Hydro-Québec doit prendre soin de nos gens

Il y a de longues années, vous voyez un boisé près d’une rivière.
Personne ne croit à son potentiel écotouristique. Personne, sauf vous.
Vous plongez et vous y mettez le meilleur de vous-même pendant 27 ans.
Patrimoine
Vous enlevez les arbres malades, vous en plantez 2000, vous variez les espèces, vous les soignez.
Vous construisez avec vos propres mains des chalets et des yourtes.
Vous y recevez des gens qui veulent cette sérénité absolue.
Croyez-moi, les points de vue plongeants sur la rivière sont comme ces images de film qui vous coupent le souffle.
Évidemment, vous prenez de l’âge.
Ce que vous avez bâti, c’est votre patrimoine et ce que vous espérez léguer à vos enfants et à la communauté.
Puis, un jour, Hydro-Québec débarque avec son projet.
Son projet, c’est une ligne électrique de 11 kilomètres avec des pylônes de 22 mètres de hauteur.
La ligne nécessiterait un corridor de 54 mètres de large, soit la moitié d’un terrain de football.
Elle passerait en plein milieu du domaine, entre les chalets et la rivière, qui est le principal attrait.
Je n’invente rien. Je suis simplement allé voir ce que notre Journal rapportait dans son édition de fin de semaine.
Le propriétaire (en indiquant l’endroit) a carrément demandé aux gens qui avaient loué des nuitées : « Reviendriez-vous si une ligne passait exactement ici ? »
Devinez la réponse.
C’est simple : il perdrait tout, et Hydro-Québec ne le compenserait guère.
Je ne doute pas qu’il y a d’autres cas similaires, plus ou moins dramatiques, ailleurs au Québec.
Je ne peux pas juger parce que je ne les connais pas.
Mais celui-là, comme je vous dis, je suis allé le voir en personne pour me faire une idée.
Vous ne souhaiteriez pas cela même à quelqu’un que vous détesteriez.
Je ne suis pas un écologiste radical opposé à tous les travaux d’impact.
J’admets sans peine qu’Hydro-Québec doit remplacer des équipements vieillissants, défaillants, qui ne suffisent plus à satisfaire une demande qui ne cesse d’augmenter.
Je comprends qu’il faut construire de nouveaux postes d’alimentation et de nouvelles lignes de transport.
Je comprends aussi que certains travaux sont rendus nécessaires en raison des contrats de fourniture d’électricité signés par Hydro-Québec et de gros consommateurs dans le Nord-Est des États-Unis.
C’est un euphémisme de dire qu’Hydro-Québec pourrait être plus transparente à cet égard.
Gâchis
Je ne nie pas non plus qu’Hydro-Québec fait mieux aujourd’hui qu’à l’époque où l’on se demandait si elle consacrait trois ou cinq secondes à l’impact sur les humains avant de foncer.
Je ne nie pas que le syndrome du « pas-dans-ma-cour » prend parfois des formes exagérées.
Pas ici, d’autant plus qu’Hydro-Québec a sérieusement considéré, avant de l’écarter, un autre tracé, tout proche, à peine plus long, dans un corridor déjà en partie dégagé.
Il est absolument impossible de rester insensible devant le gâchis projeté.




