 18 ou 19 ans est tout nouveau.

Elles ne sont pas encore prêtes à adhérer à faire plus d’efforts pour voir leurs meilleurs patineurs quitter pour un autre circuit alors qu’elles préféreraient les garder le plus longtemps possible pour maximiser leurs chances de championnat ou de retour juteux sur le marché des transactions.

Cependant, dans la réalité actuelle, la NCAA est inévitable et les plus beaux talents, s’ils ne passent pas dans les rangs professionnels, y accéderont plus tôt que tard.

Les clubs de la USHL ont donc l’avantage d’être adaptés à cette réalité depuis plusieurs années comparativement aux organisations de la LHJMQ.

L’argent pas nécessairement au centre du débat

Dans la USHL, il apparaît plus commun de payer les joueurs pour leur donner un incitatif afin de les convaincre de choisir leur équipe.

Il serait toutefois faux de prétendre que certaines organisations d’ici ne trouvent pas des façons d’être créatives pour attirer des joueurs chez elles.

Par ailleurs, si un joueur s’est engagé dans la USHL et qu’il s’était fait offrir un montant d’argent par une formation, pour qu’un club de la LHJMQ parvienne à le ramener chez elle, elle pourrait éponger la pénalité qui vient avec la libération de cette entente.

Donc, oui, l’argent peut être un facteur, mais ça ne serait pas au centre du débat actuel.

Un calendrier mieux réparti

En ce qui concerne le calendrier, la différence entre le nombre de matchs disputés dans la USHL et la LHJMQ est minime. On parle de 62 pour la USHL et de 64 pour la LHJMQ. Le calendrier américain est cependant plus aéré, puisqu’il se termine deux semaines plus tard.

Ça favorise donc la tenue des pratiques, dont le développement des habiletés individuelles, ainsi que les séances d’entraînement en gymnase.

Ça évite aussi au maximum les fameux matchs de semaine, comme c’est encore le cas dans le junior majeur québécois. Il est à noter que le début de la campagne se fait dans les deux cas vers la mi-septembre. La LHJMQ croit cependant avoir fait de grands efforts pour s’ajuster afin d’éviter au maximum pour éviter les matchs de semaine (près 88% des duels.

La concentration des équipes de la USHL semble cependant avantageuse, puisqu’elles sont plus rapprochées. Les deux formations les plus éloignées sont celles du Force de Fargo (Dakota du Nord) et des Panthoms de Youngstown (Ohio) à 1677 km.

Dans la LHJMQ, on parle de 2075 km entre les Huskies de Rouyn-Noranda et Sydney en Nouvelle-Écosse, où évoluent les Eagles du Cap-Breton. Il faut aussi ajouter Terre-Neuve à l’équation, mais les équipes se rendent là-bas par avion.

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