Après une cavale de près de trois mois | Le fugitif Jean-François Malo arrêté en Martinique

Jean-François Malo, coupable d’avoir commandé un attentat contre un avocat en 2020, a été arrêté en Martinique. Il était en cavale à l’extérieur du Canada depuis près de trois mois – et était l’un des fugitifs les plus recherchés du Québec.
Publié le
30 déc. 2025
C’est ce que confirment des informations reçues par La Presse, mardi.
« Nous sommes à valider des informations reçues en lien avec cette personne », a indiqué la sergente Éloïse Cossette, porte-parole de la Sûreté du Québec (SQ). Elle ajoute que la SQ ne peut commenter publiquement pour le moment.
Selon nos informations, Malo a été appréhendé à son arrivée à l’aéroport en Martinique, dans ce département d’outre-mer français situé dans les Antilles.
« Lorsqu’un Canadien recherché par le Canada est localisé à l’étranger, des démarches d’extradition peuvent être entreprises. Ce processus est toutefois confidentiel », ajoute le service policier.
Fin octobre, l’ex-promoteur immobilier originaire de Joliette avait été condamné à cinq ans de prison par le juge Denys Noël, au palais de justice de Longueuil. Il était toutefois absent lorsque la sentence du juge a été prononcée, déjà hors du pays.
Pour se venger de Nicholas Daudelin, un avocat de Desjardins – aujourd’hui juge à la Cour du Québec –, Jean-François Malo a ordonné à deux hommes de main de l’attaquer. Le 26 mars 2020, ceux-ci lui ont tiré dessus dans sa résidence, le blessant à une jambe.
Des lettres pour sa sécurité
Au cours du processus judiciaire, Malo a pris la fuite, alors qu’il devait témoigner sur la peine. Pendant sa cavale, il a personnellement écrit deux courriels au juge Noël, disant avoir besoin d’aide et carrément craindre pour sa vie.
« Je suis fatigué, je suis brisé, monsieur le juge. Peu importe ce que vous pensez de moi, personne ne mérite ce qui m’arrive. La situation est plus que très grave », avait notamment mentionné le criminel dans un premier courriel.
Le contenu de la deuxième missive était confidentiel avant que les protestations de plusieurs médias, dont La Presse, ne poussent le magistrat à la publier. « Il en va de sa sécurité que des informations ne soient pas rendues publiques », avait initialement justifié le juge.
Dans sa deuxième lettre, Jean-François Malo affirme être victime depuis un « bon moment » d’intimidation et d’extorsion de la part des Hells Angels. L’homme de 47 ans ajoute qu’une personne a cogné chez lui pour lui « lancer un message ».
Il prétend également qu’un individu s’est associé avec des gangs de rue pour l’intimider et lui extorquer 4 millions de dollars.
À la fin d’août, une luxueuse Maserati a justement été la proie des flammes dans son garage, à Joliette. « On m’a clairement expliqué qu’à défaut de payer, je vivrai d’autres évènements comme le feu à la résidence et pire encore qu’on s’en prendrait à ma personne ainsi qu’à ma vie », a témoigné Malo dans sa lettre.
Cause en appel
La peine de cinq ans imposée à Jean-François Malo est portée en appel par la Couronne, notamment car le juge estime que sa fuite du Canada était « justifiée ».
Celle-ci réclamait de 10 à 12 ans de pénitencier pour le coupable en raison des nombreux facteurs aggravants, dont le fait que l’agression visait un officier de justice. De plus, comme Malo est l’instigateur de l’attaque, il méritait une peine plus sévère que celle imposée à ses complices (9 et 10 ans), selon le ministère public. Le juge n’était pas du même avis.
Le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) reproche au juge Noël d’avoir commis de nombreuses erreurs.
Par exemple, il a considéré comme un facteur atténuant le fait que Malo a respecté ses conditions de mise en liberté pendant des années. Pourtant, il fuyait la justice depuis des jours.
Également parmi les points qui font débat, dans son rapport à la Cour commandé par la défense, la criminologue Marie-Hélène Belley a soutenu que « M. Malo reconnaît la souffrance que ces personnes ont vécue même s’il maintient ne pas en être responsable ». Celui-ci a porté sa culpabilité en appel au printemps, en plus de n’exprimer aucun remords publiquement.
« [Malo] a du mal à concevoir que, rationnellement, Nicholas Daudelin puisse avoir peur à ce point de lui », indiquait le rapport, qui était extrêmement favorable à Malo et qui constituait un contraste important avec l’analyse du Tribunal.
Avant son arrestation en Martinique, Jean-François Malo était visé par un mandat d’arrêt pancanadien, et faisait partie de la liste des fugitifs québécois les plus recherchés.
Avec la collaboration de Louis-Samuel Perron et de Daniel Renaud, La Presse




