«C’est une épidémie mondiale»: les maladies inflammatoires de l’intestin gagnent du terrain sans que les médecins sachent pourquoi

Les maladies inflammatoires de l’intestin sont en augmentation rapide et toucheront bientôt jusqu’à 1% de la population du pays, mais la cause exacte échappe encore aux médecins.
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«C’est une épidémie mondiale», explique le gastro-entérologue Talat Bessissow, du Centre universitaire de santé McGill (CUSM).
Les maladies inflammatoires de l’intestin, comme la maladie de Crohn ou la colite ulcéreuse, sont des maladies auto-immunes, où le système immunitaire s’attaque aux intestins causant l’inflammation et les douleurs.
Élément déclencheur?
«On ne comprend pas encore la cause exacte, ce qui fait que la maladie se déclenche, précise le Dr Bessissow. Il y a une composante reliée à la génétique, qui prédispose à ces maladies, mais l’élément déclencheur pourrait être relié à notre environnement.»
Chercheur et gastro-entérologue au Centre universitaire de santé McGill (CUSM), Dr Talat Bessissow
Photo Hugo Duchaine
D’abord, ces maladies étaient beaucoup plus fréquentes dans les pays nordiques et industrialisés. Mais elles apparaissent de plus en plus en Inde et en Chine.
Si elles sont d’abord complètement absentes chez les immigrants qui s’installent au Canada, le taux de prévalence devient le même que chez les populations de souche après seulement une génération, poursuit le spécialiste.
C’est pourquoi les médecins s’interrogent sur l’impact des aliments ultratransformés, de la pollution atmosphérique ou même du stress, par exemple. «Les gènes n’ont pas changé, mais l’environnement, oui», illustre-t-il.
Habituellement, les symptômes apparaissent à l’adolescence ou au début de la vie adulte. Or, les diagnostics augmentent de plus en plus chez les enfants, ce qui inquiète le médecin.
Peu de rémissions
Ces maladies sont qualifiées d’incurables, puisqu’elles vont suivre les malades toute leur vie. Des traitements peuvent toutefois aider à contrôler les symptômes et mettre un patient en rémission.
«Même si on a de nouveaux médicaments biologiques, les taux de rémission demeurent faibles, sous les 50%», admet le Dr Bessissow.
Il se peut qu’un patient doive essayer jusqu’à quatre différents médicaments avant d’en trouver un qui fonctionne pour lui. La chirurgie devient parfois inévitable, si la maladie a trop progressé.
Selon le Dr Bessissow, les malades tardent parfois trop avant de consulter.
«Il y a un délai significatif entre l’apparition des symptômes et le diagnostic. Les gens vont sous-estimer leurs symptômes, laisser passer. Puis, ça peut prendre des mois avant de voir un spécialiste», indique le chercheur.
«Plus tôt on traite, plus les taux de succès sont élevés», plaide-t-il, avertissant que même si un traitement fonctionne un certain temps, la maladie peut toujours revenir, au grand dam des malades et des médecins.
Comment démêler la maladie de Crohn, la colite ulcéreuse et le côlon irritable?
Les symptômes de la maladie de Crohn et de la colite ulcéreuse, deux maladies inflammatoires de l’intestin, ressemblent souvent au trouble fréquent du côlon irritable. Si les deux premières maladies sont incurables et nécessitent un suivi serré avec des spécialistes pour éviter une hospitalisation, le côlon irritable peut se gérer à la maison.
Les maladies inflammatoires de l’intestin touchent 1 personne sur 140 environ au pays. La colite ulcéreuse ne touche que le gros intestin (côlon et rectum), alors que la maladie de Crohn peut affecter tout le système digestif, de la bouche à l’anus.
Très répandu au Canada, le syndrome du côlon irritable touche 1 personne sur 10.
Éléments déclencheurs du côlon irritable
Plusieurs aliments tels que :
- Les mets épicés
- Les produits laitiers
- Les légumineuses
- Divers sucres
- Le stress et l’anxiété
Façons simples de soulager les symptômes
- Identifier les aliments déclencheurs
- Éviter les aliments trop gras et l’alcool
- Réduire la caféine et les édulcorants
- Boire beaucoup d’eau, prendre des probiotiques et manger des fibres
- Faire de l’exercice et réduire le stress
Sources : Centre universitaire de santé McGill, CHU de Québec, Crohn et Colite Canada, Fondation canadienne de la santé digestive
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