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Une victime de la fraude de 50 M$ d’Earl Jones témoigne près de 20 ans plus tard

Près de 20 ans après avoir été flouée par le tristement célèbre fraudeur Earl Jones, une Québécoise se souvient encore de cette période « intense » de sa vie – malgré le fait qu’elle ait finalement récupéré son argent.

Danielle Manouvrier a été au cœur du regroupement des victimes qui ont été fraudées pour plus de 50 millions $. Elle était la porte-parole francophone à cette époque.

« J’étais la jardinière d’Earl, raconte la dame de 68 ans. On avait établi un lien de confiance, et ses pourboires étaient généreux. »

Lors d’une conversation avec M. Jones, elle lui indique qu’elle veut placer un REER de 20 000 $ qui avait perdu de la valeur.

« Ma mère le connaissait depuis 35 ans, raconte Mme Manouvrier. Il s’était même occupé de la succession de ma grand-mère. »

Jones l’avait convaincue d’investir dans un programme fédéral de ressources minières. Mme Manouvrier avait fait ses devoirs sur l’existence de ce programme.

« Je pouvais obtenir des crédits d’impôt. Il devait déposer notre chèque dans un compte fidéicommis, ajoute-t-elle. Il l’a plutôt déposé dans son compte personnel. »

Du jour au lendemain, Jones ne répondait plus à ses appels. Ni pour son aménagement paysager ni pour son investissement. En 2008, les investisseurs avaient voulu ravoir leur argent alors qu’on avait assisté à un krash boursier.

« Tout le monde voulait ravoir ses billes, mais Earl ne pouvait pas les rembourser. C’est à ce moment que sa pyramide s’est effondrée. »

Elle se souvient très bien de la journée de 2009 où elle a appris qu’un mandat d’arrêt avait été lancé contre Earl Jones.

« J’ai vu la nouvelle à TVA, explique Mme Manouvrier. J’ai sauté dans mon camion et je suis allée cogner à sa porte et aux fenêtres. »

Contrairement à plusieurs autres victimes, elle a récupéré son investissement au complet grâce à une entente à l’amiable avec la Trans America Vie.

À la défense des plus vulnérables

Même si son cas était réglé, elle a décidé d’aider les autres victimes qui se retrouvaient sans le sou du jour au lendemain. Plusieurs ont perdu des centaines de milliers de dollars.

« Certains n’avaient plus d’argent pour payer leurs médicaments », ajoute Mme Manouvrier.

Elle a fait partie d’un groupe de personnes qui a forcé le gouvernement fédéral à adopter le projet de loi C-59 en 2011. Celui-ci prévoit que les auteurs de crimes non violents, qui en sont à leur première infraction, ne pourront plus être libérés au sixième de leur peine.

Une petite victoire pour les victimes à l’époque. Earl Jones a purgé trois ans et six mois de prison pour ses crimes, sur une sentence de 11 ans.

Faire ses devoirs

Depuis sa mésaventure, Mme Manouvrier n’a pas fait confiance à un autre conseiller financier. Elle a mis tout son argent dans les rénovations de sa maison du village d’Arundel situé à quelques kilomètres de Mont-Tremblant.

Elle donne un conseil à la jeune génération qui souhaite investir avec un conseiller financier.

« Ils doivent s’informer comme il faut, mentionne-t-elle. Avec toutes les fraudes qui se multiplient, il faut être prudent.

« Je mise sur l’immobilier. Si tu investis sur un bloc, ça ne perdra pas de valeur si tu agis de façon intelligente. »

Tourner la page

Mme Manouvrier est maintenant directrice générale d’une compagnie d’aménagement paysager (Maxhorti). Elle ne le fait pas pour payer ses dettes du passé, mais bien pour la passion de l’horticulture.

« Je pensais que l’an dernier était ma dernière saison, explique-t-elle. Toutefois, Maxime [Dutreil] m’a proposé un nouveau défi après m’avoir courtisé pendant 20 ans. »

Même si la page sur son histoire avec Earl Jones est tournée depuis longtemps, elle n’oubliera jamais la bataille qu’elle a menée pour les victimes.

Earl Jones toujours vivant

Après sa sortie de prison en 2014, Earl Jones a disparu dans la nature, mais il est toujours vivant.

Certaines sources d’information l’ont déclaré mort en 2017. Toutefois, selon nos recherches, aucun avis de décès au nom de Bertram Earl Jones n’a été rapporté au cours des dernières années.

Celui qui a fraudé plus de 150 victimes avec un système de Ponzi serait maintenant âgé de 83 ans.

Il a disparu des radars à compter de 2010, soit l’année où il est entré dans le milieu carcéral québécois. Même chose pour son ex-femme, Maxine, qui s’est éclipsée dans la nature après la découverte du scandale financier en 2009.

Sur le plan judiciaire, M. Jones n’a pas eu de nouveaux démêlés ou de faillite personnelle. Il n’a pas acheté une nouvelle propriété immobilière ou, si c’est le cas, elle n’est pas à son nom. Il vivrait dans le coin de Westmount. 

Visiblement, il a décidé de terminer sa vie loin des projecteurs.

– Avec la collaboration de Nicolas Brasseur, Bureau d’enquête

Vous connaissez des victimes d’Earl Jones?

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Earl Jones en quelques chiffres

  • Faux conseiller/planificateur financier
  • 159 victimes
  • Il a mis en place une pyramide de Ponzi qui a été active entre 1982 et 2009
  • 50 millions détournés
  • Plaide coupable à deux chefs d’accusation de fraude en 2010
  • Sentence : 11 ans de prison, mais libéré après seulement quatre ans
  • Règlement à l’amiable de 17 millions $ par la Banque Royale du Canada (RBC) pour 125 victimes

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