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« Nous n’avons pas besoin des patrons, les patrons ont besoin de nous »

Sous les yeux des passants vêtus de casquettes de Formule 1 et d’habits de soirée, plus d’une centaine de manifestants – dont des travailleuses du sexe en grève – ont parcouru les rues du centre-ville de Montréal pour dénoncer leurs conditions de travail. Mais l’appel à la grève ne fait pas l’unanimité.


Publié hier à
17 h 27

Organisée par le Comité autonome du travail du sexe (CATS), la mobilisation a débuté à 15 h, place de la Paix, au son d’une fanfare et de cris. En toile de fond : la période lucrative des festivités du Grand Prix du Canada, qui prennent place tout le week-end dans la métropole.

« On a décidé de faire ça aujourd’hui parce que c’est la plus grosse journée de toute l’année pour l’industrie, à Montréal », a expliqué une travailleuse en grève, qui se fait appeler Rebaynia.

Comme elle, plusieurs travailleuses de l’industrie – notamment des danseuses et des masseuses – renoncent à des centaines, voire à des milliers de dollars de revenus pour faire entendre leur voix. Les revendications clés du groupe : améliorer les conditions de travail, jugées abusives, et décriminaliser le travail du sexe.

PHOTO EDOUARD DESROCHES, LA PRESSE CANADIENNE

Manifestation des travailleuses du sexe

Au Canada, il n’est plus criminel de vendre des services sexuels depuis 2014, mais il est toujours interdit d’en faire l’achat ou d’en exploiter. Cette décriminalisation partielle ne colle pas avec la réalité sur le terrain, ont expliqué de nombreux manifestants sur place.

« Ce que ça changerait, c’est qu’on pourrait le traiter comme un travail, et utiliser les protections du droit du travail pour nous protéger », a expliqué Adore Goldman, travailleuse du sexe et militante au CATS.

Le CATS ne s’est pas avancé sur le nombre de travailleuses ayant répondu à son appel à la grève, puisqu’il s’agit d’une participation volontaire, mais indique qu’une pression se fait sentir dans plusieurs établissements montréalais en raison du manque d’employées.

Moins d’abus, plus de protection

Les manifestants ont aussi déploré la façon dont beaucoup de travailleuses et travailleurs du sexe sont traités dans leur milieu de travail. Harcèlement, insalubrité, violence : les exemples se multiplient.

Elles réclament aussi la fin du « service bar », une somme forfaitaire qu’elles doivent verser à un établissement pour y travailler en tant que travailleuses autonomes. Si elles étaient salariées, elles auraient droit à de meilleures protections, comme l’assurance-emploi, les congés de maternité, ou encore des indemnités en cas de blessures.

Moi, je travaille dans un stripclub, par exemple, si on se foule une cheville parce qu’on travaille avec de grands talons, on ne peut pas avoir de compensation. Des fois, les planchers sont croches, il y a des pôles qui tiennent avec du duct tape, tout ce qui est mis en place pour assurer notre sécurité n’est pas adéquat.

Adore Goldman, travailleuse du sexe et militante au CATS

Des sentiments mitigés 

Si tous les manifestants partagent les revendications du CATS, la grève ne fait toutefois pas l’unanimité dans l’industrie, ont confirmé certains. Beaucoup craignent notamment de s’attirer les foudres des tenanciers de bars, allant même jusqu’à porter des masques et des costumes pour ne pas se faire reconnaître.

« Je porte un déguisement aujourd’hui pour ne pas me faire renvoyer », pouvait-on lire sur une affiche dans la foule.

PHOTO EDOUARD DESROCHES, LA PRESSE CANADIENNE

« Je porte un déguisement aujourd’hui pour ne pas me faire renvoyer », pouvait-on lire sur une affiche dans la foule.

L’une des manifestantes rencontrées, qui se présente en ligne sous le nom de Lilith, explique de son côté qu’elle ne peut pas se permettre financièrement de faire la grève.

« Moi, j’ai la chance d’avoir mon conjoint qui me supporte, mais même là, on est tight dans l’argent », confie celle qui est en situation de handicap, et qui doit bientôt se procurer un déambulateur. « Il y a une grande intersectionnalité de personnes en situation de handicap qui, comme moi, sont travailleurs du sexe en ligne », explique-t-elle.

Dans un courriel en réponse à La Presse Canadienne, le promoteur du Grand Prix du Canada a indiqué qu’il s’opposait fermement à toute forme d’exploitation sexuelle et qu’il soutenait les initiatives des autorités locales pour lutter contre ce problème.

La manifestation pacifique s’est déroulée sans débordement et s’est prolongée jusqu’en fin de journée, au moment où se déroulaient les qualifications du Grand Prix. Des représentants de dizaines d’organismes, comme le CALACS, défilaient aussi dans les rues de Montréal en soutien aux travailleuses.

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