Coupe du monde 2026 I Et pendant ce temps-là, l’Italie joue des amicaux…

On a tous, dans nos souvenirs plus ou moins lointains, cette fameuse soirée où les autres étaient invités et pas nous. Celle dont tout le monde parlait le lundi matin, celle dont les photos défilaient sur les réseaux sociaux, celle qui semblait avoir été préparée sur mesure pour que l’on se sente un peu plus seul que d’habitude. Alors, pendant que les autres s’amusaient et accumulaient les souvenirs, il ne restait plus qu’à observer de loin et surtout prétendre sans sourciller que l’on préférait rester à la maison.
Depuis quatorze ans, l’Italie connaît exactement cette sensation lorsque revient la Coupe du monde. Depuis quatorze ans, elle tente de se convaincre qu’il existe une vie en dehors du Mondial. Longtemps habituée à figurer parmi les invités de marque, au point d’être régulièrement considérée comme l’une des reines potentielles de la soirée, la Nazionale est désormais condamnée à regarder les autres profiter du plus grand spectacle du football. Non pas parce qu’elle n’est plus la bienvenue, évidemment, mais tout simplement parce qu’elle manque systématiquement l’occasion de décrocher son carton d’invitation. Même lorsque la fête s’agrandit et ouvre ses portes à quarante-huit convives.
Après 2017 et un premier accident en barrage contre la Suède, puis un second cinq ans plus tard face à la Macédoine du Nord, la sélection quadruple championne du monde pensait cette fois avoir conjuré le signe indien après avoir battu l’Irlande du Nord en demi-finale de barrage le 26 mars dernier. Il ne lui restait plus qu’à battre la Bosnie-Herzégovine chez elle cinq jours plus tard pour décrocher son billet direction l’Amérique du Nord. Sauf que voilà, Gianluigi Donnarumma et ses coéquipiers, comme écrasés par la pression de l’enjeu et le poids de tout un pays, se sont de nouveau pris les pieds dans le tapis, cette fois aux tirs au but. La grande fête de la Coupe du monde, qui démarre jeudi, se fera une nouvelle fois sans l’Italie.
Des amicaux… avec de l’enjeu
Alors que les 48 sélections présentes, elles, peaufinent leur préparation à coup de matches amicaux, la Nazionale traîne son spleen en ces premiers jours de juin. Avec qui plus est deux rencontres au programme : la première remportée contre le Luxembourg (1-0) mercredi, puis la deuxième ce dimanche soir face à la Grèce (20h45). Pourquoi s’infliger ça, mis à part pour subir les railleries sur les réseaux sociaux ?
Il y a pourtant une raison valable à l’organisation de ces deux rencontres, et cela va bien au-delà d’une simple question de calendrier ou de droits TV. Tout est lié, en réalité, au fameux classement FIFA, ce dernier étant capital au moment de déterminer les groupes de qualification pour les compétitions majeures. Pour l’Italie, les deux prochaines échéances sont donc l’Euro 2028, qui se déroulera en Angleterre, au pays de Galles, en Écosse et en Irlande, puis la Coupe du monde 2030, qui se tiendra en Espagne, au Portugal et au Maroc.
Pour établir les chapeaux des tirages au sort et désigner les traditionnelles têtes de série, l’UEFA va s’appuyer sur le classement de la FIFA. Et mieux une sélection y est placée, mieux elle est lotie dans les qualifications. L’Italie est actuellement douzième, intercalée entre la Croatie et la Colombie, deux pays qui vont disputer le Mondial et qui ont donc la possibilité d’augmenter leur total de points. Si les amicaux n’ont évidemment pas le même poids que des matches officiels, la Nazionale limiterait une partie des dégâts avec deux victoires en une semaine, surtout en vue du tirage des groupes de qualification pour le prochain Euro, qui se tiendra le 6 décembre prochain à Belfast.
Depuis ce terrible jour de fin mars en Bosnie, les discussions, comme toujours, vont bon train en Italie. Comment révolutionner le modèle d’un football considéré comme vétuste et arriéré ? Quel projet doit être mis en place pour sortir de cette crise sans fin ? Qui doit le mener ? Comment faire évoluer les mentalités ? Si la prise de conscience semble cette fois totale dans la Botte et la volonté de changer les choses bien réelle, la Fédération italienne de football (FIGC) doit encore désigner son président après la démission du très critiqué Gabriele Gravina, des élections fédérales étant prévues le 22 juin prochain (Giovanni Malagò et Giancarlo Abete sont les deux candidats), ce qui retarde inévitablement le début d’une possible révolution… et la nomination du futur sélectionneur.
Pour disputer ces deux matches amicaux, la FIGC a donc décidé de promouvoir Silvio Baldini, sélectionneur des U21, pour remplacer Gennaro Gattuso, qui a préféré se mettre à l’écart après le fiasco de mars. Pas vraiment du genre à garder sa langue dans sa poche, Baldini, que le monde du Calcio apprécie pour son authenticité, a profité de cette promotion pour dire tout le bien qu’il pensait de certains dirigeants haut placés.
“Le football italien est entre les mains de dirigeants qui pensent à leurs propres intérêts plutôt qu’au développement du football, balançait-il la semaine passée. On privilégie le recrutement de joueurs âgés plutôt que de jeunes talents parce que cela sert certains intérêts personnels. Je ne vais pas me cacher : ce sont des choses que j’ai toujours dites. Certaines personnes, je les appelle des ‘escrocs’, et ce sont souvent elles qui tiennent les rênes de ce sport. Tant que nous n’aurons pas de dirigeants sérieux, cela restera un problème. Le seul moyen d’acquérir de l’expérience est de jouer : si un footballeur joue peu, son potentiel reste inexploité. Le véritable nœud du problème n’est pas les sélections de jeunes, qui obtiennent au contraire d’excellents résultats, mais la transition vers l’équipe nationale A. Le problème ne dépend pas de la Fédération, mais des choix des clubs. Quel est l’intérêt de recruter un joueur de 39 ans plutôt que de valoriser un jeune issu de son propre centre de formation ? Tant que les clubs italiens ne seront pas dirigés par des responsables sérieux et visionnaires, la situation ne changera pas.”
Heureusement, il y a Roland-Garros…
Droit dans ses bottes, Baldini a ainsi décidé de faire une liste composée de tout son groupe des U21, à de rares exceptions près. Il a par exemple appelé le capitaine Gianluigi Donnarumma, qui l’avait contacté directement pour lui donner sa disponibilité pour ces deux matches amicaux. D’autres avaient déjà débuté avec les A, comme Marco Palestra, Nicolò Pisilli et Pio Esposito.
Au total, 19 joueurs sur 24 ont été convoqués pour la première fois. Alors que les habitués, eux, sont pour la plupart déjà en vacances, les tifosi espèrent qu’ils seront tous rattrapés par la honte lorsque le Mondial ouvrira ses portes jeudi prochain.
En attendant, à défaut du ballon rond, ils peuvent toujours se consoler avec la balle jaune. Même en l’absence du héros national Jannik Sinner, éliminé dès le deuxième tour, le tennis italien a rayonné durant la quinzaine de Roland-Garros : trois joueurs (Arnaldi, Berrettini, Cobolli) en quarts du tableau masculin, un derby – finalement avorté – Arnaldi – Cobolli en demie, la grande finale Cobolli – Zverev attendue ce dimanche, sans oublier le back-to-back de la paire Vavassori – Errani en double mixte… Au moins, cette fois, lorsque les photos de la fête défileront lundi matin, l’Italie pourra dire qu’elle y était.


