De Gaspé à Montréal, des avortements encore difficiles en région

L’accès à l’avortement est encore difficile dans les régions éloignées du Québec, ce qui oblige des femmes à parcourir des centaines de kilomètres pour mettre un terme à une grossesse.
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En 2023, une mère de Gaspé a dû se rendre à Montréal pour un avortement thérapeutique, puisque le fœtus de 13 semaines qu’elle portait n’était pas viable. Déjà éprouvée par cette annonce, la femme ne pensait pas qu’elle devrait devoir se déplacer vers la métropole pour être soignée.
Son conjoint a aussi dû payer un billet d’avion pour pouvoir l’accompagner, puisque ce transport n’était pas couvert par le régime public.
« C’est beaucoup de planification pour la famille. Si j’avais pu aller à Gaspé, je n’aurais pas eu besoin de faire garder mes deux autres enfants pendant deux jours », raconte Rose Gervais, 31 ans. « Toute la planification, ce n’est pas très respectueux de la femme qui vit un deuil périnatal. »
Elle a finalement pu subir l’intervention, une semaine plus tard.
« J’ai eu un très bon service des médecins, je n’ai rien à redire », ajoute toutefois la mère de famille, qui a donné naissance à un troisième enfant au cours de la dernière année.
La moitié à Montréal
Dans la province, Montréal est de loin la ville où les services liés à l’avortement sont les mieux développés. Au total, 10 608 femmes ont eu recours à un avortement chirurgical à Montréal, en 2024, selon les dernières données de la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ).
Ce chiffre représente 52 % de toutes les procédures au Québec. Selon plusieurs intervenants, des femmes doivent souvent parcourir des dizaines, voire des centaines de kilomètres, pour se faire avorter.
Plusieurs raisons expliquent ces déplacements : un délai trop important, un manque d’anonymat en région éloignée ou une grossesse trop avancée pour la pilule abortive.
« Quand il y a juste un hôpital dans la région, tu peux devoir attendre jusqu’à deux semaines », constate Patricia LaRue, directrice générale de la Clinique des femmes de l’Outaouais. « À Montréal, il y a plus de choix, c’est rapide, tu peux tout faire en une journée. »
Patricia LaRue, directrice générale de la Clinique des femmes de l’Outaouais.
Samuel Blais-Gauthier
« Il y a des gens de Québec qui viennent à Montréal parce qu’il y a moins d’attente », ajoute-t-elle.
Un bon accès au Québec
Malgré tout, le Québec est la province canadienne qui offre de loin le meilleur accès à l’avortement. Dans certaines provinces, on peut compter les cliniques d’avortement sur les doigts d’une main.
« On a un bon réseau, [mais] on peut l’optimiser », concède le Dr Dominique Tremblay, président de l’Association des obstétriciens et gynécologues du Québec. « Clairement, en région, il faut diminuer les délais d’attente. »
« Quand on se compare on se console », constate Mme LaRue. « Il y a des efforts mis pour augmenter l’accès. Mais, ce n’est pas encore parfait pour les gens qui habitent loin. »
Avortements par région
- Montréal : 10 608
- Montérégie : 1700
- Capitale-Nationale : 1597
- Estrie : 1085
- Laval : 997
- Laurentides : 907
- Outaouais : 892
- Lanaudière : 886
- Mauricie : 670
- Saguenay–Lac-Saint-Jean : 395
- Bas-Saint-Laurent : 249
- Chaudière-Appalaches : 167
- Abitibi-Témiscamingue : 166
- Côte-Nord : 111
- Gaspésie/Îles-de-la-Madeleine : 42
- Nord-du-Québec : 24
- Nunavik : 0
- Total : 20 496
Source : RAMQ, données de 2024. Ces chiffres excluent la pilule abortive.



