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Nouveau-né abandonné: le policier aurait offert à la mère d’appeler une ambulance

C’est justement le fait qu’il n’ait pas appelé une ambulance qui a mené le Commissaire à la déontologie policière à citer ce policier devant le tribunal en soutenant que l’agent Blanchette ne se serait pas comporté de manière à préserver la confiance et la considération que ses fonctions requièrent «en omettant de faire preuve de diligence relativement à l’état de santé» de la dame, peut-on lire dans la citation à comparaître.

Dans son témoignage livré au palais de justice de Trois-Rivières lundi après-midi, le policier, qui compte maintenant trois ans d’ancienneté, a raconté avoir même expliqué à la dame en situation d’itinérance que les ambulanciers pouvaient venir évaluer sa situation et qu’elle aurait toujours le droit de signer un refus de transport. Elle n’aurait rien voulu savoir et le policier lui aurait dit: «Je respecte ta décision», tout en lui indiquant qu’il allait aller se stationner plus loin et qu’elle pourrait lui parler si elle voulait. Il la connaissait bien. Il l’appelait même par son nom.

Il a affirmé être intervenu auprès d’elle à «quatre ou cinq reprises» en un an et demi. Chaque fois, c’était pour des interventions de «personne indésirable» dans le jargon policier, alors qu’en état de consommation et souffrant de problèmes de santé mentale, elle pouvait crier dans des endroits publics.

«D’ailleurs, cette journée-là, j’ai trouvé qu’elle allait bien. Elle écoutait. On avait un semblant de discussion», a raconté l’agent Kevin Blanchette.

Toujours selon son témoignage, la dame n’aurait pas semblé vouloir de son aide, puisqu’elle lui aurait lancé à son arrivée: «Qu’est-ce que tu veux? Décrisse!» et «Va chier!», plus tard.

L’agent a témoigné que la dame lui avait mentionné avoir mal au ventre, et, quand il l’a questionnée sur ce mal de ventre, elle lui a répondu: «C’est ça être une femme». Stationné plus loin avec un visuel sur elle et la fenêtre baissée, il l’a observée pendant 10 à 15 minutes, avant de quitter.

Vidéo à l’appui

L’intervention du policier, sans son, a été captée par une caméra de surveillance d’une voisine du parc Victoria, où l’intervention s’est déroulée. L’intégralité de la vidéo a d’ailleurs été visionnée en salle de cour.

Pendant 25 minutes, on voit la femme majoritairement être assise sur le banc dans l’abri d’autobus, mais aussi se lever et se rasseoir à plusieurs reprises, s’accroupir, faire les cent pas et marcher penchée vers l’avant ou en se tenant le dos.

«Pour moi, ce que je voyais, c’était un comportement normal pour elle. C’est-à-dire quand on avait affaire à elle», a raconté le policier.

À 15h07, moins d’une heure après avoir quitté les lieux, l’agent Blanchette, qui patrouillait en solo cette journée-là dans le secteur du centre-ville, a reçu un autre appel concernant une dame qui avait accouché dans la rue, à environ 200 mètres du parc.

«Juste avec ces détails-là, je savais que c’était [elle]», a-t-il témoigné.

Il a même raconté qu’en se rendant à l’angle des rues Royale et Bureau, il a tout de suite expliqué la situation à ses collègues sur les ondes. «Mes collègues ne le croyaient pas!» a-t-il dit.

Kevin Blanchette a porté assistance à un couple qui avait été témoin de l’accouchement dans la rue et s’est occupé du nouveau-né laissé sur le trottoir. L’agent Blanchette s’est rendu à l’hôpital et n’a quitté que vers 17h30, une fois l’état de santé du bébé stabilisé.

Témoignages de trois citoyens

Pendant l’audience de l’agent Blanchette devant le Tribunal administratif de déontologie policière, trois voisins du parc Victoria ont témoigné, dont Jessica Paquin, qui est aussi à l’origine de la plainte en déontologie policière. Elle affirme avoir fait cette démarche «pour que les policiers puissent avoir plus d’aide, exemple des personnes qui sont habituées avec les personnes itinérantes: des travailleurs sociaux» et non pas pour rejeter la faute directement sur le policier.

Ce n’est qu’après la médiatisation de l’histoire du nouveau-né abandonné dans la rue qu’elle et sa voisine Sandra Paillé ont fait le lien avec l’intervention dans le parc Victoria en après-midi le 1er janvier 2025. Sandra Paillé a ensuite retracé la vidéo de sa caméra de surveillance qui avait tout capté.

Lors de son appel au 911, qui a été écouté en cour, Jessica Paquin parlait d’une dame qui avait besoin d’aide parce qu’elle criait et avait fait ses besoins dans l’abri d’autobus. L’appel avait d’ailleurs été répertorié sous un code de «personne indésirable».

Le conjoint de Jessica Paquin, qui a observé l’intervention policière de son balcon, a témoigné que l’agent avait fait une intervention «calme et polie». Questionné à savoir s’il aurait pu dire que la dame était enceinte, Dany Simoneau a répondu: «Non». En cour, il a été mentionné à plusieurs reprises, par ce témoin et le policier, que la dame était «corpulente» et portait une veste de laine.

Sans qu’elle témoigne, une déclaration de Karine Dahan, directrice générale du Centre Le Havre, un organisme communautaire pour personne en situation d’itinérance, a été déposée en cour. Karine Dahan y souligne que la femme en situation d’itinérance est connue des services depuis une dizaine d’années, que depuis le 15 décembre 2024, elle dormait à la Halte-Douceur de l’organisme Point de rue et qu’elle y avait passé la nuit avant les événements.

«Madame ne savait pas qu’elle était enceinte ni les gens de l’organisme», a écrit Karine Dahan.

La preuve des deux parties est maintenant close. Les représentations des avocats se tiendront mardi matin au palais de justice de Trois-Rivières.

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