1953-2026 | Le monde culturel rend hommage à Franco Nuovo

Les hommages ont afflué, lundi, au lendemain de la mort subite (d’une crise cardiaque) de l’animateur et journaliste culturel Franco Nuovo. Son départ soudain, à 72 ans, laisse une profonde onde de choc dans le paysage médiatique québécois.
Publié à
12 h 49
Tristes, secoués, amis, artistes et collègues de la grande boîte de Radio-Canada, où Nuovo collaborait depuis 1992, se sont succédé sur les ondes d’ICI Première pour témoigner de leur peine.
« C’est un grand choc, parce que, dimanche matin, j’ai dit au moins quatre fois pendant l’émission qu’il sera de retour la semaine prochaine », a souligné Catherine Perrin au Téléjournal, à l’annonce de la mort de l’animateur, quelques heures après l’avoir remplacé au micro.
« Franco avait ceci en commun avec René Homier-Roy : l’amour de la culture était resté très vivant en eux. Jusqu’à la dernière minute », a ajouté Perrin à propos de ces deux animateurs vedettes à Radio-Canada.
Lundi, toute la première heure de l’émission Pénélope, sur ICI Première, a été consacrée au départ du critique de La bande des quatre. Très émue, Pénélope McQuade a dit que « Franco était quelqu’un d’exceptionnel, un monstre de la culture, qui mérite tous ces hommages ». « Mon cœur me serre, il est gorgé de peine et d’amour et de la peur du manque qui va venir le pétrir encore plus ces prochains jours. »
PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE
Franco Nuovo au lancement de la série radio sur son ami Pierre Bourgault, avec la réalisatrice Marie-Claude Beaucage
Tour à tour, on a entendu des collègues à son micro ; ainsi que des acteurs comme Sébastien Ricard et Pascale Bussières parler de sa bienveillance, de sa gentillesse, de sa magie…
« Une mémoire qui s’éteint »
« Franco était un amoureux et un témoin de la culture québécoise depuis plus de 50 ans. C’est une mémoire du Québec artistique qui s’éteint, des débuts de Luc Plamondon et de Diane Dufresne à nos jours », a confié Nathalie Petrowski, en entrevue avec La Presse.
L’ex-journaliste de La Presse a connu Franco Nuovo à l’âge de 11 ans. Tous les deux fréquentaient le même collège à Montréal. Leurs chemins professionnels se sont toujours croisés par la suite, du Journal de Montréal à Pénélope en passant par Six dans la cité.
Pour moi, il y a deux Franco. Le journaliste des débuts, fougueux, solitaire et opportuniste dans le bon sens du terme. Celui qui voulait le scoop et sautait sur la primeur… quitte à se faire des ennemis. Puis, il y a Franco de la radio, plus sage, plus doux, plus aimant, et qui aimait vraiment travailler en équipe.
Nathalie Petrowski, en entrevue
Une équipe solidaire
« Qui va me dessiner un dimanche, si tu n’es plus là pour le faire ? », a écrit l’auteur Josélito Michaud sur Facebook. Michaud a aussi souligné la grande qualité que Nuovo avait de rassembler des gens autour de lui : « [Il avait] la volonté de faire de son équipe son noyau. Sa famille d’adoption. Je n’ai jamais vu une équipe aussi solidaire », a-t-il ajouté en se rappelant son passage à son émission, en septembre dernier.
PHOTO ROBERT MAILLOUX, ARCHIVES LA PRESSE
Patrick Masbourian, Élaine Ayotte, Franco Nuovo, Christiane Charette, Rebecca Makonnen et Catherine Pépin, au lancement de la saison à Radio-Canada, en 2008
Le chroniqueur de La Presse Stéphane Laporte a partagé un message touchant sur Facebook, en parlant du « workaholisme fainéant », de l’« autodérision taquine », du « doute confiant » et de la « distraction attentionnée » de l’animateur radio-canadien. Et de conclure : « Le 1er février, après quatre heures d’émission, Franco a dit au revoir aux auditeurs. On est tous restés assis à nos places, toute sa bande, autour de lui dans le studio, comme tous les dimanches. L’équipe en régie est venue nous rejoindre. On ne pouvait jamais se quitter tout de suite. Fallait continuer à se jaser, à se faire rire, à se relancer. Pendant une heure, parfois deux. On voulait prolonger notre temps avec Franco. On sentait déjà que c’était précieux. Maintenant, on sait douloureusement à quel point. »
PHOTO JOSIE DESMARAIS, ARCHIVES LA PRESSE
Franco Nuovo à la cérémonie nationale pour Jean-Pierre Ferland en juin 2024
L’élégance et le sourire dans la voix
Le critique de cinéma et chroniqueur à Radio-Canada Michel Coulombe a écrit que « Franco était l’élégance même, sans malice, brillant, drôle et adepte de l’autodérision. Et cinéphile, bien évidemment. Il a fait une longue carrière au Journal de Montréal, participé à plusieurs émissions en tant que chroniqueur et en a animé autant avec ce style décontracté et cet humour dans la voix qui faisaient son charme ».
Son ex-conjointe et collègue au Journal de Montréal, Marie Plourde, a aussi écrit qu’il avait « l’âme élégante et le cœur festif ». Et qu’elle va se souvenir de lui en écoutant la fameuse chanson de Nicole Croisille : « Il était gai et comme un Italien quand il sait qu’il aura de l’amour et du vin… »
Sa voix et son rire vont nous manquer.


