Litre d’essence à 2 $ | « Chaque fois que je remplis, c’est plus cher »

Voilà, c’est fait. Le coût du litre d’essence dépasse la « barrière psychologique » des 2 $ dans plusieurs régions du Québec. Les automobilistes doivent maintenant subir le prix à la pompe, ou trouver des solutions pour économiser.
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15 h 53
« Je travaille sur la route. Je n’ai pas le choix de conduire. Chaque fois que je remplis, c’est plus cher », lance Mark Julien, rencontré dans une station Shell de Rosemont-La Petite-Patrie.
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Mark Julien
Celui qui doit faire le plein jusqu’à cinq fois par semaine souligne que le prix du carburant fait également grimper le coût de la vie. Depuis quelque temps, l’entrepreneur est aussi moins porté à se rendre pour le week-end à Mont-Tremblant, une habitude, citant que « l’essence est un facteur ».
« Ça fait une grosse différence. J’ai une voiture économique, mais des fois, je me demande si elle coule », sourit Catherine Gagnon en pointant sa Toyota Yaris. Elle note une différence de 10 à 15 $ par remplissage.
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Catherine Gagnon
Mme Gagnon se rend à Sept-Îles tous les étés, mais reconsidère le plan pour 2026. Elle se dit qu’elle pourrait opter pour Tadoussac, supprimant ainsi quelque 800 kilomètres de son aller-retour.
Ça va changer mes habitudes, c’est sûr.
Catherine Gagnon, automobiliste
Solutions et réflexions
Pour Henia Oubraham, chaque plein peut ne « pas paraître grand-chose, mais ça s’accumule sur la semaine ». Stationnée dans un Esso de l’arrondissement de Ville-Marie, elle explique conduire 40 km par jour pour se rendre au travail et en revenir : « Tu restes dans l’obligation d’utiliser la voiture. »
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Henia Oubraham
Non loin, Marie King a la tête aux solutions. En plus des applications pour trouver le meilleur prix du carburant, celle qui se déplace pour son emploi se rend même à la frontière de l’Ontario pour faire diminuer la facture.
« Je conduis une heure jusqu’à Hawkesbury, c’est 20 cents moins cher. Là-bas, je remplis avec des contenants externes en plastique pour faire des réserves », explique-t-elle.
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Marie King
« C’est sûr que c’est cher et que c’est plate. Mais on est tellement dépendant à la voiture », enchaîne Jonathan Hull, qui voit cette crise du pétrole comme une occasion de modifier certaines habitudes de transport.
« Je suis coupable de l’utiliser comme tout le monde pour aller au travail, mais l’été, je remplace par une heure de vélo », dit-il, parlant de son trajet entre le Plateau et LaSalle.
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Jonathan Hull
Le prix moyen de l’essence à travers la province se situait à 1,78 $/litre jeudi, selon CAA-Québec. Il s’agit d’une augmentation de 5,4 % par rapport à la moyenne de la semaine dernière (1,69 $), et d’un bond de 35 % sur la moyenne du dernier mois (1,32 $).
Les prix sont particulièrement exorbitants dans le Grand Montréal, sur la Côte-Nord et en Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine, où la « barrière psychologique des 2 $ par litre » est dépassée dans plusieurs points de vente.
« C’est absurde : dans la région de Montréal, c’est là qu’on devrait avoir le moins de marge de profit chez les détaillants, parce que c’est là que se vend le plus de volume d’essence », Nicolas Ryan, directeur affaires publiques chez CAA-Québec.
Certaines régions ont été moins durement affectées : on trouve de l’essence à moins de 1,75 $ dans bon nombre de points de vente en Montérégie, au Saguenay–Lac-Saint-Jean, en Outaouais et dans Chaudière-Appalaches, montre le nouvel outil gouvernemental Régie essence Québec.
Lisez Un outil pour consulter le prix de l’essence en direct
Une première historique
Le blocage du détroit d’Ormuz au Moyen-Orient, où transite 20 % du pétrole mondial, entraîne un manque de 10 millions de barils de pétrole quotidiens sur le marché.
Le fait que la crise amorce son deuxième mois est une « situation inédite et imprévue que personne n’avait vue venir », soutient Yvan Cliche, fellow et spécialiste en énergie au Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CERIUM).
Le scénario actuel était considéré comme « tellement dommageable » pour l’économie globale que les analystes estimaient au départ une paralysie maximale de « trois ou quatre jours », sans plus.
On n’a jamais vu ça. C’est la plus grande interruption de pétrole depuis que l’industrie existe dans les années 1860.
Yvan Cliche, fellow et spécialiste en énergie au CERIUM
Plusieurs régions du monde puisent dans leurs réserves de pétrole, qui s’épuisent peu à peu. Les effets en Asie sont déjà critiques, avec des mesures restrictives sur les déplacements et la climatisation. En Amérique du Nord cependant, Yvan Cliche ne s’attend pas à une « rupture physique d’approvisionnement ».
En plus d’Ormuz, il faudra surveiller le détroit de Bab el-Mandeb dans la mer Rouge, poursuit-il. L’axe marin est vu comme un potentiel « plan B » qui pourrait fournir 5 millions de barils de pétrole quotidiens au marché global, mais qui pourrait fermer en raison du conflit au Moyen-Orient.
La situation mondiale est trop volatile pour qu’on puisse s’adonner aux prédictions quant au prix du carburant québécois. « Pour l’instant, il n’y a pas de fin en vue. Le prix va rester élevé, mais jusqu’où et combien de temps, on ne le sait pas », pense Nicolas Ryan.
Les prix les plus hauts observés jeudi
Jeudi après-midi, un total de 20 stations-service dans la province affichaient un prix supérieur à 2 $ le litre et des centaines d’autres s’en approchaient, montrent des données de Régie essence Québec. Voici les cinq régions les plus affectées et leur plus haut prix respectif :
- 2,17 $ (Côte-Nord)
- 2,14 $ (Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine)
- 2,12 $ (Lanaudière)
- 2,04 $ (Montréal)
- 2,02 $ (Laval)




