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Malgré l’appel à tous | La consommation d’eau en faible baisse à Montréal

Les Montréalais n’ont que légèrement réduit leur consommation d’eau potable dans les derniers jours. Depuis l’appel lancé par la Ville en raison d’une conduite fragilisée, la production hydrique quotidienne a reculé d’à peine 1 %, ce qui demeure encore loin de l’objectif fixé.

Publié hier à
16 h 24

C’est ce que montrent les données préliminaires de la Ville. Entre le 30 mai et le 3 juin dernier, les résidants de l’île ont consommé entre 1,16 et 1,23 milliard de litres d’eau, pour une moyenne de 1,19 milliard. La semaine précédente, entre le 25 et le 29 mai – avant que Montréal demande aux citoyens de réduire leur consommation – cette moyenne était de 1,198 milliard.

D’une semaine à l’autre, alors que le mercure a frisé les 30 degrés Celsius, les Montréalais ont donc réduit leur consommation globale de 8 millions de litres, ce qui représente 0,7 % de la production totale.

Il reste cependant beaucoup de travail. La métropole vise cet été à économiser environ 100 millions de litres d’eau par jour, l’équivalent de 2500 camions-citernes et de 7 % de la production.

À la Ville de Montréal, on reconnaît qu’il s’agit d’une « faible baisse », en disant toutefois espérer que les efforts de la population prendront de l’ampleur. « Il est essentiel que les citoyens poursuivent leurs efforts alors que l’été et les températures plus chaudes s’installent à Montréal », affirme un porte-parole de la municipalité, Hugo Bourgoin, en réponse à nos questions.

M. Bourgoin rappelle qu’historiquement, des hausses marquées de la consommation surviennent chaque année dans les mois estivaux, en juin, en juillet et en août. En moyenne, chaque Montréalais consomme 306 litres d’eau par jour, ce qui dépasse la moyenne canadienne de 220 litres par jour.

Cela dit, le déficit d’entretien du réseau d’eau potable est évalué à approximativement 3 milliards de dollars. Près du tiers de l’eau potable que Montréal produit ne se rend jamais dans les robinets des Montréalais, en raison du grand nombre de fuites qui gangrènent le réseau.

Pas assez de préparation

À l’Université du Québec à Montréal (UQAM), la professeure spécialisée dans les affaires municipales Danielle Pilette se montre sceptique pour la suite. « Ça a été très subit comme demande. Je pense que la Ville n’a pas suffisamment préparé le public à cette importante transition », évoque-t-elle.

À ses yeux, il faudrait penser à des gestes plus forts. « La Ville s’est toujours refusée à limiter la consommation d’eau par territoire à certains jours de la semaine, mais moi je pense qu’on aurait dû faire ça depuis longtemps, comme plusieurs municipalités de banlieue font », poursuit Mme Pilette.

Les défis seront en effet très grands dans les prochaines semaines. Le seuil de production quotidienne d’eau potable à ne pas dépasser est de 1,45 milliard de litres. En temps normal, lorsque les températures sont chaudes et humides, la Ville peut traiter jusqu’à 1,6 milliard de litres d’eau quotidiennement.

Si la population doit réduire sa consommation, c’est parce que la Ville a récemment découvert lors d’une inspection la « détérioration avancée » d’une conduite datant de 1984, d’un diamètre d’environ 48 pouces, sur l’avenue Atwater. C’est l’une des quatre conduites qui alimentent le réservoir McTavish. Celui-ci alimente près de 1,3 million de Montréalais en eau potable au quotidien.

Cette situation, qualifiée d’« extraordinaire », touche 16 des 19 arrondissements ; seuls les secteurs de l’Ouest, soit Pierrefonds-Roxboro, Lachine et L’Île-Bizard–Sainte-Geneviève, sont épargnés. Six villes liées sont concernées : Mont-Royal, Hampstead, Westmount, Côte-Saint-Luc, Montréal-Est et Montréal-Ouest.

Le hic, c’est qu’une autre grosse conduite de 60 pouces, rue de la Cathédrale, fait déjà l’objet de travaux. On craint donc un « goulot d’étranglement » sur l’autre usine alimentant le réservoir, Charles-J.-Des Baillets.

Resserrer la vis, ou pas ?

Advenant que les besoins se fassent davantage sentir cet été, la Ville a déjà indiqué qu’elle pourrait interdire formellement l’arrosage extérieur, en imposant de lourdes amendes.

« On n’est toujours pas rendus à des mesures coercitives, mais j’invite tout le monde à être proactif », a expliqué mercredi dernier le président du comité exécutif, Claude Pinard.

Jusqu’ici, aucune donnée n’est disponible à la Ville sur la consommation d’eau du secteur industriel ou commercial. M. Pinard a précisé que l’administration a eu des discussions avec certaines grandes entreprises et institutions montréalaises dans les derniers jours, afin que celles-ci contribuent également à réduire leur consommation d’eau. « Ça va vraiment prendre un effort collectif », a-t-il réitéré.

Le week-end dernier, des travaux préparatoires avaient été réalisés sur la conduite d’eau de l’avenue Atwater. Une vanne de 48 pouces a notamment été changée en urgence par un entrepreneur.

Au cours des prochaines semaines, au fur et à mesure que l’été avancera, des efforts de sensibilisation supplémentaires devraient être faits dans tous les secteurs touchés. Certains arrondissements envisagent même de procéder à du porte-à-porte pour s’assurer de faire passer le message à toute la population.

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