Cessez-le-feu en Iran | Le temps des bouffons

Netflix peut aller se rhabiller avec son émission La diplomate. Les vrais thrillers politiques se jouent dans la vraie vie et ont une ancienne star de téléréalité comme protagoniste.
Publié à
0 h 00
À lui seul, Donald Trump a tenu toute la planète en haleine mardi alors que l’heure butoir qu’il avait fixée à 20 h, heure de Washington, approchait à grands pas. Alors qu’il annonçait qu’une « civilisation entière allait mourir » – la grande civilisation perse vieille de 2500 ans – si les ayatollahs à la tête de l’Iran actuel n’acceptaient pas de rouvrir le détroit d’Ormuz, une voie de navigation commerciale, avant l’heure des émissions de grande écoute sur la côte est américaine.
Le vice-président J.D. Vance en a rajouté une couche en disant que les États-Unis avaient des « outils dans [leur] boîte à outils qu’ils n’ont pas encore décidé d’utiliser », faisant craindre à plusieurs qu’une arme nucléaire soit utilisée contre l’Iran. La tension était à son comble. Les autorités iraniennes ont répliqué à cette surenchère en menaçant de frapper des cibles hors du Moyen-Orient.
PHOTO JONATHAN ERNST, AGENCE FRANCE-PRESSE
Le vice-président des États-Unis, J.D. Vance, en visite en Hongrie, mardi
Un poste de télévision en Israël a trouvé la chose tellement enlevante qu’un décompte apparaissait à l’écran. Allez, sortons le maïs soufflé ! La fin du monde est (peut-être) à 8 heures.
Et puis, tel un James Bond sud-asiatique, le premier ministre pakistanais a arrêté le compte à rebours à 10 minutes de l’heure fatidique. Après avoir convaincu la République islamique autant que le président américain et d’autres acteurs régionaux de faire un pas en arrière et de convenir d’un cessez-le-feu de deux semaines « effectif immédiatement » dans toute la région. Pour laisser la place à la diplomatie. Pour laisser les pétroliers voguer. Le prix de l’or noir s’est immédiatement mis à chuter.
Clap ! Clap ! Les cotes d’écoute sont excellentes et on a tous droit à une bonne dose d’endorphine.
Ces hormones du bonheur liées à la baisse de stress ne devraient cependant pas nous monter à la tête trop longtemps. Le petit nuage sur lequel on peut être tenté de flotter n’est que ça, un nuage.
Il est déjà clair qu’il y a en masse de vapeur d’eau dans le gaz du cessez-le-feu, qui n’a pas l’air aussi « immédiat » qu’annoncé.
À 20 h 15, heure de Washington, les frappes iraniennes continuaient aux Émirats arabes unis, un des alliés de Washington. Et l’Arabie saoudite disait à sa population de se mettre à l’abri. Des explosions ont aussi été entendues à Jérusalem.
Et que dire des discours détonants des deux belligérants qui semblent vivre dans deux réalités parallèles du multivers ?
Dans une première dimension, Donald Trump estime qu’il a pu accepter de repousser l’utilisation de la « force destructrice » de son armée parce que les États-Unis ont atteint presque tous leurs objectifs militaires en Iran et parce qu’il considère qu’une proposition en 10 points que l’Iran lui a envoyée offre une bonne base de discussion. Selon la Maison-Blanche, Israël aurait aussi accepté de jouer le jeu, mais les premiers échos de Jérusalem sont beaucoup plus ambivalents.
PHOTO AGENCE FRANCE-PRESSE
Des Iraniens brûlent des drapeaux américains et israéliens après l’annonce du cessez-le-feu à Téhéran
Dans une seconde dimension, soit celle des médias d’État iraniens et des réseaux sociaux de la République islamique, le régime de Téhéran se dit victorieux, annonce que le détroit d’Ormuz sera ouvert s’il n’y a plus d’attaques contre l’Iran et donne les détails de ce fameux plan en 10 points qui serait sur la table. Il inclurait l’acceptation du droit de l’Iran d’enrichir de l’uranium, la levée des sanctions contre le pays, le retrait des troupes américaines de la région, une garantie de ne pas répéter « l’agression contre l’Iran » et une promesse de compensation financière.
En d’autres termes, ce programme en 10 points semble suggérer une capitulation des États-Unis et d’Israël. Est-ce vraiment la liste que Donald Trump a entre les mains ? Permettez-moi d’en douter.
Il faudra voir si les négociations qui s’annoncent au Pakistan seront un dialogue de sourds ou si elles déboucheront sur une véritable sortie de crise, souhaitée par la grande majorité du reste du monde.
Quelle que soit l’issue, l’escalade des tensions de mardi, elle, ne sera pas oubliée de sitôt. Donald Trump a beau être un maître de l’exagération et de l’hyperbole, il a franchi une ligne rouge sang.
Deux mois après avoir dit aux Iraniens qui ont manifesté contre leur gouvernement que de « l’aide était en route », il a d’abord menacé de s’en prendre aux infrastructures civiles de leur pays avant de suggérer qu’il était prêt à exterminer l’Iran en entier pour venir à bout de ses dirigeants.
Des crimes de guerre, voire une évocation de génocide, télégraphiés à l’avance.
Vous allez me dire que son bluff était prévisible, que tout cela était trop gros pour être vrai, mais mettez-vous dans les souliers d’une mère iranienne qui, de son appartement de Téhéran, de Chiraz ou de Tabriz, entend des bombardements et des vrombissements d’avions depuis un mois, se demandant à chaque explosion si ses proches sont en sécurité. Imaginez entendre alors l’annonce de la possible mort de la civilisation à laquelle vous appartenez ! Ou l’évocation d’une bombe atomique.
Donald Trump a tourné en dérision la peur qu’avaient fait naître les mots – mal interprétés, selon lui – de son vice-président. « Rien de ce qu’il a dit n’implique d’armes nucléaires, vous parfaits bouffons ! ».
On a rarement vu une insulte aussi bien choisie désigner aussi clairement les mauvaises personnes.




