Quand la France trahit sa langue

L’entichement de nombreux Français pour les expressions anglaises est bien connu. L’anglicisation de la France a pris une tournure plus perverse ces dernières années avec l’abandon du français au profit de l’anglais par diverses institutions.
On aurait pu s’attendre à ce que le Brexit ou l’écroulement progressif des États-Unis entraînent le recul de l’anglais en France. Au contraire, ce sont maintenant des institutions au cœur de la société française qui célèbrent la langue de Shakespeare.
Prenez par exemple le grand sommet franco-africain d’aujourd’hui que le gouvernement français organise conjointement avec le Kenya. Le sommet s’appelle : « Africa Forward Summit ». Pas un mot de français dans le titre, pas même une traduction française placée à côté.
Il aurait pourtant été facile d’ajouter : En avant l’Afrique ou L’Afrique progresse. Mais non. Pourtant, l’Afrique compte 340 millions de francophones contre 240 millions d’anglophones.
Soumission à l’anglais
La soumission à l’anglais est encore plus patente dans la campagne du gouvernement français qui vise à attirer des investisseurs étrangers.
Quel slogan a été choisi par le gouvernement d’Emmanuel Macron pensez-vous ? Un slogan en français ? Au contraire ! « Choose France » annonce fièrement le site de l’Élysée, sur sa page web en français. Sur la même page, d’autres sites web du genre « TasteFrance », « PartnerwithFrance » ou « WelcometoFrance » sont disponibles.
• Regardez aussi ce podcast vidéo tiré de l’émission de Benoit Dutrizac, diffusée sur les plateformes QUB et simultanément sur le 99.5 FM Montréal :
Des titres comme Choisissez la France, Goûtez la France, En équipe avec la France ou Bienvenue en France auraient sans doute juré dans les pages web de l’Élysée.
En plus, le français sonne tellement ringard aux oreilles de Macron et de ses collaborateurs. Le français, c’est bon pour le musée Villers-Cotterêts.
Vous me direz que les sites web gouvernementaux existent aussi en français. Oui, pour le moment.
En anglais svp !
Cependant, d’autres institutions françaises ont moins de scrupules. Le prestigieux Institut de sciences politiques de Paris tolère de moins en moins la langue française.
Des conférenciers invités par l’institution sont priés d’y présenter leurs communications en anglais, même si le français est leur langue maternelle. Les lettres de recommandation pour les candidats qui y font des demandes d’admission en maîtrise (pardon, au Master) doivent être rédigées en anglais, sous prétexte que l’institut a établi un partenariat avec la London School of Economics, où personne ne parle français, c’est bien connu, et où personne non plus ne sait utiliser des logiciels de traduction…
Le journal Le Monde trouve normal, et amusant sans doute, d’intituler une de ses sections « Le Fil Good ». Un horrible calambour franco-anglais qui révèle la profondeur de la contamination de la culture française par l’anglais.
Bien des gens diront que le Québec est mal placé pour donner des leçons. Peut-être. Mais au moins, nos institutions ne célèbrent pas l’anglais sur leur fronton. Et surtout, nos élites ne s’écrasent pas devant l’anglais. Enfin, pas trop souvent encore.



