Idées | L’indépendance comme projet politique

Face à la marchandisation du monde qui fragilise les nations et les institutions démocratiques, l’indépendance du Québec s’impose comme un levier d’émancipation indispensable. Posons d’emblée quelques jalons. L’acte de faire un pays est en soi un acte révolutionnaire. Il ne répond aux diktats ni d’une certaine droite qui affirme que la prochaine révolution au Québec sera conservatrice, ni de ceux qui souhaiteraient qu’on règle tous les problèmes d’inégalités avant de créer une entité distincte.
Briser les frontières héritées du colonialisme, comme tous les pays créés dans la foulée des luttes anticoloniales, relève de cette logique révolutionnaire. La construction du Québec peut puiser dans ses acquis démocratiques en prolongeant les travaux de la Révolution tranquille. Notre histoire accélérée s’est inscrite dans la déconfessionnalisation des mœurs, de l’institution de la famille au système d’éducation, et, plus largement, dans la confection du modèle québécois. Si la droite conservatrice s’approprie de plus en plus le narratif de la souveraineté québécoise, la gauche plurielle doit, elle aussi, entrer dans l’arène discursive. Les progressistes indépendantistes ne peuvent se soumettre aux seuls véhicules que sont le Parti québécois et Québec solidaire.
Le Québec est riche. Cet état de fait peut favoriser le confort et l’indifférence à l’égard des frontières et du pouvoir existant tout en générant la peur que certains acquis se perdent. Il peut aussi être un atout pour envisager sereinement l’acte d’indépendance. En effet, selon la littérature, un Québec indépendant occuperait le 21e rang des 38 pays de l’OCDE en fonction de son produit intérieur brut (PIB) par habitant. De façon plus globale, il occuperait le 32e rang sur les 193 pays pour lesquels nous avons des données comparatives. Il pourrait se mesurer à des pays comme le Portugal ou la Nouvelle-Zélande. Si nous sommes collectivement riches, la question qui se posera sera celle de la redistribution.
L’État-nation, bien que conceptuellement imparfait, reste le meilleur rempart contre la déréglementation des GAFAM et promeut le droit au travail où les règles sont circonscrites par l’Organisation internationale du travail. Nous voyons ainsi cinq chantiers prioritaires.
Exister à l’international. Faire partie du concert des nations. Négocier, dans l’intérêt du Québec, les accords de libre-échange. S’attaquer (pour vrai) aux paradis fiscaux, dossier laissé actuellement à Ottawa. Négocier. Intervenir. Être.
Concevoir nos politiques d’immigration. La capacité d’accueil n’est pas un concept chimérique, pas plus qu’elle doit être brandie tel un épouvantail ; elle constitue ce pouvoir de choisir notre dessein.
Faire pays, c’est exister en dehors des attentes de Donald Trump. Ne pas répondre par un va-tout à la militarisation et à l’exploitation du pétrole. Notre position géopolitique ne justifie pas cet engouement subi alors que nos infrastructures ont plus que besoin d’amour et de maintien, de rafraîchissement et d’innovation durable.
Faire de l’environnement une véritable priorité. Rappelons-nous la manifestation pour le climat du 27 septembre 2019 à Montréal : 500 000 personnes sont descendues dans la rue. Il s’agit de la plus grande manifestation populaire à ce jour au Québec. Refusons les solutions faciles du pétrole et du gaz. Faisons des choix et réfléchissons en fonction du long terme, en dehors de la logique de réélection des partis politiques. Quel développement souhaitons-nous ? Hydro, très bien, et l’éolien ? Surtout, ne pas privatiser. Nous avons les capacités de réfléchir autrement. Donnons-nous les moyens de parfaire cette réflexion pour la poser en action.
Rétablir le dialogue social. Posons un regard lucide et solidaire sur nos finances publiques. Quelle place voulons-nous faire à l’économie sociale ? Quelle place pour le communautaire ? pour le patronat ? pour les syndicats ? Comment établir un dialogue sain et ouvert entre ces forces politiques ?
Un dialogue sain passe aussi par une relation d’égal à égal entre les nations autochtones et la nation québécoise. Comment faire société dans ce nouveau pays ? Comment établir les bases sur lesquelles pourrait reposer un nouveau contrat social ?
Un dialogue sain permet à la population d’être adéquatement représentée par ses institutions politiques, notamment par une constitution où elle est partie prenante, par un mode de scrutin plus représentatif et par une séparation des pouvoirs.
La gestion exclusive de nos impôts nous amènera à réfléchir à ces questions dans l’optique d’une gouvernance transparente.
Miser sur une économie performante, résiliente, qui nous ressemble. Quel genre de développement souhaitons-nous ? Quelle réalité pour nos régions ? Quelle redistribution de la richesse ? Notre économie repose sur la vitalité de nos PME. Ces mêmes PME génèrent plus de 50 % du PIB du Québec. Peut-être faudrait-il en tenir compte dans un allègement bureaucratique ? Faciliter leur quotidien sans jamais fléchir sur nos engagements en matière de santé et sécurité, d’environnement et de promotion du fait français.
Le monde du travail est en transformation avec le développement de l’intelligence artificielle (IA). Souhaitons-nous que l’IA remplace la main-d’œuvre corvéable ? Comment assurer cette transition ? Est-ce cela que nous voulons ?
Ancrer la culture au quotidien. La langue française est notre liant social. Elle est aussi une fierté à transmettre. Elle nous distingue de l’anglosphère. Notre vivre-ensemble est laïque, sans hésitation, comme la force de notre histoire. L’interculturalisme québécois se distingue du multiculturalisme à la canadienne.
Il est plus que temps de décider par nous-mêmes, d’accueillir et de construire. Voilà déjà quelques chantiers de réflexion en attendant la prochaine fois.




