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Vote de confiance pour Pierre Poilievre | Plaidoyer pour une deuxième chance

(Calgary) Le chef du Parti conservateur, Pierre Poilievre, se prépare à ce grand rendez-vous depuis le lendemain des élections fédérales du 28 avril dernier.


Publié à
5 h 00

Ce rendez-vous est incontournable quand le chef du Parti conservateur mène ses troupes à la défaite lors d’un scrutin. Il doit rendre des comptes aux membres du parti. Il doit soumettre son leadership à un vote de confiance. La constitution du parti l’exige.

Quelque 2500 membres du parti des quatre coins du pays ont donc convergé vers Calgary pour rendre leur verdict durant le congrès national du Parti conservateur, d’une durée de trois jours, qui prendra fin samedi.

Avant qu’ils ne se prononcent, Pierre Poilievre aura l’occasion de livrer son plaidoyer pour qu’ils lui accordent une deuxième chance en prononçant un discours très attendu ce vendredi soir.

Depuis le départ de Stephen Harper, en 2015, aucun chef n’a eu droit à cette fameuse deuxième chance.

Le successeur de M. Harper, Andrew Scheer, a été contraint de démissionner quelques semaines après les élections d’octobre 2019 afin d’éviter une révolte des membres après avoir dirigé une campagne peu convaincante.

BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

L’ancien chef du Parti conservateur Andrew Sheer

Ensuite, le chef Erin O’Toole s’est fait montrer la porte par ses propres députés durant un vote au caucus, en février 2022, après avoir amorcé un recentrage du parti en pleine campagne électorale et avoir mené ses troupes à un troisième revers de suite face aux libéraux de Justin Trudeau quelques mois auparavant.

PHOTO MARK BLINCH, ARCHIVES REUTERS

L’ancien chef conservateur Erin O’Toole

Dans les rangs conservateurs, d’aucuns estiment que Pierre Poilievre aura droit à une seconde chance, même s’il a dilapidé une avance de plus de 20 points dans les intentions de vote au seuil d’une campagne électorale qui a été dominée par les salves tarifaires et les menaces d’annexion du président américain Donald Trump.

Comble de malheur, Pierre Poilievre a aussi encaissé la défaite dans sa propre circonscription dans la région d’Ottawa, ce qui l’a contraint à se faire élire lors d’une élection partielle en août dans Battle River–Crowfoot, un fief conservateur en Alberta. Il a finalement pu reprendre son titre de chef de l’opposition officielle à la Chambre des communes à la reprise des travaux parlementaires en septembre.

En coulisses, on suppute que le chef conservateur devrait obtenir l’appui d’au moins 80 % des membres qui auront fait le voyage jusqu’à Calgary – ce qui serait nettement suffisant pour lui permettre de demeurer en selle. Un résultat inférieur pourrait signifier le début d’un autre supplice.

Il reste que ce vote de confiance aura lieu dans un contexte difficile pour Pierre Poilievre. L’automne dernier, il a vu deux députés conservateurs – Chris d’Entremont et Michael Ma – lui faire faux bond pour se joindre aux libéraux de Mark Carney. En claquant la porte, les deux transfuges ont critiqué le style de leadership du chef conservateur. Les libéraux se retrouvent maintenant à un siège de détenir une majorité aux Communes à la suite de ces défections, si l’on fait aussi abstraction de la démission de l’ancienne ministre des Finances Chrystia Freeland, qui représentait un bastion libéral dans la région de Toronto.

Ensuite, Pierre Poilievre n’a pas la cote dans les sondages, même si l’appui à sa formation demeure respectable. Quand les sondeurs demandent aux Canadiens quel leader ferait le meilleur premier ministre, l’actuel occupant du fauteuil, Mark Carney, détient une avance de quelque 25 points sur son adversaire conservateur.

En outre, près du quart des électeurs qui appuient le Parti conservateur se disent satisfaits de la gestion des affaires de l’État du gouvernement Carney. Le discours qu’a prononcé le premier ministre à Davos, la semaine dernière, salué au pays et à l’étranger, a aussi donné des ailes au Parti libéral, qui obtiendrait, selon le dernier coup de sonde de la firme Léger, l’appui de 47 % des Canadiens.

Ensuite, Pierre Poilievre devra aussi subir les comparaisons avec celui qui était à la barre du Parti conservateur, Stephen Harper, quand il a fait son entrée aux Communes pour la première fois en 2004.

PHOTO JASON FRANSON, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Le chef du Parti conservateur, Pierre Poilievre, et l’ancien premier ministre du Canada Stephen Harper, lors d’un rassemblement électoral à Edmonton, en avril 2025

Mardi, M. Harper sera à Ottawa pour le dévoilement de son portrait officiel qui viendra orner les murs du parlement auprès de ceux des premiers ministres qui l’ont précédé.

On souligne d’ailleurs ces jours-ci le 20e anniversaire de la première victoire électorale de Stephen Harper. Plus de 1200 conservateurs – d’anciens ministres et députés, des stratèges et de proches collaborateurs de l’époque – se réuniront mercredi à l’occasion d’une grande fête à Ottawa pour marquer le coup et se rappeler les faits d’armes du gouvernement qu’il a dirigé pendant neuf ans, de 2006 à 2015.

Les trois lieutenants politiques du Québec qui ont épaulé Stephen Harper durant ces années – les anciens ministres Lawrence Cannon, Christian Paradis et Denis Lebel – seront dans la capitale fédérale pour assister à cet hommage. Mais ils brilleront par leur absence en fin de semaine à Calgary.

La nostalgie du pouvoir fera son œuvre. Les comparaisons seront nombreuses entre Stephen Harper, qui a su convaincre un électorat hésitant au départ à lui confier le pouvoir, et Pierre Poilievre.

S’il obtient la confiance des membres de son parti, Pierre Poilievre devra rapidement entreprendre un deuxième plaidoyer pour obtenir une deuxième chance, mais cette fois auprès de l’ensemble des électeurs. D’autant qu’un scrutin hâtif au printemps alimente maintenant les rumeurs dans la capitale fédérale.

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