Des agents fédéraux tuent une autre personne à Minneapolis

(Minneapolis) Un Américain de 37 ans a été tué samedi par des agents fédéraux à Minneapolis, ont annoncé les autorités de cette ville du nord des États-Unis, secouée depuis plusieurs semaines par des manifestations contre la présence de la police de l’immigration (ICE).
Publié à
11 h 34
Mis à jour à
17 h 18
Ce qu’il faut savoir
- Des agents fédéraux ont tué une personne à Minneapolis samedi ;
- La victime est Alex Pretti, un infirmier de 37 ans ;
- Une porte-parole du département de la Sécurité intérieure a déclaré qu’il était armé ;
- Les vidéos qui circulent contredisent la version des autorités fédérales ;
- La fusillade s’est produite trois semaines après qu’un agent de l’ICE a tué Renee Good.
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Il s’agit d’Alex Pretti, un infirmier de 37 ans, a annoncé le syndicat de fonctionnaires dont il était membre.
PHOTO FOURNIE PAR MICHAEL PRETTI À L’ASSOCIATED PRESS
Alex Pretti
Sa mort intervient près de trois semaines après celle de Renee Good, une Américaine également âgée de 37 ans, tuée par balle par un agent de l’ICE dans cette même ville.
Le gouverneur du Minnesota, Tim Walz, a dénoncé « de nouveaux tirs atroces » par des agents fédéraux.
Lors d’une conférence de presse, l’élu démocrate a exhorté à ce que les autorités locales, et non fédérales, soient à la tête des investigations. « On ne peut pas se fier à l’État fédéral pour mener l’enquête », a-t-il affirmé, avant de fustiger l’ICE qui sème selon lui « le chaos et la violence ».
Tim Walz a en outre critiqué le fait que le gouvernement Trump se « soit précipité pour juger en 15 minutes » ce qui s’était passé au moment des tirs et avant.
PHOTO SETH HERALD, REUTERS
Des agents fédéraux montent la garde sur les lieux d’une fusillade impliquant des agents fédéraux de l’immigration, dans le quartier de Whittier, au sud de Minneapolis, dans le Minnesota.
Une vidéo circulant sur les réseaux sociaux et à l’authenticité confirmée par les autorités montre plusieurs agents avec des gilets affublés du sigle « Police » lutter pour amener une personne au sol puis la frapper plusieurs fois. Un tir résonne alors, les agents s’écartent de l’homme allongé dans la rue, avant de tirer à plusieurs reprises sur lui.
Appels au calme
Selon le département américain de la Sécurité intérieure (DHS), l’homme était armé d’un pistolet semi-automatique et avait « violemment résisté » avant que l’agent, « craignant pour sa vie », ne lui tire dessus.
Sur X, le DHS a publié une photo du pistolet présenté comme celui de l’individu et a affirmé : « Cela ressemble à une situation où un individu voulait commettre un maximum de dégâts et massacrer des forces de l’ordre ».
Mais selon une analyse des images réalisée par le média d’investigation Bellingcat, « quelques instants avant que le premier coup ne soit tiré », on peut voir l’un des agents s’éloigner avec un pistolet semblable à l’arme postée par le DHS.
Ensuite, « deux agents différents tirent manifestement avec leurs armes, et au moins dix coups sont tirés au total », poursuit Bellingcat, précisant que « la plupart » l’ont été alors que « l’homme était déjà allongé au sol sans mouvement ».
Le chef de la police de Minneapolis, Brian O’Hara, a indiqué lors d’une conférence de presse que l’homme habitait la ville, possédait un permis légal de port d’arme et n’était pas connu des services de police.
Appels au calme
Donald Trump a justifié l’action des agents fédéraux et a rejeté en retour la faute sur les élus démocrates locaux.
« Le maire et le gouverneur poussent à l’insurrection avec leur rhétorique pompeuse, dangereuse, et arrogante », a accusé sur sa plateforme Truth Social le président américain, pour qui la police de l’immigration doit être laissée tranquille pour « faire son boulot ».
Le maire de Minneapolis, Jacob Frey, a lui appelé samedi Donald Trump à mettre fin aux opérations de l’ICE dans sa ville après ce second décès en quelques semaines, et à « rétablir la paix ».
PHOTO TIM EVANS, REUTERS
Des agents fédéraux au milieu des gaz lacrymogènes lors d’affrontements avec des membres de la communauté sur les lieux d’une fusillade impliquant des agents fédéraux de l’immigration à Minneapolis.
Le chef de la police locale a également appelé au calme, malgré la « colère » et toutes les « questions autour de ce qui s’est passé ».
« Escalade »
PHOTO TIM EVANS, REUTERS
Confrontations entre des citoyens et des agents fédéraux
Maria, une habitante de 56 ans rencontrée dans la rue par l’AFP et qui n’a pas souhaité donner son nom de famille, dit être venue sur place pour « soutenir les gens qui manifestent pacifiquement » et leur apporter des réchauffe-mains alors que la température est descendue sous les -20 °C.
Mais la situation est en pleine « escalade », puisque les agents de l’ICE « attaquent et terrorisent » les habitants, a-t-elle affirmé.
PHOTO KEREM YUCEL, AGENCE FRANCE-PRESSE
Confrontations entre des citoyens et des agents fédéraux
La veille, des milliers de personnes avaient déjà défilé dans le centre de Minneapolis pour protester contre les opérations antimigrants de l’ICE, au moment où les autorités américaines tentaient de calmer l’indignation provoquée par la détention d’un garçon de 5 ans.
Le nouveau décès samedi vient aggraver une situation déjà tendue par la mort de Renee Good le 7 janvier. Les élus démocrates locaux et les manifestants contestent la thèse officielle selon laquelle le policier de l’immigration, qui n’a pas été suspendu, était en état de légitime défense lorsqu’il a tiré sur cette habitante de Minneapolis.
Le Minnesota, dont de nombreuses zones sont des « sanctuaires » limitant la coopération entre les forces de l’ordre locales et l’ICE, a demandé à la justice la suspension de l’opération à l’intérieur de ses frontières. Une audience est prévue lundi.
Les chances d’une paralysie budgétaire accrues
Plusieurs sénateurs démocrates ont annoncé samedi qu’ils voteraient contre un texte budgétaire la semaine prochaine après que des agents fédéraux ont tué par balle un deuxième Américain en quelques semaines à Minneapolis, augmentant fortement les chances d’une nouvelle paralysie budgétaire fin janvier.
« Je ne soutiendrai pas l’actuel projet de loi de financement du ministère de la Sécurité intérieure », le DHS, a indiqué dans un communiqué Catherine Cortez Masto, sénatrice du Nevada.
L’administration Trump et la ministre à la Sécurité intérieure Kristi Noem « mettent des agents fédéraux sous-entraînés et belliqueux dans les rues sans qu’ils n’aient de comptes à rendre », a dénoncé cette démocrate à la réputation d’élue modérée.
Le financement de l’État fédéral arrive à expiration le 31 janvier, et alors qu’un texte adopté par la Chambre des représentants semblait se diriger vers une adoption au Sénat la semaine prochaine, les évènements à Minneapolis ont chamboulé la situation.
Pour le sénateur démocrate Mark Warner, la « répression brutale doit cesser ».
« Je ne peux pas voter et je ne voterai pas pour financer le DHS pendant que cette administration continue ces prises de pouvoir violentes de nos villes », a ajouté l’élu sur X.




