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Radio-Canada Acadie: moins de téléjournal, plus de web

Le téléjournal de Radio-Canada Acadie durera 30 minutes au lieu d’une heure à partir de septembre. La directrice de la station, Nathalie Allaire, fait valoir la nouvelle émission multiplateforme sur laquelle son équipe travaillera: Sens large.

Comment attirer les jeunes et les internautes indifférents à la télévision, à la radio et aux journaux vers des informations de qualité? C’est la question que se posent tous les journalistes des médias traditionnels.

L’équipe de Radio-Canada Acadie tente une réponse.

Karine Godin animera un téléjournal de 18h à 18h30 à partir de septembre. Elle laissera son collègue Mathieu Nadon de la station d’Ottawa-Gatineau parler des enjeux des francophones canadiens de 18h30 à 19h.

«Le téléjournal de Radio-Canada Acadie durait déjà 30 minutes au lieu d’une heure pendant l’été et la fin de semaine, rappelle la directrice de Radio-Canada Acadie, Nathalie Allaire. Ça restera pareil à ces moments-là.»

Le changement en semaine donnera à Karine Godin le temps d’animer une nouvelle émission d’une demi-heure appelée Sens large, diffusée à la fois à la radio et sur internet à midi, ainsi qu’à la télévision à 13h.

L’animatrice et son équipe tenteront de traiter des sujets plus en profondeur, avec des intervenants plus variés et un ton plus décontracté que dans un téléjournal.

«Les gens s’informent différemment. Ils peuvent trouver des breaking news toute la journée, fait remarquer Mme Allaire. On essaye de trouver la touche distinctive de Radio-Canada. On a eu cette idée de balado multiplateforme avec des analyses et une narration différente.»

Elle exprime sa confiance dans la pérennité de ce projet, vu les tendances du monde médiatique.

«Notre but est de pouvoir continuer à faire ce balado-là pendant longtemps, dit la directrice. Ce n’est pas de dire: “ah! Ça n’a pas fonctionné, on arrête et on ne s’ajuste pas.”»

Elle soutient que le changement de programmation de Radio-Canada Acadie améliorera la qualité de l’information diffusée par sa station. Elle pense que ses journalistes, dont le nombre restera le même, pourront passer plus de temps sur le terrain en ayant 30 minutes de téléjournal de moins à produire tous les jours.

«Je sais que nous devrons le prouver, mais c’est vraiment notre souhait», assure Mme Allaire.

D’autres stations régionales de Radio-Canada ont raccourci la durée de leur téléjournal d’une heure à 30 minutes pour entreprendre un «virage numérique» depuis une dizaine d’années.

Diversité des réactions du public 

La couverture de l’Acadie par Radio-Canada peut déchaîner les passions.

Celle de l’ancien député fédéral d’Acadie-Bathurst, Yvon Godin, par exemple. L’annonce de la diminution de la durée du téléjournal diffusé par la station, qui passera d’une heure à 30 minutes à partir de septembre, le frustre.

«C’est devenu aberrant, la manière dont ils nous traitent à Radio-Canada, répète-t-il. Les nouvelles du Québec, ils nous les font entendre du matin au soir. En plus de ça, de 18h à 19h, ils nous passent déjà une demi-heure de nouvelles diffusées 10 fois à RDI.»

Il exhorte les députés fédéraux à convoquer la PDG de Radio-Canada, Marie-Philippe Bouchard, au Comité permanent des langues officielles de la Chambre des Communes.

«Je sais ce que le gouvernement va dire: Radio-Canada est une société d’État responsable de sa programmation. Mais le gouvernement est responsable de donner les grandes lignes au diffuseur public, qui est financé par les payeurs de taxes», tonne l’ancien élu du NPD.

Il fait remarquer que les aînés n’utilisent pas tous internet.

«On a un grand groupe de personnes qui s’assoient devant la TV après le souper pour écouter les nouvelles d’Acadie, indique M. Godin. Si Radio-Canada n’est pas capable de leur consacrer une heure sur 24, j’ai un problème avec ça!»

Il évoque la disparition du créneau dédié à l’Atlantique sur RDI il y a 20 ans. L’émission créée en contrepartie de la demi-heure perdue dans le téléjournal de Radio-Canada Acadie, Sens large, finira-t-elle par disparaître du programme de télévision aussi?

«Leur histoire d’information approfondie, j’y crois même pas», lance M. Godin.

Le consultant en développement économique, Normand Thériault, est plus confiant.

«Il faut changer de paradigme. Les nouvelles plateformes sur internet permettent de trouver des nouvelles toute la journée. C’est intéressant que Radio-Canada s’adapte», commente-t-il.

L’homme de 69 ans s’informe de toute façon seulement sur internet. Il consulte les sites de La Presse, de l’Acadie Nouvelle et de Radio-Canada.

Le résident de Caraquet n’écoute plus son téléjournal régional. Il a l’impression d’y entendre trop parler de Moncton et du sud-est du Nouveau-Brunswick.

Il pense que le changement de programmation de Radio-Canada Acadie n’y changera rien.

«Mais les téléspectateurs auront 30 minutes supplémentaires dans leur journée pour s’informer sur d’autres médias au sujet de leur région ou regarder le téléjournal suivant qui sera consacré aux communautés francophones du pays», dit M. Thériault.

Il espère aussi que l’émission Sens large permettra aux journalistes de Radio-Canada de traiter des sujets plus en profondeur.

«Évolution normale» 

Une professeure au programme d’information-communication de l’U de M, Gabrielle Mota, n’est pas surprise par la réduction de la durée du téléjournal de Radio-Canada Acadie.

«C’est une évolution normale par rapport à ce qu’ont fait les autres stations ailleurs au pays, pour toucher un public plus large, dont les jeunes, dit-elle. C’est bien de mener des réflexions sur les programmations.»

Cette ancienne journaliste de Radio-Canada à l’Île-du-Prince-Édouard souligne le défi pour ce média de toucher des publics très divers: des personnes de tous âges de quatre provinces différentes en Atlantique.

Mme Mota s’interroge sur la cible du «balado multiplateforme», Sens large, créé en contrepartie du raccourcissement du téléjournal.

«Pour toucher les jeunes, il faudrait que ce soit vraiment un balado qui propose des récits, de la subjectivité et la possibilité de se reconnaître dans un personnage, affirme-t-elle. Il faudrait aussi trouver un langage, des sujets et une façon d’impliquer le public qui plaisent à cette tranche d’âge.»

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