Chronique de François Gagnon | David Reinbacher : une entrée réussie

MONTRÉAL – Dans un monde idéal, c’est l’an prochain et l’an prochain seulement que David Reinbacher aurait disputé son premier match dans la LNH.
Malgré des améliorations marquées dans toutes les facettes du jeu, malgré la nouvelle maturité affichée dans son jeu, une maturité qui l’avait promu dans le rôle de pierre d’assise de la défensive du club-école à Laval, l’état-major voulait faciliter la promotion du défenseur âgé de 21 ans avec le grand club.
La sélection de Reinbacher au cinquième rang de la première ronde du repêchage de 2023 avait soulevé la colère de bien des partisans. Des partisans qui réclamaient à grands cris la sélection de Matveï Michkov. L’attaquant russe a été réclamé deux rangs plus tard par les Flyers.
Mardi soir, à Philadelphie, Michkov disputera la 160e partie de sa carrière. Il revendique 44 buts et 110 points.
Reinbacher en sera à un deuxième match… seulement.
Des blessures sérieuses – à un genou lors de la première présence de son premier match préparatoire, et à un poignet – et un manque de confiance évident ont ralenti son développement. Inversement, ils ont accéléré les critiques à son endroit et surtout à l’endroit de sa sélection aussi hâtive en 2023.
D’où les craintes que Reinbacher soit la cible de l’impatience des partisans et de critiques acerbes si son entrée en scène n’était pas aussi flamboyante que celles de Lane Hutson et Ivan Demidov. Sans oublier celle de Michkov qui a marqué quatre buts et récolté neuf points à ses huit premiers matchs dans la LNH.
La blessure qui gardera Noah Dobson à l’écart pour au moins deux semaines et celle qui confine déjà Alexandre Carrier sur la liste des blessés ont forcé la main de l’état-major.
Non seulement le Canadien n’avait soudainement que six défenseurs à sa disposition, mais aucun ne tirait de la droite. Oui Matheson, Guhle, Hutson, Xhekaj, Struble et Engström sont tous en mesure de jouer à droite. Ils l’ont d’ailleurs fait à plusieurs occasions.
Mais quand même… C’est loin d’être optimal.
Tout ce qu’il manque, c’est une coupe! À l’Antichambre, nos panélistes discutent des exploits des joueurs des Canadiens cette saison.
Circonstances idéales
Loin d’être idéale sur le plan hockey, l’entrée en scène de Reinbacher ne pouvait toutefois pas mieux tomber en matière de patience des partisans qui surfent sur la vague de frénésie soulevée par les performances de leurs favoris.
Les circonstances sont vraiment idéales.
Le Canadien est non seulement en séries, mais il est toujours en mesure de terminer au premier rang de la division Atlantique. Bon! Ce ne sera pas évident. Il faudrait que le Canadien gagne, mardi soir, à Philadelphie et souhaite des défaites des Sabres et du Lightning lors de leurs deux derniers matchs de la saison.
À défaut du premier rang, le Canadien peut offrir à ses partisans le plaisir d’amorcer la première ronde au Centre Bell. Un avantage de la patinoire qui vaut son poids en or. Surtout pour le Canadien.
Le Canadien a non seulement battu les Islanders, dimanche soir, pour venger son affreuse performance de samedi dans le cadre du revers de 5-2 encaissé aux mains des Blues Jackets venus de Columbus, mais il a réécrit certains chapitres de l’histoire du Tricolore.
Nick Suzuki a atteint et fracassé le plateau des 100 points dans une saison. Il est seulement le cinquième à avoir réalisé l’exploit après les Guy Lafleur, Steve Shutt, Peter Mahovlich et Mats Näslund, le petit viking étant le dernier à avoir passé la barre des 100 points en une saison avec ses 110 récoltés en 1985-1986.
C’est fait! 100 points pour Nick Suzuki! Nick Suzuki récolte son 100e point cette saison en ouvrant la marque face aux Islanders.
Avec ses 65e et 66e passes récoltées en fin de période médiane, Lane Hutson a rejoint Larry Robinson qui détient le record de 66 mentions d’aides en une saison pour un défenseur depuis 1976-1977.
Cole Caufield a soulevé la foule du Centre Bell avec son 50e but de la saison. Il a aussi adouci l’amertume de la défaite de samedi en marquant son 51e.
Juraj Slafkovsky a atteint le plateau de 30 buts et fracassé celui des 70 points (73).
Jakub Dobes est le meilleur gardien recrue avec ses 29 victoires en 41 départs. Une 30e, mardi soir à Philadelphie, lui permettrait de partager le cinquième rang de la LNH au grand complet.
Avec tout ça, une entrée timide de Reinbacher serait passée inaperçue. Elle n’aurait certainement pas – ou si peu – gâché la fête associée aux succès du Tricolore en fin de saison et ou dégonflé les espoirs à l’aube des séries.
Du hockey efficace
Mais Reinbacher est loin d’avoir connu une entrée timide. Bon! Il n’a effectué que 18 présences totalisant 11 minutes 17 secondes de temps d’utilisation. Mais la très grande majorité de ces présences ont été couronnées de succès.
Il a même récolté sa première passe en carrière. Rien de spectaculaire, alors qu’il a plus touché la rondelle en fond de territoire du Tricolore qu’orchestré une belle sortie de zone pour mener au 13e but de la saison d’Alex Newhook. Le troisième du Canadien en 55 secondes en fin de période médiane pour propulser le Tricolore vers sa 48e victoire cette saison. Sa 34e en temps réglementaire.
Mais une première passe en carrière, restera toujours une première passe en carrière…
Au-delà de cette mention d’aide « historique », Reinbacher a bien paru sur la patinoire. Il ne s’est pas mis dans le pétrin en défensive. Il a appuyé l’attaque comme le confirment ses trois tirs tentés – deux cadrés – il a asséné une mise en échec, bloqué deux rondelles et s’est rendu coupable d’un revirement selon les relevés des officiels mineurs en fonction au UBS Arena.
Il a disputé un match à l’image de toutes les qualités qui justifiaient sa sélection hâtive en 2023.
Il devra être tout aussi efficace mardi soir. Car non seulement le Canadien aura besoin d’une victoire pour s’offrir une chance de mettre la main au moins sur l’avantage de la patinoire, mais il devrait croiser Matveï Michkov sur la patinoire du Xfinity Mobile Center. Ce qui ouvrira toute grande la porte aux comparaisons.
Et c’est ça que l’état-major du Canadien voulait éviter cette année.
Mais l’état-major devrait être bien plus préoccupé par une ou des blessures à l’aube des séries qu’à quelques comparaisons que ce soient entre Reinbacher et Michkov. Qu’elles soient justifiées ou non.
Une première audition réussie pour Reinbacher À l’Antichambre, nos panélistes discutent du premier match dans la LNH de David Reinbacher.
Matheson encore et toujours
Avec David Reinbacher qui disputait son premier match, avec Jayden Struble (18 min 43 s) et Arber Xhekaj (12 min 41 s) qui ont joué beaucoup plus qu’à la normale, Martin St-Louis et son adjoint Stéphane Robidas ont dû en demander beaucoup plus aux autres.
Mike Matheson a, comme toujours, mis le surplus de responsabilités sur ses épaules. Une surcharge qu’il a partagée avec Kaiden Guhle qui effectuait un retour au jeu après une absence de trois parties.
Ça n’a pas ralenti Matheson. Non seulement il a passé plus de 26 minutes sur la patinoire, mais il a écoulé 3 minutes 16 secondes des quatre minutes en désavantage numérique. Les Islanders, qui en arrachent en attaque massive cette saison, ont été limités à un petit tir.
Tout ça est bien beau.
Mais si le Canadien doit amorcer les séries sans les services de Noah Dobson et Alexandre Carrier, il devra s’assurer d’afficher une discipline de moine. Car Matheson est bien capable de jouer 26, 27 ou 28 minutes par match. Mais s’il doit passer six ou sept de ces minutes alors que le Canadien écoule des pénalités, ça deviendra extrêmement difficile d’être toujours à la hauteur.
Et ça exposera un brin ou deux, Lane Hutson et Struble qui jouait à ses côtés encore dimanche soir. David Reinbacher et Arber Xhekaj complétaient le troisième duo d’arrières dimanche soir.
Mais avant de trop penser aux séries, il faudrait rester concentré sur le dernier match de la saison, mardi soir, à Philadelphie, contre des Flyers qui auront peut-être besoin d’une victoire pour conserver le troisième rang de la section Métropolitaine et confirmer leur présence en séries.


