France | Les agriculteurs bravent les interdictions de barrages et se dirigent vers Paris

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(Toulouse) À renfort de tracteurs, fumier et bottes de paille, des agriculteurs français ont érigé une dizaine de barrages mercredi sur les principaux axes autour de Toulouse (Sud-Ouest), bravant par des températures négatives les interdictions de manifester, pendant que d’autres s’acheminent vers Paris pour « sauver l’agriculture française ».
Publié hier à
8 h 51
Épizootie de dermatose bovine (DNC), cours du blé et prix élevé des engrais, menace d’une concurrence accrue des pays latino-américains… « tant qu’on n’aura pas de réponse », les agriculteurs maintiendront la pression sur Paris et Bruxelles, a déclaré à l’AFP Lionel Candelon, président de la Chambre d’agriculture du Gers, un département du Sud-Ouest, et membre de la direction nationale du syndicat agricole Coordination rurale (CR).
Alors que les ministres de l’Agriculture des Vingt-Sept pays européens sont attendus à Bruxelles dans l’après-midi pour répondre aux préoccupations du monde agricole avant la signature de l’accord avec le Mercosur prévue le 12 janvier, des dizaines de tracteurs sont lancés vers Paris pour y entrer jeudi, en provenance de plusieurs départements, surtout du Sud-Ouest, épicentre de la contestation depuis décembre.
Au moins quatre tracteurs ont forcé un barrage de gendarmerie dans les Yvelines, à l’ouest de la capitale, touchant un véhicule des forces de l’ordre pour ensuite prendre la direction de Paris mercredi matin, ont indiqué à l’AFP des sources concordantes.
« On est très étonnés d’un tel déploiement de moyens parce qu’on a dit que la manifestation était pacifique », a déclaré le président de la CR Bertrand Venteau sur la radio publique France Inter. « Même en sous-marin par la Seine, on va y arriver. On aura peut-être perdu des troupes, mais on arrivera dans Paris sur des lieux symboliques pour porter nos doléances », a-t-il ajouté.
« Guerre d’usure »
« C’est une guerre d’usure. On est déterminés à faire le nécessaire pour avoir des réponses et être entendus », a lancé depuis un cortège à l’ouest de Toulouse Pierre Solana, éleveur du Gers de 37 ans, après que le premier ministre Sébastien Lecornu a promis mardi à la FNSEA, première organisation du secteur, des annonces d’ici la fin de semaine.
Après son entretien avec M. Lecornu, le patron de la FNSEA Arnaud Rousseau a répété mardi soir que l’accord UE-Mercosur représentait « le symbole de ce que nous ne voulons pas pour l’agriculture européenne ».
Arrêtés d’interdiction
Le préfet de l’Occitanie et de Haute-Garonne (Sud-Ouest), Pierre-André Durand, avait pris en amont de cette mobilisation plusieurs arrêtés d’interdiction, notamment en raison du « risque de troubles à l’ordre public », comme dans une vaste majorité des régions françaises.
« C’est une honte, c’est une dictature », s’est insurgé Eric Massou, un responsable de la CR 31, bloqué par les gendarmes avec une douzaine de tracteurs sur l’autoroute A68. « On voulait faire un barrage filtrant. Et puis les gendarmes ont bloqué totalement l’autoroute pour nous et pour les usagers. »
Des manifestants étant parvenus à rejoindre le périphérique toulousain y ont déversé du fumier sur la chaussée et allumé un feu, bloquant entièrement la circulation à l’aube, à hauteur de Balma (est de Toulouse), entraînant d’importantes perturbations jusque sur l’A61 au sud-est de l’agglomération.
Des barrages ont également été érigés sur l’A64, où les agriculteurs de Haute-Garonne tiennent notamment une portion d’autoroute depuis décembre à hauteur de Carbonne.
« C’est un ras-le-bol total », lance Enzo, agriculteur des JA sur le barrage de l’A68. Évoquant Mercosur et DNC, il dénonce : « On nous a fait beaucoup de promesses, visiblement maintenant plus personne ne nous écoute. »
À cause de la DNC, les vaches seront absentes du Salon de l’agriculture et des concours, ont par ailleurs annoncé mercredi les organisateurs du Salon, qui espèrent encore une présence « limitée et symbolique » de bovins.



