Direction de la CAQ | Une course à trois se dessine

(Québec) Une course à trois se dessine à la Coalition avenir Québec (CAQ). Pendant que Simon Jolin-Barrette poursuit sa « sérieuse réflexion », Bernard Drainville obtient ses deux premiers appuis dans le caucus et Christine Fréchette obtient la confiance d’un cinquième ministre, Ian Lafrenière. Eric Girard renonce à succéder à François Legault, mais entend se présenter aux prochaines élections. Il veut que le prochain chef défende un « nationalisme plus inclusif et rassembleur ».
Publié à
9 h 07
Mis à jour à
17 h 32
Christine Fréchette réchauffe ses moteurs
La ministre de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie, Christine Fréchette, prépare son entrée en piste. Si, officiellement, elle « chemine dans [sa] réflexion », elle cumule les appuis au sein du caucus caquiste. Après le Conseil des ministres, mercredi, son collègue Ian Lafrenière, ministre de la Sécurité publique, a annoncé qu’il ne sera pas candidat dans la course et qu’il l’appuie. « Qu’est-ce qu’on a besoin pour notre gouvernement ? Qu’est-ce qu’on a besoin pour notre parti ? Qu’est-ce qu’on a besoin pour le Québec ? La question de l’urne, de mon côté, sans hésitation, ça sera l’économie », analyse-t-il. « Je décide d’unir mes forces, parce que je pense que ce n’est pas le temps de se diviser, à Christine Fréchette », ajoute-t-il. Deux nouveaux députés s’ajoutent à sa liste d’appuis : Céline Haytayan et Audrey Bogemans. Ses autres partisans sont les ministres Gilles Bélanger, Mathieu Lacombe, Benoit Charrette et Kateri Champagne Jourdain, ainsi que les députés Vincent Caron et Chantale Jeannotte.
Simon Jolin-Barrette et l’héritage de la troisième voie
PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE
Simon Jolin-Barrette
Issu de l’aile nationaliste du parti, le ministre de la Justice et leader parlementaire Simon Jolin-Barrette mène une « sérieuse réflexion ». Il a détaillé mercredi ce que représente pour lui la CAQ : « une économie forte pour protéger le portefeuille des Québécois » et un « nationalisme qui est décomplexé et qui est affirmé ». Selon lui, la protection de l’identité québécoise n’est pas en contradiction avec l’économie. « Se présenter comme chef de la CAQ et premier ministre du Québec, c’est d’abord assumer l’héritage d’un mouvement qui a complètement changé la dynamique politique au Québec », a-t-il dit en référence à la « troisième voie », ce courant politique qui est nationaliste sans être souverainiste, fédéraliste tout en revendiquant plus d’autonomie. Jusqu’ici, le ministre Jonatan Julien, l’ex-ministre Suzanne Roy de même que les députés Shirley Dorismond, Mario Asselin et Stéphane Sainte-Croix le soutiennent. D’autres députés sont prêts à l’appuyer, mais attendent avant d’afficher leurs couleurs.
Bernard Drainville, une ambition familiale
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Bernard Drainville
Lui aussi issu de l’aile nationaliste, Bernard Drainville dit toujours réfléchir et a obtenu ses deux premiers appuis mercredi : les plus jeunes députés du caucus, Kariane Bourassa et le ministre Samuel Poulin. « La CAQ a peu de temps pour reconnecter avec les Québécois. Et l’approche de Bernard, l’émotion qu’il dégage, c’est un outil de plus pour reconnecter », estime Samuel Poulin, soulignant le « haut taux de notoriété » de son favori « qui parle avec ses tripes ». M. Drainville n’a pas l’intention de confirmer sa candidature avant le dévoilement des règles de la course, qui seront présentées jeudi. « On a besoin d’une force nationaliste et économique au Québec, et je pense que ça nous prend un parti qui est près des régions et qui gouverne pour le monde ordinaire », dit-il, ajoutant qu’il faut « miser sur l’expérience ». Le ministre de l’Environnement assure être appuyé par sa famille. Sa conjointe, Martine Forand, le soutient. Son fils Lambert, qui chronique dans les médias sur la politique, est impliqué dans sa démarche. Sa fille Rosalie sollicite aussi son entourage pour devenir membre de la CAQ. M. Drainville n’en est pas à sa première course, ayant déjà été candidat à la direction du Parti québécois avant de se rallier à Pierre Karl Péladeau.
Eric Girard se désiste et souhaite un nationalisme inclusif
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Eric Girard
Le grand argentier du gouvernement, Eric Girard, ne sera pas sur la ligne de départ pour succéder à François Legault. Au cours des prochaines semaines, il va travailler sur le prochain budget, qui sera déposé ce printemps comme prévu, selon lui. M. Girard, qui sera candidat à la prochaine élection, souhaite que le prochain chef défende un nationalisme plus inclusif et rassembleur. « Le Québec évolue, le Québec change, le parti va se transformer, mais les éléments clés [comme] le nationalisme, que je souhaite plus inclusif, rassembleur, cette troisième voie est importante », dit-il. « Je pense que, parfois, tous les Québécois ne se reconnaissaient pas dans ce qu’on a proposé et qu’à l’élection, ça sera important que tous les Québécois nous considèrent comme la bonne option pour gouverner le Québec dans une période de turbulences importantes », ajoute-t-il. M. Girard n’entend pas prendre position pour un candidat dans la course.
Ça grenouille au caucus
PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE
Photo prise lors de l’ouverture du caucus de la CAQ, l’été dernier
Pendant que des candidats se préparent à se lancer, au caucus, députés et ministres s’activent pour choisir sur quel cheval miser. Le ministre de l’Immigration, Jean-François Roberge, veut s’assurer que le prochain chef « va réellement défendre les Québécois, l’identité québécoise, notre langue et notre culture ». La ministre de l’Enseignement supérieur, Martine Biron, entend surveiller « l’équilibre entre la position nationaliste et la position économique ». Sa collègue à la Santé, Sonia Bélanger, attend de voir qui sera de la ligne de départ avant de se prononcer. Sonia LeBel, à l’Éducation, n’a pas décidé si elle allait soutenir un candidat, mais elle espère qu’un candidat incarnera la troisième voie. Le ministre des Ressources naturelles et des Forêts, Jean-François Simard, mesure pour sa part ses appuis concernant une éventuelle candidature dans la course. « La précipitation, c’est toujours une mauvaise conseillère. Je suis sur le téléphone », dit-il.
Les règles de la campagne à la succession de François Legault seront connues jeudi. On sait déjà qu’un ministre devra céder son poste pour présenter sa candidature. Le nouveau chef doit être élu au suffrage universel des membres. Le congrès à la direction devrait avoir lieu en avril.
Avec Charles Lecavalier, La Presse




