Le parcours contrasté de La Fayette, héros aux États-Unis et figure entourée d’ambiguïtés en France, présenté dans une exposition à Paris

Parce que son action militaire et diplomatique a contribué à l’indépendance américaine, Gilbert Du Motier de La Fayette (1757-1834) s’est hissé sur un piédestal aux États-Unis, mais, vu de France, son rôle dans les révolutions de 1789 et de 1830 vaut au personnage d’être beaucoup plus discuté. C’est en étudiant cette dichotomie et en illustrant les incessantes campagnes enthousiastes ou hostiles dont il fit l’objet que les Archives nationales retracent une carrière étirée sur plus de quatre décennies.
Revenu d’Amérique auréolé de gloire, La Fayette est au sommet de son influence durant les deux premières années de la Révolution. Mais, dès 1790, ce partisan d’un régime constitutionnel qui concilie l’ordre et la liberté est attaqué sur sa droite comme sur sa gauche : les royalistes lui reprochent son inaction lors des journées des 5 et 6 octobre 1789, marquées par l’invasion du château de Versailles ; d’autres le vilipendent comme aristocrate et républicain de façade.
Une popularité mise à mal en France
Alors que son portrait, reproduit par milliers sur des sabres, des éventails ou des médailles, connaît une diffusion sans précédent, des publications et des gravures s’emploient à saper sa popularité. On raille le m’as-tu-vu ou le traître à la nation ; on relaie ses prétendues « soirées amoureuses » avec Marie-Antoinette, on le croque en coq courtisan, en singe fanfaronnant… Les calomnies participent au retournement de l’opinion et au déclenchement des violences populaires.
En août 1792, après la prise des Tuileries, le marquis fuit à l’étranger. Arrêté dans les Pays-Bas autrichiens, il passera cinq ans en captivité et ne pourra rentrer en France qu’en 1799. En déroulant sa trajectoire jusqu’à la fin de sa vie, en 1834, l’exposition montre comment cet homme fut continuellement ballotté par un flot d’images contradictoires et tour à tour bénéficiaire ou victime d’un phénomène dont les Archives nationales nous rappellent qu’il n’est pas une invention récente, mais puise ses racines au XVIIIe siècle : la culture de la célébrité. La Fayette, qui s’est efforcé de maîtriser sa légende, y apparaît aussi comme l’un des premiers hommes politiques modernes à avoir compris l’importance de l’opinion publique et des médias dans la construction de la notoriété.
À noter :
La Fayette entre France et Amérique. Histoire et légende, Archives nationales, Paris (3e), du 1er avril au 14 juillet.




