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Achat d’un penthouse | Guy Laliberté ne veut plus être au sommet de la ville

Le milliardaire québécois Guy Laliberté ne veut plus du penthouse à 7 millions qu’il avait réservé au sommet de la plus haute tour résidentielle de Montréal.

Face aux délais de livraison engendrés par la déconfiture financière du promoteur du 1 Square Phillips, le Groupe Brivia, le fondateur du Cirque du Soleil s’adresse au tribunal. Il souhaite récupérer les sommes qu’il avait versées jusqu’ici en dépôt.

En tout, c’est plus de 1,1 million que Guy Laliberté réclame, une somme qui, affirme-t-il pièces à l’appui, est détenue chez un notaire, selon les documents consultés par La Presse.

Or, le richissime homme d’affaires ne peut simplement récupérer son dû, puisque Brivia s’est placé à l’abri de ses créanciers en janvier.

À la demande de la Banque de Montréal, la Cour supérieure a alors remis les chantiers du Square Phillips et des Condos Mansfield entre les mains du contrôleur Raymond Chabot, en vertu de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies.

PHOTO JOSIE DESMARAIS, ARCHIVES LA PRESSE

Guy Laliberté, en 2023

À ce moment, Brivia, une propriété du promoteur montréalais Kheng Ly, devait encore livrer 655 condos dans le complexe, dont 421 avaient été prévendus et faisaient l’objet de dépôts. Le but de Raymond Chabot : terminer le chantier au bénéfice des créanciers, y compris des centaines de futurs propriétaires.

Si la phase II du projet n’était alors avancée qu’à 75 %, tout comme les Condos Mansfield, un projet de luxe de 19 étages près du Centre Bell, la phase I du projet Square Phillips, un gratte-ciel de 61 étages abritant 488 appartements, est quant à elle presque terminée.

C’est au sommet de ce gratte-ciel, présenté comme la plus haute tour résidentielle à Montréal, que se trouve un penthouse sur deux niveaux que reluquait Guy Laliberté.

Frustration et atteinte à la réputation

Dès 2023, le fondateur du Cirque a effectué plusieurs dépôts en vue d’acheter le condo et de l’habiter dès sa livraison, alors prévue à la fin de l’année 2024, détaille une requête qui doit être présentée en Cour jeudi.

Or, dans la foulée des difficultés éprouvées par le Groupe Brivia, parmi lesquelles les contrecoups de la pandémie de COVID-19 et la hausse des coûts de construction, cette date n’a cessé d’être repoussée. Jusqu’à ce que le délai de livraison soit échu.

En août dernier, lors d’une visite du condo, Guy Laliberté conclura de lui-même que la plus récente date de livraison avancée par le promoteur ne sera vraisemblablement pas non plus respectée.

Deux mois plus tard, il a écrit à Guido Caso, alors vice-président aux ventes chez Brivia, pour demander la résiliation de sa promesse.

« Vous comprendrez la frustration et l’impact sur mes propres projets, peut-on lire dans la missive produite en Cour. Cette situation compromet directement mes relations d’affaires avec mes sous-traitants et artisans et nuit à ma réputation. »

Ses propres finitions

C’est que Guy Laliberté, reconnu pour ses somptueuses soirées, avait de grands plans pour aménager l’appartement sur deux étages où il souhaitait visiblement pouvoir faire beaucoup de bruit.

Le contrat de vente du condo fait état de négociations avec Brivia pour des ajouts, y compris l’amélioration de l’isolation acoustique du logement et « de la capacité de climatisation et du volume de renouvellement d’air en raison d’une occupation occasionnelle supérieure à la norme ».

Guy Laliberté avait également exigé que l’unité lui soit livrée au plus simple, afin de pouvoir y ajouter ses propres finitions.

Une proche collaboratrice de Guy Laliberté, la vice-présidente de sa firme privée Lune Rouge, Anne Dongois, a fait savoir que ce dernier ne commenterait pas le dossier compte tenu de sa judiciarisation.

D’autres propriétaires déboutés

Guy Laliberté demande en quelque sorte à la Cour de l’autoriser à court-circuiter la restructuration judiciaire de Brivia pour récupérer son dépôt. Il plaide notamment que sa demande de résiliation, présentée en octobre, prédatait la déconfiture du promoteur.

Or, le succès de sa démarche est loin d’être acquis.

Le 19 mai dernier, le juge de la Cour supérieure Michel A. Pinsonnault, qui chapeaute la restructuration judiciaire de Brivia, a rejeté sommairement une demande d’un avocat représentant 171 propriétaires de la phase I du Square Phillips. Ceux-ci réclamaient alors de pouvoir résilier unilatéralement les contrats les liant à Brivia dans le but d’obtenir le remboursement intégral de leurs acomptes.

Une conclusion aux conséquences potentiellement « catastrophiques » qui plongerait « dans l’incertitude, voire l’inconnu » le processus de redressement en cours et la livraison ultime des appartements, s’inquiétait le magistrat.

Il concluait également qu’accorder cette permission aurait eu pour effet de « court-circuiter complètement, pour ne pas dire torpiller » le processus de réclamation mis en place pour ces propriétaires par le contrôleur Raymond Chabot.

Dans son plus récent rapport aux créanciers, la firme se dit d’ailleurs opposée à la requête du fondateur du Cirque, comme à toute autre demande du genre.

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