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Mission de Christine Fréchette à Paris | Environ 29 000 orphelins du PEQ seraient rescapés

(Paris) Environ 29 000 orphelins du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) bénéficieraient de la clause de droits acquis qui sera bientôt mise en place pour une période de deux ans, laisse entendre Christine Fréchette en entrevue avec La Presse. Ce dossier sensible a rattrapé la première ministre au dernier jour de sa mission officielle à Paris.


Publié à
16 h 00

L’entourage de Christine Fréchette a confirmé qu’un député français l’a interpellée au sujet de l’abolition du PEQ et de sa promesse de le rouvrir pour deux ans, lors d’une rencontre à huis clos avec une poignée d’élus mardi.


Lisez « Un député français interpelle Fréchette sur le PEQ »

Ce fut l’occasion pour la première ministre de présenter sa « nouvelle approche du PEQ », a-t-il ajouté sans donner plus de détails ni révéler l’identité du député.

Ce dernier a contacté La Presse pour s’identifier et donner une entrevue : il s’agit de Christopher Weissberg, député des Français d’Amérique du Nord. Il représente des immigrants français installés au Québec et touchés par l’abolition du PEQ, qui était une voie rapide pour la résidence permanente.

Lors de la rencontre, « je lui ai dit que l’essentiel pour moi aujourd’hui, ce n’était évidemment pas de faire quoi que ce soit d’interférence dans la vie politique québécoise ; les Québécois sont évidemment souverains pour choisir tous leurs critères [d’immigration] », a-t-il expliqué à La Presse.

PHOTO TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK DE CHRISTOPHER WEISSBERG

Christopher Weissberg, député des Français d’Amérique du Nord

Mais j’ai rappelé qu’il y a un sujet de droits acquis, parce que les Français qui sont venus au Québec, on est allés les chercher et on leur a promis une résidence permanente. Je trouve donc très délicat de ne pas donner ce qu’on a promis.

Christopher Weissberg, député des Français d’Amérique du Nord

Quelle a été la réaction de la première ministre ? « Elle m’a répondu en retrait, en disant que, au fond, il y aurait des quotas, que ce serait premier arrivé, premier servi. Et j’avoue que c’est une réponse que je trouve difficile à entendre », a-t-il laissé tomber.

En entrevue avec La Presse, Christine Fréchette a donné l’ordre de grandeur pour ce quota : autour de 29 000 en deux ans, selon ses explications.

Cible annuelle

Pour rappel, durant la course à la chefferie caquiste, elle a promis de « réactiver le PEQ pour une durée de deux ans afin d’accorder une clause de droits acquis à celles et ceux qui étaient au Québec au moment de la fermeture du PEQ ». Elle entend « réduire du même nombre les invitations au Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ) afin de respecter les seuils d’immigration », fixés à 45 000 nouveaux arrivants permanents par année, dont 29 000 dans la catégorie de l’immigration économique. Le PSTQ fonctionne sur invitation et a été mis en place pour remplacer le PEQ.

La première ministre annoncera la réouverture du PEQ d’ici la mi-juin. Le ministre de l’Immigration, François Bonnardel, est responsable de ce dossier.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Le ministre de l’Immigration, François Bonnardel

Christine Fréchettre confirme en entrevue que le PEQ fonctionnera selon le principe du « premier arrivé, premier servi ». Il sera rouvert pour deux ans comme prévu. Le PSTQ continuera de fonctionner durant cette période.

Pour respecter la cible annuelle de 29 000 immigrants économiques, un quota sera fixé pour le PEQ et un autre pour le PSTQ. Ce serait environ une répartition de « 50-50 » entre le PEQ et le PSTQ, donc environ 14 500 admissions pour chaque programme pour chacune des deux années.

Est-ce que ce sera moitié-moitié ? Je vous dirais que ça va tourner autour de ça probablement. Est-ce que c’est arrêté 50-50 ? On n’a pas encore le chiffre exact. Mais je vous dirais que ça risque de tourner autour de cette répartition-là.

Christine Fréchette, première ministre du Québec

Mme Fréchette a ajouté que le quota pourrait par ailleurs être « ajusté » la deuxième année.

Elle reconnaît qu’un certain nombre d’immigrants touchés par l’abolition du PEQ, ceux que l’on a surnommés les « orphelins du PEQ », ne pourront bénéficier de la clause de droits acquis : « ce n’est pas tout le monde qui va pouvoir être sélectionné dans le PEQ », a-t-elle prévenu.

« Un peu attaqué »

Christopher Weissberg déplore que ce quota ne garantisse en rien que les Français qui se sont installés au Québec en croyant pouvoir obtenir la résidence permanente grâce au PEQ soient traités de façon prioritaire. Il réclame cette garantie.

Autrement, « il y a des gens qui vont être sur la touche, qui vont devoir rentrer », a-t-il déploré.

Le député français dit avoir « signé » le recours judiciaire intenté au début du mois d’avril contre le gouvernement par le collectif Justice pour les orphelins du PEQ.

« J’ai été un peu attaqué là-dessus par le gouvernement québécois qui m’a dit que c’était une forme d’ingérence. Moi, je considère que ce n’est absolument pas de l’ingérence, a-t-il plaidé. Ce que je leur reproche, c’est qu’il y a des gens qui sont venus selon certains critères, à qui on a dit qu’on allait donner la résidence permanente et, finalement, ça s’est retourné contre eux et de façon assez brutale et sans préavis. Ils devraient être les premiers à bénéficier de ça », la réouverture du PEQ.

M. Weissberg a reçu des « milliers de messages » de Français installés au Québec.

Je n’ai jamais été aussi sollicité ! Ce sont des gens en grande difficulté, des familles en détresse.

Christopher Weissberg, député des Français d’Amérique du Nord

Symbole

Christine Fréchette est sensible aux symboles, comme en témoigne le dernier jour de sa mission officielle à Paris. Elle a rencontré mardi deux politiciennes qui sont les premières femmes à occuper leur poste respectif.

D’abord la présidente de l’Assemblée nationale française, Yaël Braun-Pivet, en fonction depuis 2022. Elles ont discuté entre autres de la place des femmes en politique, de laïcité, des relations avec les États-Unis, du secteur des minéraux critiques et stratégiques, de la découvrabilité des contenus culturels francophones et de l’élection du prochain secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie. D’autres élus français, dont le député Weissberg, étaient présents lors de cette rencontre.

Ce n’est pas la première fois que Mme Fréchette exploite ce thème, elle qui est la deuxième femme à occuper le poste de premier ministre, après Pauline Marois.

À l’occasion de son discours d’ouverture de la session parlementaire le 5 mai, elle avait invité au Salon rouge des femmes qui ont brisé le plafond de verre : l’ex-cheffe d’antenne Sophie Thibault, l’ex-patronne du Mouvement Desjardins Monique Leroux, la sénatrice innue Michèle Audette et l’ex-secrétaire générale du gouvernement et numéro un des fonctionnaires Dominique Savoie.

Christine Fréchette a signé le livre d’or de l’Assemblée nationale. Elle y a laissé un message.

PHOTO TOMMY CHOUINARD, LA PRESSE

Christine Fréchette signe le livre d’or de l’Assemblée nationale.

Entre la France et le Québec, il y a plus qu’une relation directe et privilégiée. Il y a plus qu’une profonde amitié. Depuis plus de 400 ans, nos nations partagent une langue, une culture, une histoire. Un même attachement à la souveraineté du peuple. À nous de cultiver ce précieux héritage des deux côtés de l’Atlantique, car nos avenirs sont liés plus que jamais. Vive la France, vive le Québec !

Message laissé par Christine Fréchette dans le livre d’or de l’Assemblée nationale

Mme Fréchette a également eu un entretien avec la présidente de la Région Île-de-France depuis 2015, Valérie Pécresse. Elles ont échangé sur l’utilisation de l’intelligence artificielle dans la fonction publique – un thème abordé à plusieurs reprises au cours de la mission – et de l’électrification des transports et des bâtiments.

Plus tard mardi, elle a remis l’insigne d’officier de l’Ordre national du Québec à Paul de Sinety, délégué général à la langue française et aux langues de France.

« Le Québec voit en vous un partenaire précieux, un allié indéfectible, a affirmé Mme Fréchette. Grâce à vous, nos deux nations sont aujourd’hui davantage liées qu’elles ne l’étaient auparavant. Vous avez activement contribué à renforcer les liens entre le Québec et la France. »

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