Facteur A | On sera cynique une autre fois

L’émission Facteur A de Radio-Canada, où 25 personnes autistes posent des questions hyper franches et senties à des vedettes québécoises, représente l’antidote parfait au cynisme ambiant, à la froideur de l’hiver et à tous les cœurs de pierre, qui fendront, crac, d’un coup sec, au premier visionnement.
Publié à
6 h 00
Parce que cette nouvelle production, qui démarre samedi à 20 h sur les ondes de Radio-Canada, est charmante, chaleureuse, drôle, émouvante et vraie, ce qui s’avère de plus en plus rare dans notre merveilleux monde de la télé, un univers souvent enrobé de faux et d’hypocrisie. Mais pas dans Facteur A, qui signifie autant facteur autiste que facteur authentique ou facteur attendrissant.
Le concept de Facteur A, acheté à la chaîne publique France 2, est d’une simplicité désarmante. Réunies en cercle dans l’atrium de la Maison de Radio-Canada à Montréal, 25 personnes vivant avec un trouble du spectre de l’autisme (TSA) mènent une entrevue « journalistique » avec une personnalité connue comme Patrick Huard, Roxane Bruneau, Marina Orsini, Claude Legault ou Suzanne Clément.
PHOTO FOURNIE PAR RADIO-CANADA
Marina Orsini a répondu aux questions des intervieweurs de Facteur A.
Le premier épisode montre la rencontre étonnante entre le conteur Fred Pellerin et les 25 intervieweurs atypiques de Facteur A, qui l’interrogent sans aucun filtre ni tabou. Précision : les questions ont été imaginées et rédigées par les 25 participants autistes, qui y mettent tout leur cœur et toute leur vulnérabilité.
Ça donne parfois des moments cocasses, notamment quand Fred Pellerin se fait demander s’il a déjà menti, s’il a déjà songé à s’inscrire à La voix ou s’il raconte ses histoires uniquement pour faire de l’argent.
Sans arrière-pensée, les participants plongent dans des sujets plus profonds : ton père te manque-t-il ? Qu’est-ce qui te fait le plus peur dans la mort ? Pourquoi ta fille aînée a-t-elle fréquenté un pensionnat ?
Avec un journaliste « professionnel », Fred Pellerin aurait probablement refusé de répondre à des questions aussi personnelles et pointues à propos de sa progéniture. Mais il a devant lui des gens dénués de malice et de méchanceté, seulement motivés par leur curiosité. Alors Fred Pellerin se livre généreusement, il explique d’où viennent les prénoms de ses trois enfants, Marie-Fée, Marie-Neige et Marius.
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Patrick Huard a été très touché lors de son passage à Facteur A.
Et est-ce que Babine avait un TSA ? C’est une excellente question. Et très pertinente venant d’un jeune homme autiste, qui avoue à Fred Pellerin qu’il aurait aimé connaître ce célèbre personnage incarné par Vincent-Guillaume Otis au cinéma.
As-tu déjà fait de la coke ? se fera demander Suzanne Clément dans l’épisode du 31 janvier. Marina Orsini a-t-elle couché avec Roy Dupuis pendant le tournage des Filles de Caleb ? Réponse le samedi 7 mars à 20 h. Les invités ont toujours le droit d’esquiver certaines questions trop osées, mais personne ne se défile.
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Suzanne Clément à Facteur A
En France, le président Emmanuel Macron s’est prêté à l’exercice, tout comme l’actrice Camille Cottin, la chanteuse Angèle et la comédienne Marion Cotillard.
Mardi midi, l’acteur et réalisateur Patrick Huard a eu la voix étranglée et a pleuré en se remémorant son passage à Facteur A, que vous verrez le samedi 28 février à 20 h. « Les intervieweurs sont personnellement investis dans chacune de leurs questions et ils se rendent vulnérables en te les posant. Ça fait vraiment du bien de voir, dans l’époque actuelle, que les humains sont capables de choses formidables », se souvient Patrick Huard.
Ce type d’émission aurait pu sombrer dans la bienveillance de façade et l’infantilisation des participants. Mais ce n’est pas le cas. Les entretiens de Facteur A dégagent beaucoup de vérité, de sincérité et de beauté.
L’artiste interrogé doit également s’adapter au rythme, au ton et aux particularités de chacune des 25 personnes autistes qui le regardent avec admiration. Doit-il leur serrer la main ? Les prendre dans ses bras ? Leur faire la bise ? Ne pas les toucher ? L’adaptation se fait en douceur et dans le respect.
Quand trois des 25 intervieweurs, qui jouent respectivement du piano, de la guitare et de la trompette, reprennent Tenir debout de Fred Pellerin devant lui, c’est difficile de ne pas avoir les yeux dans l’eau. Parce que oui, il y a de petites performances musicales dans les épisodes, qui vont du rap au slam. Le tout est présenté sans prétention, mais avec beaucoup de cœur.
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Les intervieweurs de Facteur A sont réunis en cercle dans l’atrium de la Maison de Radio-Canada à Montréal.
Et qui sont ces 25 participants autistes ? Ils ont été recrutés dans des organismes d’aide de la grande région de Montréal. Ils ont entre 16 et 66 ans et vous les reconnaîtrez – et vous vous attacherez à eux – au fil des six épisodes de Facteur A, qui prennent trois heures à tourner. Certains éprouvent des difficultés d’élocution, d’autres portent des coquilles antibruit. La plupart vivent encore chez leurs parents et n’ont jamais travaillé.
C’est d’autant plus réjouissant d’apprendre qu’ils ont été payés 800 $ pour chacune de leurs apparitions à la télé, leur premier vrai salaire, pour la plupart.
Personne ne râlera ici que l’argent de nos impôts a été gaspillé. Il a rendu fiers et utiles des gens que la télé ne montre jamais et ça, c’est joli et réconfortant.




