Canadien – Sabres | Ce club va me rendre fou

Sur l’air de Montréal de Xavier Caféïne, tout le monde ensemble.
Publié à
5 h 00
Ce club va me rendre fou
Ce club va me rendre complètement fou
Il va me rendre complètement fou.
La troisième période avait été désastreuse. Le Canadien venait de perdre une avance de deux buts. Ses attaquants et ses défenseurs ne touchaient presque plus à la rondelle. Ils patinaient comme s’ils tiraient un autobus avec leurs chevilles. C’était à se demander s’ils allaient survivre plus de 10 minutes à la prolongation.
Ils ont résisté. De justesse, j’en conviens, mais ils l’ont fait. Puis la rondelle s’est retrouvée libre dans le territoire du Canadien. Alexandre Carrier s’en est emparé. Vous remarquerez que lorsque ça chauffe, c’est souvent lui qui a son bâton à la bonne place. Deux fois, plus tôt dans le match, il avait bloqué la rondelle près du demi-cercle de son gardien.
Le défenseur québécois a rejoint Alex Newhook sur l’autre flanc, avec une longue diagonale. Ce même Newhook qui, contre le Lightning de Tampa Bay, a été ballotté entre le deuxième et le quatrième trio, jusqu’à ce qu’il marque le but gagnant dans le match ultime. Après, Martin St-Louis lui a trouvé un poste plus stable, aux côtés de Jake Evans et d’Ivan Demidov. Combien de temps avaient-ils passé ensemble pendant la saison ? Six minutes et trente secondes.
Or, la magie a opéré aussitôt. Au moment de recevoir la passe de Carrier, Newhook avait déjà marqué cinq fois dans la série contre les Sabres.
Le sixième se profilait.
Newhook a attendu qu’Evans passe entre lui et Ukko-Pekka Luukkonen pour tirer. Le gardien des Sabres de Buffalo a perdu la rondelle de vue.
But en or.
Newhook s’est lancé dans les bras de Carrier. Jakub Dobeš, étincelant, s’est mis à sauter comme un enfant qui découvre un buffet de desserts à volonté pour la première fois. Le printemps de rêve du Canadien – et de ses partisans – allait se poursuivre.
Nous voilà assurés d’au moins 10 autres jours de pression artérielle inquiétante. De visionnements entre voisins. De rassemblements entre amis. De rendez-vous sur l’avenue des Canadiens-de-Montréal, une heure et demie avant les hymnes nationaux, dans l’espoir de pouvoir trouver un mètre carré pour regarder la partie sur un des trois écrans géants.
Dix jours de communion de plus entre Montréal et son club.
Je suis assez vieux pour avoir connu les finales de 1986, 1989 et 1993. C’était grisant. J’avais assisté à un visionnement public d’un match contre les Kings de Los Angeles, au Forum. Je me souviens exactement où j’étais lorsqu’Éric Desjardins a complété son tour du chapeau. Nous vivions la conquête à fond. Mais nous avions aussi été gâtés dans la décennie précédente.
Ma génération et les précédentes aiment ressasser les souvenirs d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. Voir Larry Robinson, Guy Carbonneau, Kirk Muller, Chris Nilan, Serge Savard et Yvan Cournoyer porter le flambeau, ça nous enflamme. Qui, parmi les 40 ans et plus, n’a pas fait sa liste des six prochains porteurs ?
La grande différence avec ce printemps et ceux des années 2000 ou 2010, c’est l’émergence d’une nouvelle génération qui n’a jamais connu la Coupe Stanley à Montréal. Celle qui a l’âge des joueurs du Canadien. Ce sont des partisans plus bruyants. Plus présents. Plus engagés. Des fans qui souhaitent vivre, à leur tour, de belles histoires. De grandes victoires. Ceux qui mettent le fun dans la place, entre deux buts d’Alex Newhook.
Son but en or repassera en boucle sur nos réseaux jusqu’à la prochaine série. On vantera aussi l’assurance de Dobeš. La créativité de Lane Hutson. La constance de Nick Suzuki.
Mais peut-on inclure Martin St-Louis dans la ronde des félicitations, s’il vous plaît ?
Le pilote du Canadien connaît des séries formidables. OK, ça n’a pas toujours été facile pour le Canadien. Ça l’est rarement lorsque vous affrontez coup sur coup le cinquième et le quatrième parmi les meilleurs clubs de la Ligue nationale. Or, si le Tricolore se trouve dans le carré d’as ce matin, c’est en grande partie grâce à son entraîneur-chef.
Depuis le début des séries, son discours public est constructif. Voire positif. Peut-être pas autant que celui de Jacques Demers en 1993, mais si vous tendez l’oreille, vous noterez que certains mots reviennent plus souvent que d’autres.
« Capable », par exemple.
Comme dans : « Je voulais une équipe capable de jouer en possession de la rondelle, capable de défendre et avec un bon avantage numérique. » Ou à propos de Noah Dobson : « J’ai confiance que s’il embarque, il sera capable de nous donner ce qu’il a donné toute la saison. » Ou encore : « Quand tu es capable d’avoir ces chances, c’est toujours encourageant. C’est bon signe. »
Message sous-jacent : je crois en mes joueurs, en leurs capacités. Rarement les lance-t-il sous l’autobus. Ça peut vous sembler banal. Ça ne l’est pas. Ce ne sont d’ailleurs pas tous les entraîneurs-chefs qui parlent ainsi – voir Lindy Ruff.
On peut voir ici l’effet Pygmalion en action. C’est quoi ? Un phénomène connu en psychologie. L’idée générale, c’est que les attentes d’une personne en autorité – ici Martin St-Louis – peuvent influencer inconsciemment les performances de ses répondants – ici les joueurs.
Dans le dernier mois, St-Louis a fait plusieurs gestes concrets pour soutenir publiquement ses joueurs.
Pensez à Jakub Dobeš, qu’il a laissé devant son filet dans le cinquième match, malgré trois buts rapides. Il a arrêté tous les tirs suivants. Malgré la débâcle dans la sixième partie, jamais il n’a été question d’y aller avec Jacob Fowler dans le match ultime. Alors que chez les Sabres, Lindy Ruff a changé trois fois de gardien titulaire d’une rencontre à l’autre.
Pensez à Kirby Dach, auteur d’une erreur coûteuse dans le deuxième match contre le Lightning. Tout le monde et son voisin réclamaient son retrait de l’alignement. St-Louis l’a laissé dans sa formation. « Je n’abandonnerai jamais sur quelqu’un qui n’abandonne pas sur lui », avait-il commenté.
Pensez à Ivan Demidov, resté sur la première unité d’avantage numérique malgré sa léthargie. Là aussi, les partisans réclamaient des changements. Le Russe a fini la série contre les Sabres avec deux buts en surnombre.
Martin St-Louis a aussi réussi à convaincre ses protégés de jouer selon une identité propre, au profit du collectif.
Je devine que ça ne s’est pas toujours fait dans la joie et l’allégresse. Il y a sûrement des vétérans, dans les derniers mois, qui n’ont pas apprécié de perdre des minutes de qualité dans le top 6 ou sur la première unité en avantage numérique. De prime abord, ça ne doit pas être réjouissant pour un choix de premier tour de se retrouver à apporter de l’énergie sur un quatrième trio.
Ça exigeait une sacrée dose de courage managérial de la part de St-Louis. N’empêche qu’aujourd’hui, tous les violons s’accordent.
Maintenant, peut-il conduire son équipe jusqu’en finale ?
Les Hurricanes de la Caroline, prochains adversaires du Tricolore, forment une redoutable équipe. Cette saison, ils ont compté plus de buts que le CH. Ils en ont accordé moins. Ils ont balayé les deux premiers tours. Ils sont au repos depuis presque deux semaines. Mais que disent les résultats des quatre derniers duels entre les deux équipes ?
Canadien 4, Hurricanes 2
Canadien 7, Hurricanes 5
Canadien 5, Hurricanes 2
Canadien 3, Hurricanes 1
Alors, le Canadien est-il « capable » de faire trébucher un troisième favori de suite ?
Je vous laisse deviner la réponse de Martin St-Louis.




