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Départ de Geneviève Guilbault | Une étoile qui s’est consumée

Geneviève Guilbault incarne le destin de la CAQ et de l’ère Legault. Son élection en 2017 en a marqué l’ascension, et son départ à la fin de son mandat laisse présager le début de la chute.


Publié à
5 h 00

La Coalition se désassemble. Après Pierre Fitzgibbon, Christian Dubé et François Legault, c’est maintenant Mme Guilbault qui se prépare à tourner la page. Le gouvernement aura ainsi perdu son superministre, son ministre le plus populaire, son premier ministre et son ex-vice-première ministre.

On oublie à quel point la politique est un théâtre de coïncidences et d’accidents de l’histoire. En septembre 2017, elle n’était pas censée devenir candidate. Mais à la mi-campagne, la partielle dans Louis-Hébert, à Québec, avait donné lieu à un double K.-O. : les candidats libéral et caquiste avaient tous deux dû se désister à cause de controverses éthiques.

Le chef Legault a donc appelé en renfort cette femme de 34 ans qui était enceinte. Elle a accepté le défi et gagné de façon éclatante. La CAQ était lancée. Une année plus tard, elle prenait le pouvoir.

Mme Guilbault est un talent politique rare qui divise. Ses qualités sont comme ses défauts : intenses et uniques.

Elle s’est d’abord fait connaître comme porte-parole du Bureau du coroner, lors des tragédies du Lac-Mégantic en 2013 puis de L’Isle-Verte en 2014. Elle était d’un calme rassurant. Elle maîtrisait ses émotions, comme l’exigeait la fonction. Mais en politique, elle n’a jamais semblé les montrer non plus.

Elle a fait ses premiers pas au Parti libéral du Québec, sous le ministre de la Sécurité publique Jacques Dupuis. Ce n’est pas une idéologue. On lui connaît seulement quelques inclinations : un penchant pour la droite économique et une antipathie pour les péquistes. Cela en faisait alors une chouchoute des ex-adéquistes et des radios privées de Québec.

Peu après la victoire caquiste de 2018, elle incarne – avec Simon Jolin-Barrette – l’avenir de la CAQ. On suppute déjà sur leur destin, ce qui installe une rivalité entre eux. Quand elle se posera peu subtilement comme celle qui succédera à M. Legault, on lui enverra des rappels à l’ordre.

La suite sera en effet plus difficile que prévu. Mme Guilbault a un style inimitable. Son cerveau est un ordinateur ultra-puissant dans lequel on n’a pas mis assez de données.

Ses capacités cognitives sont impressionnantes – elle peut mémoriser par cœur un texte après une ou deux lectures. Mais chez ceux qui ont travaillé avec elle, un même regret revient – elle ne fouille pas ses sujets en profondeur.

C’est une redoutable communicatrice, capable de défendre toutes les positions, comme avec le troisième lien. Mais avant la politique, elle n’a pas acquis d’expertise dans un sujet particulier. La bouchée était grande pour gérer des dossiers complexes – on l’a vu avec SAAQclic. Le fiasco ne venait pas d’elle, mais elle n’a pas réussi à le détecter et y mettre fin.

Elle excellait dans la joute politique, mais donnait l’impression que ce n’était qu’un jeu. En 2023, elle s’était amusée lors de l’étude des crédits parlementaires à relever un défi : insérer des mots comme « bourgade », « croquignolesque » et « wintérisation ».

Dans le caucus caquiste, personne n’avait autant d’ennemis. Ceux qui la contredisaient en payaient le prix. Avec le maire de Québec Régis Labeaume, par exemple, il y a eu des flammèches – il l’a qualifiée de « prétentieuse et mesquine ». J’ai entendu pire, et souvent de la part de ses collègues en privé.

Je ne me souviens pas d’une ministre qui a congédié ou incité à partir autant de chefs de cabinet – au moins quatre. Chez les employés politiques aussi, le roulement était anormalement élevé. Mais on demeurait prudent, par crainte de représailles, et dans l’espoir qu’elle se désiste d’elle-même.

Le scénario d’un départ annoncé si tôt constitue toutefois une surprise. Le dernier clou dans son cercueil est le « préavis » de mauvaise conduite envoyé par la commission Gallant. Difficile de solliciter la confiance des membres pour accéder aux plus hautes fonctions quand une commission d’enquête remet en question votre parole et votre compétence.

Il n’y a pas si longtemps, son volontarisme était apprécié. Quand des collègues se cachaient à la moindre controverse, elle n’hésitait pas à monter au créneau.

Ces tensions ont augmenté avec le scandale SAAQclic. Elle s’est plainte – avec raison – au cabinet de M. Legault d’être abandonnée. « J’ai protégé tout le monde et renversé seule le merdier qui en a découlé », a-t-elle écrit dans un courriel privé qui a été révélé à la commission Gallant.

Le préavis qui lui était destiné était d’ailleurs une information confidentielle. La fuite médiatique montre qu’elle avait encore des ennemis haut placés. Difficile dans ce contexte de se lancer dans une course à la direction. Un mouvement « n’importe qui sauf Geneviève Guilbault » se préparait. Elle n’aura pas voulu s’infliger ce supplice.

Elle a la décence de terminer son mandat, mais elle n’a pas l’intention de couler avec le navire. De toute façon, pour elle, il était déjà trop tard. Son étoile s’était déjà consumée.

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